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Le secteur sous la loupe de trois compagnies majors

Par L'Economiste | Edition N°:470 Le 24/03/1999 | Partager

· CNIA: "Je ne sais pas si l'on peut réellement demander d'autres concessions au gouvernement"
· RMA: "Il faut approfondir la culture managériale au sein des entreprises d'assurances"
· Al Wataniya: "Un bilan plutôt mitigé"


L'entretien réalisé avec MM. Saâd Kanouni (président du directoire de la CNIA), Sebastien Castro-Mustapha Dehy (DG et DG-adjoint de la RMA), Abdeljalil Chraïbi (PDG d'Al Wataniya), est riche d'enseignements. Mais il faut aussi lire entre les lignes.

- L'Economiste: Quel bilan dressez-vous du marché de l'assurance au Maroc?
- M. Saâd Kanouni: L'exercice écoulé a été particulièrement animé. Nous avons assisté à une série d'introduction en bourse, et le processus devrait sans doute se poursuivre. Par ailleurs, nous avons également constaté une importante opération de regroupement. En fait, c'est l'épilogue d'une concurrence entre deux pôles importants. Le premier l'a remporté, tandis que le second semble se redéployer sur le courtage.
- M. Abdeljalil Chraïbi: Il me paraît judicieux de s'interroger sur les objectifs atteints par l'action initiée (assainissement) depuis 1984, si elle est parvenue à son terme et si l'on peut considérer que la situation est aujourd'hui saine et solide permettant au secteur d'aborder avec une plus grande sérénité et confiance les développements futurs et les défis qu'il doit impérativement relever. Mais au préalable a-t-on déjà clairement défini une stratégie globale positionnant l'industrie de l'assurance marocaine et clarifiant son rôle et ses missions dans les différents domaines socio-économiques et financiers?
Par conséquent, au-delà des chiffres d'activité, je suggère que le bilan porte d'abord et avant tout, et compte tenu du contexte actuel, sur cet ensemble d'éléments. Je dois admettre, à ce niveau, que des zones d'ombre demeurent, que le bilan est quelque peu mitigé. La politique d'assainissement devra être achevée pour lui conférer toute sa crédibilité, et les partenaires doivent débattre des problèmes de fond pour dégager une vision suffisamment précise a s'inscrivant dans une démarche à moyen et long termes et qui fait a priori défaut à la profession.
- MM. Sebastien Castro & Mustapha Dehy: Un bilan que nous pouvons qualifier sans hésitation de globalement positif. Depuis sa recomposition et sa marocanisation dans les années 70, le marché de l'assurance a franchi des étapes importantes et joue pleinement le rôle qui lui revient sur les plans social, économique et financier, en dépit des soubresauts qu'il a vécu avec la liquidation des cinq compagnies. Aujourd'hui, le secteur marque un peu le pas du fait de l'atonie de l'activité économique générale: le marché des entreprises évolue timidement. En revanche, celui des particuliers présente des perspectives de développement intéressantes. La bancassurance, dans ce domaine, constitue indubitablement un levier important pour la promotion du risque des particuliers.
- Si vous aviez à établir une liste de priorités, quelle mesure (fiscale, juridique ou autre) pourrait encourager le développement du secteur?
- M. Saâd Kanouni:
Je ne sais pas si l'on peut réellement demander d'autres concessions au gouvernement. Davantage d'incitations fiscales? Je ne pense pas. Déjà que nous n'avons pas su tirer profit de certains avantages qui sont déjà en vigueur, en particulier concernant les OPCVM. Là, je voudrais donner mon avis en tant que citoyen et non en tant qu'opérateur. Je crois qu'on a permis la création d'une surchauffe non productive à travers la spéculation boursière. Si au moins ces mesures pouvaient contribuer à augmenter d'une manière significative le nombre d'entreprises cotées en bourse. En réalité, le marché des capitaux reste très restreint et les valeurs qui s'échangent en bourse sont toujours les mêmes. Ce qui est paradoxal. Surtout que d'autres secteurs ne bénéficient pas des mêmes avantages. La pression fiscale au niveau de l'immobilier, par exemple, reste très forte. L'immobilier compte plus d'une vingtaine de taxes.
Pour ce qui est des choses urgentes dans notre secteur, je pense qu'il faudrait davantage encourager la force de vente par une plus grande ouverture du marché et par l'octroi d'agréments à de nouveaux opérateurs, courtiers ou compagnies d'assurances et par des mesures fiscales au profit des vendeurs et démarcheurs.
- M. Abdeljalil Chraïbi: Je crois que les mesures qui peuvent être proposées, acceptées et appliquées et qu'elles soient d'ordre juridique, fiscal ou autres ne seront que des mesures d'accompagnement. Leur mise en oeuvre sera nécessairement concomitante si nous prenons en compte réellement notre priorité fondamentale. Celle-ci réside dans la définition d'une politique et d'une stratégie pour l'industrie de l'assurance d'une manière consensuelle entre les pouvoirs publics et les professionnels, car toute stratégie impliquera des mesures de diverses natures. En effet, quel intérêt peut revêtir une nouvelle loi des assurances ou des incitations fiscales si elles ne s'intègrent pas dans une démarche beaucoup plus globale, plus ambitieuse avec des objectifs amples et audacieux découlant du rôle qui sera assigné à notre industrie sur l'échiquier national et à la lumière d'une politique générale de tout un pays.

