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Economie

Le tournant de la politique agricole

Par L'Economiste | Edition N°:74 Le 08/04/1993 | Partager

Le nouveau ministre de l'agriculture, sans faire table rase du passe, veut reconstituer une politique agricole. Objectif: des exploitations plus performantes. Méthodes: renover l'environnement juridique et commercial, protéger le patrimoine...

- L'Economiste: Y a-t-il une politique agricole au Maroc?

M. Abdelaziz Meziane: Il y a toujours eu une politique agricole, même si elle ne s'est pas constamment affichée. Aujourd'hui, l'agriculture se trouve à un tournant, tant au niveau technologique qu'économique et social ou humain, avec en outre une obligation de contribuer à la stratégie de développement rural, dimension plus large que celle strictement agricole.

Mais la politique agricole elle même?

Elle a quatre volets: garantir la sécurité alimentaire, favoriser l'intégration de l'agriculture à son environnement national et à son environnement international, protéger et valoriser le patrimoine et enfin, mais tout aussi important que les autres. augmenter le revenu des agriculteurs. Il est évident que ces quatre points sont liés les uns aux autres.

Les concepts ont évolué, puisque vous ne parlez plus d'autosuffisance, par exemple ?

Le terme d'autosuffisance est vaste, il faut lui donner un contenu plus précis. L'idée de garantir la sécurité alimentaire est plus opérationnelle dans la mesure où elle évite le risque de rechercher coûte que coûte un objectif, par nature très aléatoire. Il s'agit de fixer un niveau suffisant de sécurité sur certains produits de manière à ce que la collectivité nationale y trouve un avantage économique. L'exemple du sucre est significatif à cet égard pour la détermination du niveau de sécurité alimentaire suffisant. En effet, nous assurons de 65 à 70% de nos besoins annuels à partir de notre propre production. Faut-il viser la couverture totale de nos besoins ? A quel coût ? Pour quel avantage social ? La question pourrait être posée de manière différente pour le lait où nous sommes pratiquement autosuffisants si nous prenons exclusivement la demande exprimée. En revanche, si nous devons tenir compte de la demande nutritionnelle, notre production nationale devrait être fortement accrue. Il est essentiel pour le producteur, pour le contribuable et pour le consommateur de trouver cette garantie de sécurité. C'est la double intégration, dans l'économie nationale et dans environnement international qui nous permet de trouver l'équilibre.

Réduction des coûts

Comment peut-on envisager I 'intégration quand il y a d'un côté le protectionnisme en Europe et de l'autre une agriculture archaïque ?- D'abord au Maroc, nous trouvons côte à côte deux types d'agricultures. L'une traditionnelle marquée par l'exploitation extensive et l'autre moderne, tournée vers l'industrie, utilisant les techniques de pointe et capable de rivaliser, avec succès, avec certaines exploitations européennes, particulièrement dans le domaine maraîcher. C'est pourquoi parler d'archaïsme c'est aller un peu vite en besogne. Cependant, l'intégration agro-industrielle nécessite la réduction des coûts de production, à rationaliser ses circuits commerciaux, ses stockage et conditionnement et en favorisant la création de valeur ajoutée par la transformation. Pour ce faire, il nous faut moderniser le cadre juridique et mener une politique incitative. La stratégie vaut pour l'intégration à l'environnement international, et la loi sur le commerce extérieur va jouer un rôle capital dans la mesure où elle assure la protection du secteur agricole (C f ci-contre "Libéralisation, mais pas à découvert").

N'est-ce pas contradictoire de vouloir réduire les coûts et d'annoncer qu'il faut améliorer le revenu de l'agriculture ?

