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Société

Le voile glisse du tout religieux au mondain!
Entretien avec Mohsine Elahmadi, sociologue des religions

Par L'Economiste | Edition N°:2730 Le 07/03/2008 | Partager

. Quand le hijab devient une stratégie de positionnement social. L’économie religieuse ne fait que commencer - L’Economiste: Plus qu’un signe religieux, le port du voile est en passe de devenir un effet de mode, un simple accessoire…- Mohsine Elahmadi: En fait, il me semble nécessaire de remettre cette question dans le contexte sociologique approprié. C’est-à-dire de lier le voile en tant que signe extérieur d’appartenance religieuse et donc ostentatoire non pas à la personne du croyant, mais au contexte dans lequel une personne ou un groupe déclarent adopter un comportement plus ou moins religieux. En clair, le voile comme tout autre code vestimentaire obéit à une logique à plusieurs niveaux d’interprétations. Ainsi, pour les classes sociales défavorisées, il peut signifier la protestation morale contre un ordre social et politique. Parfois même, cette protestation peut se radicaliser pour prendre le caractère d’une résistance au nom de certains principes moraux justifiés par la religion. Ceci est exactement le cas des militants et des sympathisants des partis politiques d’expression religieuse. La deuxième catégorie de comportement social concernant le voile se rapporte à ceux qui se trouvent pris par la dynamique des groupes moralisateurs de la société, mais qui n’adhèrent ni à leur idéologie et encore moins à leur vision du monde social. Pour cette catégorie, le voile est une stratégie de positionnement social qui se manifeste par une expression d’esthétique vestimentaire que je pourrais qualifier de «détournement» car elle détourne le voile de sa fonction idéologique de protestation sociale en faveur d’une logique esthétique. - Chaînes arabes satellitaires, médias, feuilletons égyptiens, magazines, guerre en Irak, 11 septembre… Quels seraient à votre avis les relais de diffusion de cette tendance du voile? - Cette question m’amène à dire que les évènements du 11 septembre et les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont renforcé la tendance de l’Islam militant et très peu celle de l’Islam bourgeois et petit bourgeois, c’est-à-dire du voile comme idéologie esthétique de type protestataire, alors que les médias et les chaînes arabes, notamment Al Jazeera, diffusent de façon insidieuse la deuxième tendance, celle du voile comme expression purement vestimentaire et donc comme effet de mode mettant l’accent plus ou moins sur la pudeur sociale. - Magasins spécialisés, vitrines virtuelles du voile, défilés de mode… Un nouveau business émerge. Le hijab fashion est-il déjà là?- Il faut aussi signaler qu’un autre phénomène intervient dans la définition de la signification sociale et religieuse du voile. Ce phénomène est de nature économique, car il se rapporte au mouvement général du commerce et de la production des biens et services. En ce sens, aussi bien le voile que les autres comportements religieux et moraux sont pénétrés par la rationalité du marché et des biens marchands. De ce fait, ils obéissent à la loi de l’offre et de la demande. Le voile ne saurait échapper à ce mouvement que les économistes appellent l’économie moderne ou du marché. A mon avis, il faut parler désormais d’une économie religieuse ou de marché islamique de biens marchands et symboliques que les revues et autres magazines marocains et arabes exposent sur leurs premières pages.Ce faisant, ils contribuent à la diffusion d’une vision plus utilitaire que spirituelle de l’Islam actuel. D’où aussi le triomphe sans gloire de l’Islam bourgeois et petit bourgeois des classes musulmanes non concernées par l’idéologie islamiste.- Au-delà du look, le hijab reste un symbôle identitaire. Jusqu’à quelle mesure il peut être un signe de prosélytisme? - Certainement, le voile reste un marqueur identitaire. Et comme tous les marqueurs culturels, il remplit l’une des fonctions sociales élémentaires, celle de lien symbolisé par des emblèmes religieux, moraux et pourquoi pas aussi vestimentaires. Pour moi, c’est ici que réside la fonction profonde et essentielle du voile islamique. Sauf que cette fonction sociale du voile peut se muer, dans certaines conditions socio-historiques, en un élan de prosélytisme motivé par la volonté de répandre la foi en dehors des classes sociales ou même des territoires qui lui sont ordinairement acquis. C’est seulement dans ces conditions qu’il faut rattacher le voile à la volonté de domination et d’expansion. Propos recueillis par Amin RBOUB

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