- MM. Sebastien Castro & Mustapha Dehy: Pour encourager et asseoir le développement du secteur sur des bases solides et durables, la conjugaison d'un ensemble de mesures nous paraît nécessaire.
D'abord, il y a celles qui relèvent des pouvoirs publics. Nous citerons à ce niveau l'organisation d'un cadre législatif et réglementaire adéquat permettant la promotion du secteur ainsi que l'extension des incitations fiscales et autres déductions destinées à encourager la souscription des produits d'assurance, notamment vie et épargne. Par ailleurs, nous jugeons également nécessaire d'instaurer l'obligation d'assurance pour certains risques techniquement ou socialement sensibles (risques professionnels et BTP). A notre avis, il est également impératif de procéder au relèvement substantiel des tarifs TPV, condition sine qua non pour l'équilibre de la branche. Pour ce qui est des autres mesures qui pourraient être engagées solidairement par les pouvoirs publics et le secteur, il nous semble nécessaire de renforcer notamment les actions en matière de prévention en général et de la sécurité routière en particulier et la lutte contre la fraude et certains dérapages qui obèrent les comptes des compagnies d'assurances. Il faut également mener des actions vigoureuses de sensibilisation et d'information à l'égard des auxiliaires (médecins et experts qui participent indirectement à l'acte d'indemnisation).
Enfin, des mesures relèvent du secteur lui-même. Il s'agit d'approfondir la culture managériale dans les entreprises d'assurances, de développer la formation au niveau des entreprises et du réseau. La mise en place commune d'outils d'analyse et d'étude du marché est également judicieuse. Quant à l'amélioration de l'image du secteur, elle devrait passer par une vulgarisation de l'assurance et une information plus affinées ainsi que par une meilleure qualité de service.

- Compte tenu des futures échéances (libéralisation et zone de libre-échange notamment), comment va évoluer le secteur au cours des prochaines années?
- M. Saâd Kanouni: La libéralisation ne doit pas signifier l'anarchie des tarifs. Pour que l'assureur puisse offrir à son client le meilleur service auquel il a droit, il est impératif d'avoir le juste prix. Sans le surpayer mais sans le brader non plus. Ce n'est pas un procès que je fais à l'égard du secteur, mais je déplore, à travers les dernières batailles de tarif, que certains opérateurs aient anticipé sur la libéralisation dans une certaine anarchie.
- M. Abdeljalil Chraïbi: L'évolution profonde du secteur sera déterminée par le positionnement qui sera le sien comme je l'ai indiqué. Les échéances qui se profilent sont une occasion appropriée pour poser les bonnes questions. Il est évident que, si nous devons aborder la libéralisation et plus tard la ZLE dans les conditions actuelles, nous serons dans une situation inconfortable. D'ores et déjà, on peut s'interroger sur notre degré de préparation pour affronter les règles d'une véritable libéralisation et on peut, à juste titre, exprimer de vives inquiétudes à ce sujet dans la mesure où la libéralisation n'est pas assimilée à l'anarchie. Il est peu probable que les tarifs de chaque compagnie puissent être bâtis, dans le laps de temps dont nous disposons, sur des critères techniques suffisamment fiables. Les études tarifaires ont pris des retards importants et les données statistiques les plus récentes ne sont pas disponibles alors qu'elles constituent l'élément de base de tout tarif. De plus, il semble que des résistances se manifestent pour appliquer cette libéralisation tant réclamée, mais tant redoutée. Comment va-t-on alors aborder la libéralisation?
Il est difficile d'apporter une réponse valable à cette interrogation; peut-être faudra-t-il envisager des mesures contraignantes pour faire évoluer ce dossier. Si par ailleurs nous devions affronter les enjeux du libre-échange dans un telle incertitude, nos inquiétudes n'en seraient qu'amplifiées devant un secteur qui se chercherait et comportant plusieurs acteurs et n'ayant défini ni sa stratégie, ni les moyens et le temps nécessaires à sa réalisation.
- MM. Sebastien Castro & Mustapha Dehy: Le secteur sera amené inéluctablement à opérer des changements radicaux tant dans ses structures que dans ses approches vis-à-vis du marché pour faire face aux défis qui l'attendent. La tendance au rapprochement entre les différents opérateurs du secteur constatée ces derniers temps va certainement se poursuivre. Le marché est trop exigu, le nombre de compagnies élevé. D'où une nécessaire recomposition qui permettra à terme de doter le pays de sociétés économiquement viables et disposant de ressources suffisantes pour engager une réelle politique de croissance et de promotion du secteur. D'ailleurs, ce sera le moyen le plus sûr pour réussir la libéralisation.


Propos recueillis par Mohamed BENABID


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