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Economie

L'eau, source de conflits dans le monde
Par Abdessamad Yassine, chercheur en sciences administratives

Par L'Economiste | Edition N°:1479 Le 19/03/2003 | Partager

Le non-accès à l'eau et à l'assainissement provoque des foyers de tension. La fin du XXe siècle a été marquée par trois chocs pétroliers. La bataille de ce siècle portera sur l'eau. Déjà, on parle d“'hydropolitique” et certains n'hésitent pas à annoncer des guerres de l'eau pour ce siècle. En effet, de nombreux conflits dans le monde sont actuellement générés par l'absence ou l'insuffisance d'eau. Notamment dans des pays où l'approvisionnement en eau dépend de ressources extérieures à leur territoire: c'est le cas bien connu de l'Egypte, à près de 100%, mais aussi de la Syrie à 80% ou de la Jordanie à 55%.Le Maroc se trouve aujourd'hui déjà à la limite du stress hydrique avec seulement 950 m3 par an pour chaque habitant.Le déficit est important dans deux régions: le Souss Massa et le Tensift, lesquelles, contrairement au nord du pays, n'ont pas connu la clémence du ciel ces dernières années et nécessitent des mesures prioritaires.La ressource en eau est caractérisée par sa rareté et la disparité des situations des différentes régions.Le potentiel annuellement mobilisable est d'environ 20 milliards de m3 (dont 4 milliards de ressource en eau souterraine), soit une moyenne nationale de 660 m3 par habitant (les écarts régionaux allant de 450 à 1.100 m3/hab/an).Sur la base des projections démographiques pour l'an 2020, la disponibilité moyenne par habitant ne sera que de l'ordre de 490 m3, en deçà du seuil de pénurie absolue(1).Le Maroc s'est engagé à partir des années 60 dans une politique de construction de barrages de retenue. Le stock actuel est de 97 barrages pour une capacité de 15 milliards de m3, ce qui correspond à un potentiel en année moyenne de l'ordre de 13,5 milliards de m3. Le potentiel encore mobilisable est de l'ordre de 5 à 10% de la ressource.Cet effort est mis au service de l'agriculture irriguée et de l'alimentation en eau potable et industrielle des centres urbains. L'agriculture consomme à elle seule 80% de ce potentiel.Mais il y a lieu de signaler que la desserte de la population en eau potable au Maroc est marquée par une dichotomie en termes d'accès entre le monde rural et urbain.En effet, seulement 14% de la population rurale marocaine accèdent à l'eau potable, sachant que cette population constitue 13 millions habitants, soit la moitié de la population nationale. Autrement dit, cela signifie que presque un Marocain sur deux n'a pas accès à l'eau potable(2)!Le reste de la population rurale continue à s'alimenter en eau à partir des points d'eau traditionnels dont les conditions sanitaires ne sont pas toujours sûres. Il est sans rappeler que la corvée de la recherche d'eau dans la campagne marocaine incombe aux femmes et aux jeunes filles, condamnées souvent à parcourir à pied ou à dos d'âne des dizaines de kilomètres pour apporter quelques litres d'eau!Et ce n'est qu'à partir de 1995 qu'on a adopté le programme d'approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales (PAGER), qui a été initié au lendemain de la 8e session du Conseil supérieur de l'eau et du climat dont un des thèmes examinés a été réservé à l'eau potable rurale. Au cours de cette session, un schéma directeur pour l'approvisionnement en eau potable rurale a été présenté. L'étude de ce schéma directeur, adopté après une enquête, a montré l'ampleur des problèmes vécus par la population rurale et proposé des lignes directrices pour résoudre ces problèmes sur les plans technique, institutionnel et financier.Avec l'exode rural et le développement corrélatif du milieu urbain, les ressources en eau sont de plus en plus disputées par la ville. Si dans l'immédiat, les grandes villes sont relativement bien alimentées par les eaux, le développement urbain à l'horizon 2020 exige la multiplication des sources d'approvisionnement, le transport de l'eau sur longue distance, une rénovation accélérée des canalisations dont les déperditions actuelles peuvent atteindre 40%.. Assainissement Le développement de l'assainissement doit aller de pair. Le Maroc ne diffère guère des autres pays de la ceinture sud de la Méditerranée quant au traitement des eaux usées et d'ores et déjà, des infiltrations de nappes, aggravées par la pollution par effluents industriels, se sont produites dans plusieurs zones urbaines récentes.Plusieurs régions du pays font déjà face à des problèmes d'affaissement de nappes phréatiques, d'assèchement de lits de rivières, de pénuries saisonnières ou permanentes, de salinisation ou de contamination des ressources