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    Chronique Militaire

    Le «Printemps arabe», l’Etat d’Israël et le Hamas
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:3512 Le 20/04/2011 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad» (Editions Complexe, 2004)

    LES évènements du monde arabe ont surpris. Rien d’étonnant à cela ! Comme l’avait écrit Alexis de Tocqueville à propos de la Monarchie de Juillet (1848), «un évènement est l’effet de grandes causes et de petits accidents»(1). Déclenché par un «petit accident» en forme de suicide par le feu d’un marchand ambulant tunisien spolié par la police, le «Printemps arabe» est conforme au modèle. Jusqu’à présent, cependant, on croyait le monde arabo-musulman passionnément attaché à cette cause fameuse qu’est la question palestinienne. On pouvait imaginer ces peuples, si longtemps invités à condamner l’Etat hébreu, prêts à critiquer des dirigeants jugés trop accommodants. Après tout, la foule égyptienne avait de multiples raisons, bonnes et mauvaises, de condamner l’attitude intransigeante de son Raïs vis-à-vis du peuple de Gaza. Bien des dictateurs arabes jugent utile d’entretenir des relations discrètes avec Israël; certains ont même fait la paix avec lui. Cela aurait pu exciter les émeutiers. Nenni! Aucun des peuples en colère, de Bahreïn à l’Algérie en passant par le Yémen, l’Egypte, la Syrie, la Tunisie… n’a brandi sur ses barricades ou dans ses rassemblements le moindre slogan, la plus petite pancarte condamnant Israël.
    Peut-être cette discrétion était-elle prévisible. La révolution panarabe et socialiste de Nasser s’était faite contre le seul roi Farouk. L’hostilité à Israël n’a jamais provoqué une crise interne majeure dans un Etat arabe. En Egypte, même les islamistes radicaux qui ont toujours jugé prioritaire la lutte contre Israël se sont abstenus d’en parler. Pourquoi pareil renoncement?
    On y voit trois raisons possibles. Les manifestants du monde islamique sont d’abord mus par une hostilité foncière envers leurs dictateurs et les régimes qu’ils ont engendrés. Toute autre motivation serait facteur de dispersion. Comme la guerre, la révolution doit respecter certains principes, parfois communs, à commencer par «la concentration des efforts».
    Deuxièmement, des slogans contre Israël ont paru vains aux insurgés. Il est somme toute plus mobilisateur parce que plus réaliste de réclamer le départ des Ben Ali, Moubarak, Al-Assad, Ali Saleh et autre Kadhafi,… que d’en appeler à la destruction d’Israël! Trois, enfin, les émeutiers, bien qu’issus de la société dans toute sa diversité, sont en majorité jeunes et éduqués. Leurs mots d’ordre reflètent le monde complexe dans lequel ils vivent. Ceux qui réfléchissent comprennent que leur révolution aura plus de chance de réussir si elle bénéficie de l’appui des démocraties d’Europe et d’Amérique. S’affirmer désireux d’anéantir Israël aurait limité à presque rien les pressions occidentales sur les dirigeants arabes concernés. En Egypte, les révoltés n’entendaient s’aliéner ni l’armée, ni l’allié américain. La raison l’a emporté, ils n’ont pas tout exigé d’emblée.
    Le «Printemps arabe» compte un autre absent. Dans les Territoires ou à Gaza, pas la moindre Intifada n’a eu lieu. Il n’eût pas été illogique que le peuple palestinien fasse pression sur l’Autorité en charge des Territoires et sur le Hamas, responsable de Gaza, pour qu’ils organisent des démonstrations de masse contre Israël. Des extrémistes ont bien tiré de Gaza quelques dizaines de roquettes mais sans exciper la moindre revendication un tant soit peu précise. Pourquoi cette réserve?
    Elle ne déplaît certes pas aux dirigeants de l’Autorité palestinienne peu désireux de connaître une autre «Révolte des pierres» qui entraînerait une violente riposte de la part d’Israël et la ruine d’une économie déjà fragile. En revanche, à Gaza, la situation est toute différente. La bande est soumise au blocus israélo-égyptien qui empêche le Hamas de s’approvisionner facilement en armes et d’étendre son influence politique dans les Territoires au détriment du Fatah.
    Enfermé sur son étroite bande de terre, le Hamas compte sur un évènement extérieur grave pour faire évoluer les choses. Le soulèvement égyptien lui fournissait une opportunité formidable, susceptible de créer à Gaza une situation nouvelle, comme la levée du blocus égyptien, un approvisionnement régulier dans tous les domaines, y compris en armes, la possibilité de sortir facilement de la bande… La liberté d’action du Hamas et donc sa force politique en auraient été décuplées à la mesure d’un espace de manœuvre soudain étendu à l’ensemble des Territoires et aussi à un monde arabe devenu d’un coup plus accessible. Malheureusement pour le mouvement islamiste, l’Egypte n’a pas modifié sa politique israélienne. De leur côté, les militants égyptiens de la cause palestinienne, hors d’état d’influencer leur armée et qui savaient l’Autorité peu favorable à un soulèvement des Territoires, ont préféré attendre pour agir. Le Hamas a pris conscience que ses espoirs étaient vains, eu égard à ces trois faits défavorables: l’indifférence chaque jour plus manifeste de l’opinion arabe vis-à-vis de la cause palestinienne, l’absence de toute perspective de changement quant à la politique extérieure de l’Egypte, les remords de Richard Goldstone, chef de la mission d’enquête des Nations unies sur la guerre de Gaza. Le rapport affirmait que Tsahal s’était rendu coupable de «crimes de guerre» voire de «crimes contre l’humanité» (voir encadré). Le 1er avril, M. Goldstone est revenu sur ses accusations. Que ce rapport, qui avait contribué à orienter l’opinion en Europe vers des sentiments anti-israéliens, soit en partie démenti par son auteur, représente un échec de plus pour le Hamas.
    Seul un assaut israélien massif et brutal contre Gaza, en représailles aux roquettes tirées contre Israël la semaine dernière, aurait pu fournir aux Islamistes de l’enclave une occasion de modifier la situation politique en leur faveur. Israël s’en est bien gardé. Nonobstant l’extrémisme du Likoud, Benyamin Netanyahou ne pouvait pas commettre pareille erreur. De plus, lors de «Plomb durci», l’Egypte avait levé le blocus de la bande et suspendu ses relations diplomatiques avec Israël. Rien n’indique qu’en 2011, le comportement du Caire serait le même qu’en 2009. Or, là est le nœud de toute évolution. Pour le Hamas, l’Egypte est la clé d’un avenir moins désespérant. Que Gaza soit appuyée par une Egypte hostile à Israël et l’enclave redevient cette baïonnette pointée vers Tel-Aviv. Le Hamas en serait grandement renforcé. Il reconstituerait avec le Hezbollah cette double menace à l’Etat hébreu; la Turquie, fâchée avec Israël depuis l’affaire de la flottille, le 31 mai 2010, ne lui serait pas hostile, bien au contraire, les Etats-Unis se révèleraient sans doute plus réticents à s’engager une fois encore, et vigoureusement, aux côtés d’Israël, contre des musulmans…
    Pareil tableau ressort aujourd’hui à de la politique fiction. Israël est prudent. La Turquie ne pousse pas à la guerre. Un changement d’attitude de la part de l’Egypte est tout sauf probable. Jamais la résistance palestinienne n’était apparue aussi diminuée qu’en ce printemps 2011. C’est là une situation paradoxale car cet affaiblissement survient au moment où des peuples arabes se révoltent courageusement contre leurs oppresseurs.
    Pas d’autre solution, apparemment, que d’appliquer la politique prudente du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Ce ne serait pas la pire car cette voie, à terme, pourrait aboutir à la paix. A deux conditions toutefois! Que le Hamas et ses activistes cessent de faire parler la poudre, qu’Israël consente aux indispensables et justes compromis…

