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Le retour de l’esprit protectionniste
Par Kym Anderson et Bjorn Lomborg

Par L'Economiste | Edition N°:2740 Le 24/03/2008 | Partager

Kym Anderson enseigne l’économie et dirige le Centre for International Economic Studies (CIES) de l’université d’Adélaïde, en Australie, en alternance avec sa fonction d’économiste à la Banque mondiale où il s’occupe de la politique commerciale. Il a publié une vingtaine de livres, principalement sur le commerce et le développement. Son dernier ouvrage porte sur le commerce des produits agricolesBjørn Lomborg est l’organisateur du Consensus de Copenhague, professeur adjoint à la Copenhagen Business School, et l’auteur de «Cool It»  et de  «L’environnementaliste sceptique». Il a été élu par les lecteurs du Guardian de Londres comme «une des 50 personnalités qui peuvent sauver la planète»Le sentiment protectionniste et la peur de la mondialisation prennent de l’ampleur. Le libre-échange provoquerait une explosion du bien-être partout, et surtout dans les pays en voie de développement. Savoir saisir ces bénéfices constituera peut-être l’un des plus grands défis de cette génération. L’amplification d’un sentiment négatif pourrait avoir le pire résultat possible: non seulement l’échec de Doha, mais aussi l’édification de barrières douanières et migratoires. Ces barrières persistent en grande partie parce que davantage de libéralisation génèrerait une redistribution des emplois, des revenus et des richesses, ce qui ferait craindre aux gouvernements une réduction de leurs chances de rester en place, et de leurs propres richesses dans des pays où la corruption est florissante. Le plus grand espoir consiste donc à remettre le cycle de Doha sur les rails. Mais il y a une grande différence entre un résultat de piètre qualité et un autre plus complet. S’il ne s’agit que de la suppression progressive des subventions aux exportations agricoles et d’une réduction modeste des aides nationales à l’agriculture, notre analyse montre que les pays en voie de développement en tant que groupe n’y gagneraient rien, alors que les pays à hauts revenus gagneraient juste 18 milliards de dollars par an d’ici 2015. . Utiliser mieux les subventionsEn revanche, si les pays en voie de développement réduisent leurs droits de douane dans les mêmes proportions que les pays à hauts revenus, et que les services et les investissements sont aussi libéralisés, les gains mondiaux annuels pourraient monter jusqu’à 120 milliards de dollars, dont 17 milliards iraient aux pays les plus pauvres du monde. En outre, l’impact à long terme du libre-échange est énorme. Repensé en tant que valeur actuelle nette du flux des bénéfices futurs, un résultat réaliste de Doha pourrait augmenter le revenu mondial de plus de 3 000 milliards de dollars, dont 2 500 milliards iraient aux pays en développement.En outre, les expériences réussies de réformateurs comme la Corée, la Chine, l’Inde et le Chili suggèrent que la libéralisation du commerce provoque une augmentation des taux de croissance économiques annuels de plusieurs points de pourcentage pour plusieurs années. Eliminer les subventions et les barrières douanières signifierait que les ressources pourraient être utilisées de manière plus efficace, ce qui permettrait de bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre pour réduire les inégalités et la pauvreté, les tensions sociales, la dégradation environnementale, la malnutrition et les maladies. Il y aurait des coûts, bien sûr. Les entreprises et les travailleurs auraient un travail d’ajustement à faire lorsque des réformes forceraient certaines industries à faire des coupes ou à fermer, et en laisseraient d’autres s’agrandir. En outre, il faut considérer aussi les coûts sociaux. Pourtant, les bénéfices d’un cycle de Doha fructueux sont de 45 à 440 fois supérieurs à ces coûts. Il s’agit clairement d’un investissement extrêmement solide. Une “alternative” à Doha, par laquelle d’autre pays à hauts revenus suivraient la proposition de l’Union européenne d’un accès hors taxes aux produits de pays moins avancés (PMA) et de petits pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), n’impliquerait qu’une minuscule fraction des gains mondiaux provenant de la réforme du commerce. En outre, cela pourrait bien porter préjudice à d’autres pays pauvres – aggravant ainsi les inégalités – en encourageant l’allocation des ressources à des activités qui perdent leur compétitivité après l’accord de l’OMC suivant. Si la libéralisation des biens et des services s’avère trop difficile à réaliser politiquement pendant cette décennie, les bénéfices de la libéralisation des flux de main-d’oeuvre internationale valent la peine d’être envisagés, surtout parce qu’à défaut, les migrations illégales sont susceptibles d’augmenter. L’histoire montre que la migration est la façon la plus rapide de mener à une convergence des niveaux de vie.


Mondialisation négative

Aux États-Unis, les candidats à la présidence font de l’il aux électeurs inquiets, en reprochant l’érosion de la base industrielle du pays à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Les initiatives commerciales libérales se sont heurtées à des résistances au Congrès, et on a suggéré de nouvelles barrières douanières pour les produits qui se déversent à flots depuis la Chine.Les choses ne vont guère mieux en Europe. La France a porté un coup aux négociations du cycle de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en rejetant l’idée d’un accord pour l’agriculture. José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, estime que les pressions protectionnistes s’accentuent.Quand le cycle commercial de Doha a été lancé, peu après le 11 septembre 2001, la bonne volonté internationale ne manquait pas. Mais le désenchantement provoqué par la mondialisation et, dans certaines régions, la peur de l’immigration, se sont installés depuis. Un récent sondage Financial Times/Harris aux Etats-Unis, en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne dévoile que les gens ont trois fois plus tendance à trouver la mondialisation négative plutôt que positive.


La peur de l’ouverture

Nous avons analysé les coûts et les bénéfices d’une expansion des migrations internationales sur une période de 25 ans, qui se monte à une augmentation de 3 % de la main d’oeuvre des pays d’accueil d’ici 2025. Les coûts comprennent les dépenses uniques pour les migrants: le transport, l’obtention des visas et des permis, la recherche d’un logement, d’une école, d’un emploi, ainsi que le coût émotionnel d’une séparation de la famille. Il faut aussi prendre en compte les coûts uniques pour les gouvernements des pays d’accueil, comme le traitement des candidatures et l’aide de départ dans les domaines du logement et de la santé. Ces coûts ont été estimés entre 14.000 dollars US et 42.000 dollars US par travailleur, famille comprise (partagés de façon égale entre les migrants et les gouvernements d’accueil). Le bénéfice net global de l’augmentation du flux migratoire pour 25 ans se situe entre 13 billions et 39 billions de dollars, proche des gains médians estimés du cycle de Doha. Les bénéfices sont entre 28 et 220 fois supérieurs aux coûts. Si libérer l’immigration de façon multilatérale semble trop difficile pour qu’on l’inclue dans un accord du cycle de Doha, chaque pays pourrait le faire unilatéralement d’un coup de stylo. La logique économique est incontestable: supprimer les barrières douanières et migratoires constituerait un investissement exceptionnellement sage. Le véritable obstacle est de faire passer ce message aux politiciens et aux électeurs.Copyright: Project Syndicate, 2008 Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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