Non, au contraire, c'est tout à fait complémentaire puisque ce dont il est question c'est de mieux maîtriser la formation des coûts. Aujourd'hui, il ne peut plus être question d'accroître indéfiniment les subventions . Ce n ' est donc pas par ce biais que peut passer l'élévation des revenus des agriculteurs. Ce n'est pas non plus par une politique de prix élevés, parce que d'une part il y a une limite à ce que le consommateur peut supporter et d'autre part, il y a la limite de la concurrence internationale. Il ne reste donc que la rationalisation des coûts et l'amélioration de la productivité grâce à un renforcement de la recherche, de la vulgarisation de la formation et avec, là encore, une stratégie d'incitation plutôt qu'une stratégie d'interventions administratives. Les signaux que donne l'environnement international en matière de compétitivité nous parviendront de manière plus nette grâce aux mécanismes mis en place autour de la Loi sur le commerce extérieur. Les agriculteurs pourront mesurer leur degré de performance.

- Que voulez-vous dire par la protection du patrimoine

- Le patrimoine, ce sont les ressources de l'agriculture, et protection rime évidemment avec valorisation. Ce patrimoine comprend l'eau, le sol, les forêts... La sécheresse nous l'a montré encore une fois: il est impératif d'avoir une bonne organisation pour la gestion de l'eau, une organisation qui intègre les services de l'Agriculture mais aussi ceux de l'intérieur et des Travaux Publics.

- Mais vous êtes en retard pour l'irrigation.

Soyons clairs: notre pays a une bonne politique de l'eau, servie par une organisation efficace. C'est une donnée capitale. Le prochain Conseil Supérieur de l'Eau va traiter du Programme National d'Irrigation et des ressources des provinces du Nord. Je voudrais rappeler que le Programme d'irrigation doit résorber le gap existant entre les superficies dominées par les barrages et les superficies équipées. Il y a quelque 250.000ha d'équipements nouveaux à réaliser sur 8 ans. Avec cette accélération nous devrions parvenir au million d'ha irrigués en 1997. Parallèlement, sur près de 200.000ha, un programme de réhabilitation des réseaux existants sera mis en chantier immédiatement. La réalisation de ces deux programmes aura des retombées capitales pour la valeur ajoutée, pour la balance commerciale et pour la création d'emplois. Outre les travaux pour l'irrigation, la rationalisation de la gestion nous impose de rechercher des systèmes qui économisent l'eau.

La même accélération sera imprimée au secteur forestier avec le reboisement annuel de 60.000 ha et la mise en oeuvre prochaine, je l'espère, d'un Plan National Forestier.

- Dois-je comprendre aussi que vous allez augmenter les tarifs de l'eau agricole?

- Le tarif est un élément important pour rationaliser la consommation, mais il ne servirait à rien d'engager une course entre les prix et la disponibilité de l'eau. Une étude est en cours sur la tarification de l'eau d'irrigation et permettra d'apporter les correctifs nécessaires à la politique de tarification.

Un gros problème foncier

- En revanche vous avez déjà relancé les mécanismes pour la préservation du patrimoine foncier.

- La dimension foncière pèse lourd sur la productivité agricole et sur les revenus des agriculteurs. Ce n'est un secret pour personne que nous avons un gros problème foncier: des exploitations trop petites et trop morcelées pour être rentables, a fortiori pour justifier des investissements.

Les textes sur la limitation du morcellement sont à l'étude. Nous devons aussi assainir les statuts fonciers de manière à sécuriser les exploitants. Parallèlement, nous devons poursuivre la politique d'aménagements fonciers pour mieux valoriser notre patrimoine sol. Ceci concerne en particulier l'épierrage de 2 millions d'ha de bonnes terres dont 40.000ha seront épierrés cette année. Pour dynamiser cette opération, outre les subventions données aux agriculteurs qui veulent réaliser eux-mêmes l'épierrage, des zones de mise en valeur sont définies dans le bour. Il ne s'agit pas d'organiser de manière administrative les exploitants, mais de délimiter une zone homogène pour laquelle l'Etat prendra en charge les travaux d'aménagement comme le remembrement, I'épierrage, les pistes et d'autres infrastructures, qui sont l'ébauche d'une politique d'aménagement de l'espace rural.

En fait, il s'agit d'un ensemble d'actions interdépendantes dont l' impact sur l'environnement dans lequel évolue l'agriculteur est essentiel.