    (1) Cité par Jean Daniel dans son éditorial, Le Nouvel Observateur, n°2422, 14-20 avril 2011.
     

    Le rapport Goldstone

    Publié le 15 septembre 2009, le rapport rédigé par le magistrat sud-africain Richard Goldstone, responsable de la mission d’enquête des Nations unies sur l’opération israélienne «Plomb durci» de décembre 2008 et janvier 2009, avait fait scandale en Israël. Selon ce document de 575 pages, fruit d’une enquête de quatre mois par quatre magistrats internationaux, tant les groupes armés palestiniens que l’armée israélienne s’étaient rendu coupables de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité. Les Palestiniens étaient accusés d’avoir tiré des obus de mortiers et des roquettes depuis des zones urbaines palestiniennes sur des cibles civiles israéliennes. Aux militaires israéliens, il était reproché d’avoir ouvert le feu sur des civils brandissant des drapeaux blancs, tiré des obus au phosphore et des obus de mortier contre des zones très peuplées, pris pour cible des bâtiments de l’ONU, des dispensaires, des usines, des fermes, des mosquées, utilisé des civils palestiniens comme boucliers humains ou fait obstacle à la circulation des ambulances…
    Le 1er avril, dans une tribune publiée dans le Washington Post, Richard Goldstone faisait volte-face de façon surprenante en dégageant Israël d’une partie de ses responsabilités -voire de ses culpabilités- dans la conduite de cette guerre. Il affirme: «Si j’avais connu ce que je connais à présent, le rapport Goldstone aurait été un document différent». La tribune constitue donc un acte politique majeur, accueilli comme «une divine surprise» avec une satisfaction spectaculaire par le gouvernement israélien qui après avoir dénoncé Richard Goldstone comme «ennemi d’Israël» l’invite aujourd’hui à Jérusalem. Les trois autres juges, britannique, pakistanais, irlandais, dans un texte dévastateur, paru le 14 avril sur le site du Guardian, ont vivement condamné le revirement du président de la commission d’enquête.

    D’après René Backman, «L’Affaire
    Goldstone», NouvelObs.com, 15 avril 2011

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