en eau et de conflits d'usage dont la gravité varie, selon les régions.Les problèmes engendrent à leur tour la disparition d'écosystèmes et d'espèces, la dégradation de sols, des conflits sociaux ou des contraintes au développement économique. La recrudescence de ces problèmes met en relief les limites de l'approche réglementaire traditionnelle en matière de gestion de l'eau.L'eau n'est pas seulement une affaire d'infrastructures. Si la politique suivie jusqu'à présent était de répondre à la demande par un accroissement de l'offre via la construction de barrages, cette démarche a fait son temps. Elle devra céder le pas à la gestion intégrée de l'eau. Celle-ci comprend la démarche et la valorisation des infrastructures existantes. Cette politique de gestion de la demande doit également intégrer le problème de l'assainissement liquide qui continue de faire beaucoup de mal aux ressources en eau. Dans ce même ordre d'idées, l'accent doit être mis sur la rationalisation de l'utilisation de l'eau pour l'irrigation, le traitement des eaux usées, l'encouragement d'“une nouvelle citoyenneté de l'eau” à travers l'implication des usagers dans sa préservation, la lutte contre le gaspillage et les pertes.Conscient de ces enjeux, le Maroc s'est engagé très récemment dans une profonde restructuration de sa politique de gestion de l'eau, visant la mise en place d'une nouvelle approche intégrée de la gestion des ressources en eau grâce à des réformes de politique et institutionnelles, au renforcement de la capacité des intervenants et à des programmes d'investissement.. Loi sur l'eauC'est dans cette optique qu'une nouvelle loi sur l'eau a été élaborée et soumise au Parlement, qui l'a adoptée en 1995; elle a été promulguée le 15 juillet 1995. Ce nouveau cadre législatif fournit les moyens nécessaires pour une meilleure mise en oeuvre de la stratégie de gestion intégrée des ressources en eau du pays, en vue d'assurer une disponibilité en eau suffisante en quantité et en qualité au profit de l'ensemble des usagers et garantir ainsi un développement économique et social équitable et durable. La loi prévoit des dispositions légales visant la rationalisation de l'utilisation de l'eau, la généralisation de l'accès à l'eau, la protection de l'environnement, la solidarité interrégionale, la réduction des disparités entre les villes et les campagnes, ainsi que la décentralisation de la gestion de l'eau par la mise en place d'agences de bassins hydrographiques.Il faut préciser que le droit à l'eau ne concerne pas la consommation d'eau au-delà de la quantité suffisante pour les besoins essentiels. En particulier, il ne traite pas de l'eau destinée aux activités agricoles, industrielles ou commerciales sans lesquelles un groupe social ne saurait généralement subsister. Dans une première partie, l'accent sera mis sur l'accès à l'eau en tant que droit indissociable des autres droits de l'homme. On examinera les différents instruments juridiques consacrant ce droit. Ensuite, dans une deuxième partie, on mettra en lumière la nécessité d'adopter -concernant le cas marocain- de nouvelles approches dans la gestion du secteur de l'eau, des approches basées sur la notion de la gouvernance de l'eau.Car s'il est un domaine où la gouvernance est nécessaire, voire vitale, c'est bien celui de l'eau. En effet, la gouvernance de l'eau nécessite un examen et une réflexion bien au-delà de l'accès à l'eau, même si cet objectif est louable. Car, il ne faut pas perdre de vue que, là où le précieux liquide fait défaut, sévit en réalité la pauvreté bien plus que l'aridité ou la soif.o1) Il y a pénurie absolue lorsque la ressource en eau est de l'ordre de 500 m3/hab/an et stress hydrique lorsque cette ressource est de l'ordre de 1.000 m3/hab/an.(2) Selon les propos de Ali Fassi, directeur de l'ONEP, confiés au Business Magazine n°3 du juillet/août 2001, page 20.


Manifeste de l'eau

20% de la population mondiale n'ont pas accès à l'eau potable.La pollution ou la pénurie d'eau tue 25.000 personnes chaque jour.Plus d'un milliard de personnes vivent avec moins de 20 litres par jour. C'est pour ces raisons que des vingtaines de personnalités de divers continents ont écrit et plaidé pour un “manifeste de l'eau”. Ce manifeste propose d'inscrire d'urgence dans toutes les législations nationales et dans un traité mondial la garantie du droit individuel et collectif d'accès à l'eau pour toute personne et communauté humaine. Car l'eau est la source de la vie sur terre, elle constitue 70% du corps humain. On commence à ressentir la soif après avoir perdu seulement 1% des liquides corporels et on risque la mort si ces pertes s'approchent de 10%.

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