Le Maroc n'échappera pas à l'exode agricole

- Si vous abaisser le niveau de la pression foncière vous prenez le risque d'accroître l'exode rural.

- Le Maroc n'échappera pas à l'exode agricole. Mais tout l'exode agricole ne se transformera pas forcément en exode rural, si nous arrivons à promouvoir une stratégie dynamique pour le développement rural. Je vous le disais en commençant notre entretien, la politique agricole est un des éléments de cette stratégie de développement rural. Il va de soi que c'est l'affaire de tout le monde, des agriculteurs aux collectivités locales en passant par les associations professionnelles et les élus, car il ne s'agit pas simplement d'avoir une politique commerciale ou d'introduire des techniques plus performantes. Nous avons, aux côtés d'exploitations très performantes, une agriculture de subsistance, celle que vous avez malencontreusement qualifiée d'archaïque, mais qui est en réalité un écosystème particulièrement fragile. Il faut lui permettre d'améliorer son niveau de vie sans pour cela l'obliger à quitter ses terres. Ces exploitants font face à des situations de crise comme la sécheresse. Ce qu'il faut, c'est les aider à tirer le meilleur avantage des situations d'abondance quand elles se produisent, de manière à les amener à capitaliser pour que les années de crise ne se traduisent pas en un retour à la case départ. Nous pensons par exemple à un système de Fonds de Régulation, à l'instar de ce qui existe pour le cheptel. Le Fonds de Sauvegarde du Cheptel a parfaitement fonctionné durant les deux dernières sécheresses.

Pourquoi ne pas avoir des mécanismes de ce type, aux côtés des interventions du Fonds de Développement Agricole et de la CNCA ?Ces mécanismes sont nécessaires, même s'ils restent insuffisants au regard des sécheresses successives que nous subissons. En fait seule une politique nationale peut apporter au monde rural l'aide suffisante pour compenser les pertes subies par le monde agricole. C'est le sens du programme de 6 milliards de DH lancé par S.M. Le Roi.

Propos recueillis par

Nadia SALAH

CEE: Difficile de cacher l'inquiétude...

Les négociations continuent" , indique M. Meziane, mais les cadres du Ministère de l'Agriculture ne cachent pas un "certain désappointement": l'orientation prise par les discussions avec la CEE n'apporte pas vraiment de changement quant au dossier central, celui du commerce agricole.

Certes le mandat(1) n'est pas encore au point, mais l'absence de réponse sur l'offre de désarmer le commerce agricole fait que les échanges resteraient dans le cadre actuel, c'est-à-dire un cadre particulièrement protectionniste, tel qu'il a été conçu en 1976.

Pour le ministre de l'Agriculture, qui veut conserver une position de négociation, "il y a à gagner des deux côtés de la Méditerranée" à libéraliser les échanges: réduction des coûts budgétaires, baisse des prix à la consommation...

L'offre marocaine se veut un "package" contenant le désarmement des deux côtés: entrée libéralisée pour les céréales européennes en échange de la possibilité d'exporter sans droit ni entrave para-tarifaire les produits agro-alimentaires marocains. Cette offre est donc restée sans réponse.

L'enjeu pour le Maroc est important dans la mesure où il a un avantage comparatif évident et qu'il ne faut pas être grand clerc pour prédire une explosion des exportations. Le préalable reste cependant le règlement des problèmes politiques posés par les producteur de la Communauté, essentiellement français. Le nouveau gouvernement de Paris a pris grand soin de présenter ses membres en soulignant leurs engagements en faveur de l'Europe, mais à Rabat, le doute demeure quant au sens qu'il faut donner à ces engagements.

Pour M. Meziane, et en attendant l'issue des négociations, "des efforts pour placer les productions marocaines auprès des marchés communautaires autres que la France desserrerait la pression dont sont victimes les agriculteurs marocains".

