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Le monde passe de la récession à la dépression économique
Par le Pr. Mohammed GERMOUNI

Par L'Economiste | Edition N°:3352 Le 01/09/2010 | Partager

Quelques indicateurs tendent de plus en plus à accréditer l’idée que l’économie mondiale traverse actuellement une dépression plutôt qu’une crise. Ce qui n’est pas bien entendu de bon augure. Chacun commence à s’en rendre compte progressivement. Si les récessions économiques sont une donnée courante et même un phénomène normal succédant aux périodes d’expansions, les dépressions, elles, le sont moins. Heureusement, elles ont été plutôt rares. La récession suscitée par la crise financière de 2007 était censée prendre fin l’été dernier. Mais elle ne semble toujours pas terminée. La récente reprise ne saurait le confirmer, pas plus, par exemple, que le rebond constaté en 1933 n’avait signifié la fin de la grande dépression commencée cinq années auparavant. En effet, le taux de chômage, notamment celui de longue durée, demeure à des niveaux frôlant les 10% de la population active dans bon nombre de régions du monde développé notamment. Ce taux était jugé, il y a quelques années encore, comme le signe d’une catastrophe sociale. Surtout en l’absence d’une perspective de résorption immédiate. D’aucuns, comme le professeur Paul Krugman, parlant dernièrement de «troisième dépression économique», n’exclut pas une stagnation à la japonaise, avec une baisse des prix et de l’activité. Ceci concernerait l’ensemble USA et Europe.Aussi, la résurgence de «l’orthodoxie de l’équilibre budgétaire», prenant des allures militantes chez certains des grands décideurs, est-elle paradoxale. On se serait attendu à davantage de dynamisme pour promouvoir le retour à la croissance d’abord. Les propos et la rhétorique orthodoxes de certains dirigeants européens rappellent ceux de Hoover, alors président des USA en pleine dépression. Il préconisait d’augmenter les taxes et de réduire les dépenses comme moyen réel de renforcer l’économie future et d’améliorer l’indice de confiance dans les affaires. Actuellement, dans la pratique, même les pays ayant montré une certaine préoccupation par les risques déflationnistes, comme les USA, ne parviennent pas à les contrecarrer et semblent plutôt, à leur tour, réduits à des postures incantatoires. Tentons d’expliquer brièvement ce retour doctrinal. Certains adeptes de la ligne dure invoquent la situation précaire de pays comme la Grèce pour justifier leurs préconisations. En effet, le marché obligataire international maltraite habituellement les pays à déficits. Sauf qu’il n’y a pas de preuves tangibles que les cures d’austérité aient rassuré ces mêmes marchés. Au contraire, on observe une sorte de comportement pervers dans la mesure où, par exemple, Islande et Grèce s’appliquent les stricts préceptes de l’orthodoxie budgétaire, mais deviennent encore moins attractifs pour les investisseurs qu’une Espagne traînant un lourd déficit sans s’imposer pour autant la potion d’austérité requise.Par ailleurs, un budget en équilibre est certes une responsabilité importante incombant à toute administration sous contrôle des électeurs. Néanmoins, d’un point de vue technique, la réduction des dépenses durant une dépression risque d’approfondir celle-ci, sans pour autant éliminer les germes déflationnistes. En d’autres termes, l’enjeu n’est pas la Grèce, pas plus qu’un choix réaliste entre déficits et emplois. Il s’agit de la victoire d’une orthodoxie qui a peu de rapport avec une analyse rationnelle et qui consiste, en temps difficiles, à imposer des souffrances aux autres. Le coût d’austérité généralisée pourrait être quelques dizaines de millions de personnes sans emploi, dont plusieurs pour une longue période alors que d’autres ne seront peut-être jamais employées dans diverses régions du monde. Avec les retombées redoutables pour les populations de travailleurs migrants, leurs revenus ainsi que les pays destinataires de leurs transferts, premières victimes de pareilles mesures. Surtout, lorsque on sait tous les aléas rattachés à la sortie d’une dépression.


Crise, récession et dépression: qu’est-ce que c’est

L’expression «crise économique» fait référence au concept de cycle, dont la théorie la plus élaborée est celle de Frederich Von Hayek, éminent représentant de ce qu’il est convenu d’appeler l’Ecole autrichienne. Pour celle-ci, la crise est le résultat d’accumulation de défauts d’ajustement de l’appareil de production (ou du système financier) à la demande réelle. La récession, elle, est une crise de forme passagère qui accumule dans la pratique deux trimestres consécutifs de baisse d’activité. Enfin, phénomène plus redouté, la dépression. C’est une crise, la plus grave de toutes, qui prend la forme d’un ralentissement important et surtout durable de la production, de la consommation et de l’investissement. Elle est souvent accompagnée d’une baisse des prix et d’une augmentation du chômage. La dernière dépression connue est celle qui a démarré en 1929 aux USA et a duré pratiquement jusqu’à l’entrée en guerre en 1942.


Les faux rebonds des dépressions

L’histoire économique n’a enregistré jusqu’ici que deux dépressions seulement. D’abord, la période de baisse des prix et d’instabilité à l’origine de la panique des années 1870 en Europe et en Amérique. Quelque soixante années après, il y eut la célèbre et dévastatrice «Grande dépression», avec un chômage massif sans précédent, suite à la crise financière des années 1930. Ces dépressions se caractérisaient à la fois par des phases de reculs prononcés et de rebonds plutôt éphémères, avec plutôt une tendance orientée à la baisse du niveau d’activité. L’aggravation de l’actuelle dépression, qui paraît encore à ses premières phases, si elle se devait se concrétiser davantage, et dont on ne mesurera la véritable ampleur qu’une fois terminée, serait foncièrement imputable à un échec de certaines politiques en voie de mise en œuvre. D’ailleurs, comme la récente rencontre des principaux décideurs du monde l’a suffisamment démontré, ces derniers paraissent trop absorbés par le spectre de l’inflation et des déficits budgétaires, au moment où une menace réelle proviendrait de la déflation et de dépenses publiques inadéquates ou mal ciblées. Pourtant, au cours des années 2008 et 2009, l’impression qui se dégageait était que le monde avait peut-être assimilé les leçons de l’histoire du siècle dernier. Les récentes résolutions adoptées le mois dernier semblent plutôt le contredire. Certes, contrairement à leurs prédécesseurs qui, eux, avaient relevé les taux d’intérêt pour faire face à la crise financière des années 30, les décideurs réduisirent aujourd’hui les taux et s’activèrent à soutenir les marchés.

 

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