(1) Le "mandat", dans le vocabulaire de la CEE, est le texte sur la base duquel la Commission de la Communauté sera autorisée par le Conseil à négocier avec le gouvernement marocain. Les procédures communautaires font que la Commission fait au Conseil une "proposition de mandat", que ce dernier étudie et éventuellement amende ou même réfute. Lorsque le Conseil s'est mis d'accord sur un mandat, celui-ci devient impératif et la Commission n'a plus beaucoup de latitude pour négocier avec les pays tiers. C'est pour cette raison qu'avant même l'élaboration de la "proposition de mandat", de longs travaux d'approche ont lieu entre la Commission et le pays tiers (ce sont les "conversations exploratoires" qui ont occupé le Maroc et la Commission tout au long de l' année 1992) et entre le pays tiers et les différents gouvernements des membres de la CEE, pour sensibiliser le Conseil (ce sont les multiples voyages ministériels ou d'associations professionnelles, de part et d'autre). Au Maroc, le terme de lobbying n'est pas très prisé, mais c'est une réalité banale auprès des institutions de la Communauté.

Libéralisation, mais pas à découvert

Près de la moitié des articles de la Loi sur le commerce extérieur concerne les produits agricoles. Cependant, M. Meziane et ses services réfutent catégoriquement l'idée selon laquelle ce texte sera un texte protectionniste pour les produits agricoles. "Nous devons continuer à libéraliser l'agriculture pour la rendre plus performante en la mettant en contact avec I 'agriculture internationale", dit nettement le ministre, mais il ajoute qu'il "ne faut pas laisser les agriculture internationale ", dit nettement le ministre, mais il ajoute qu'il " ne faut pas laisser les agriculteurs à découvert face aux pratiques déloyales, qui sont malheureusement légion dans le monde".

Le Ministère de l'Agriculture avec celui du Commerce extérieur entame un travail d'explication auprès des associations professionnelles pour expliquer comment vont. fonctionner les mécanismes de protection. Les produits sensibles, les céréales, les viandes, les produits laitiers, le sucre et l'huile ont un système de protection renforcée. Les autres produits agricoles sont traités par les dispositions générales.(2)

Le ministre et ses services "comprennent que les professionnels se posent des questions, car il s'agit de passer d 'un système où tout est encadré à un système dérégulé, avec les mécanismes de sauvegarde".

Les associations d'agriculteurs et les industriels se sont inquiétés de la rapidité de réponse des mécanismes de sauvegarde.

Aussi un observatoire des prix a-t-il été mis sur pied: il reçoit au jour le jour les prix de Rungis, ce qui permet de comparer avec les prix d'arrivée au Maroc. "Si nous observons une différence ou si un producteur nous fait observer une différence, alors nous taxons, et ce, pratiquement en temps réel", indique M. Sasson, de la Direction de la Planification au Ministère de l'Agriculture et de la Réforme Agraire. M. Meziane pose le principe: "un Dirham de subvention dans le pays d'origine égale un DH de droit pour entrer au Maroc".

L'intérêt de la Loi est "d'empêcher la dérive des prix nationaux par rapport aux prix internationaux", dérive qui peut se produire dans les deux sens. Comme en industrie, l'isolement par rapport aux signaux commerciaux de l'environnement international est analysé comme un frein aux progrès de l'agriculture.

Cependant et compte tenu des liaisons commerciales avec la France, le jeu des échanges et des mécanismes de sauvegarde sera très dépendant de la stratégie qu'adoptera le nouveau gouvernement français, vis-à-vis de sa propre agriculture. Au GATT, la position marocaine est de s'inscrire contre les subventions agricoles, dans la ligne du groupe de Cairn(2). L'analyse n'est en effet pas celle d'un pays importateur net, mais plutôt celle d'un producteur qui souhaite pouvoir développer sa production dans des conditions normales.

(1) C f L'Economiste des 25 mars et 1er avril 1993.

(2) Groupe de pays producteurs - exportateurs de céréales, mais qui, contrairement à l'Europe et aux Etats-Unis, ne subventionnent pas la production ou l'exportation.

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