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    Economie

    Le ministre français de la Coopération accusé de corruption : Michel Roussin: Parcours atypique d'un Français du Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:155 Le 24/11/1994 | Partager

    Le ministre Français de la Coopération est accusé de corruption. Né au Maroc, d'un père chirurgien, "Monsieur Afrique" avait convaincu de la dévaluation du Franc CFA.

    Michel Roussin, 55 ans, n'est plus le Monsieur Afrique du gouvernement français. Comme, avant lui, deux autres ministres du gouvernement Balladur, il a dû démissionner de ses fonctions le samedi 12 octobre, avant d'être mis en examen deux jours plus tard pour "recel d'abus de biens sociaux". Le juge d'instruction Eric Alphen le soupçonne, sur la foi de dénonciations anonymes mais également de témoignages, d'avoir reçu 260.000 Francs en liquide du promoteur immobilier Jean-Claude Méry. Ce dernier, qui fut membre du comité central du RPR - le parti de Jacques Chirac et d'Edouard Balladur - de 1987 à 1990, est accusé d'avoir mis en place un système de financement occulte du parti, fonctionnant de manière relativement simple: lorsqu'un entrepreneur du bâtiment souhaitait travailler pour la Mairie de Paris gros bâtisseur, entre autres, de logements sociaux - il n'avait d'autre solution que de passer par Méry, qui imposait une "taxe" en argent liquide. Ces sommes représentaient, selon toute vraisemblance, le résultat de fausses factures adressées à la Mairie de Paris et payées par elle. Dans cette affaire, plusieurs personnes ont déjà été inculpées, et deux incarcérées: Jean-Claude Méry lui-même, surnommé au choix "le gros" ou "Méry de Paris", et Rémy Halbwax, policier révoqué en 1983 et devenu entre-temps un proche collaborateur de Robert Pandraud, ancien secrétaire d'Etat, ancien collaborateur de Jacques Chirac, ce dernier est aujourd'hui chef du groupe RPR au Conseil régional d'Ile de France. Roussin, contrairement aux deux autres ministres démissionnaires - Gérard Longuet et Alain Carignon - n'est pas accusé d'avoir bénéficié d'un enrichissement personnel, ce qui fait toute la différence...

    Son inculpation et sa démission touchent un homme au parcours politique atypique. Né à Rabat en 1939, d'un père médecin et d'une mère britannique, il est devenu officier en 1960 et se trouva lors des heures noires du putsch des Généraux, en avril 1961, du côté des tenants gaullistes de l'ordre républicain. Il est demeuré très attaché à la culture "Pieds Noirs", et de compter dans cette communauté ses meilleurs amis. Cet homme cultivé et drôle les régale de ses imitations désopilantes - son talent d'imitateur est réel - et il suit toujours avec une attention très particulière les questions touchant le Maghreb. Il fut également, durant de longues années, officier de gendarmerie. Une école de la Loi et de l'ordre dont il n'a pas oublié les préceptes, et qui l'a renforcé dans sa conviction que l'Etat a besoin de serviteurs fidèles et compétents, qui ne transigent pas sur les principes. L'homme de renseignement qu'il fut durant les années soixante-dix, en occupant le poste de directeur de cabinet du chef du SDECE Alexandre de Marenches, a ajouté à ses convictions républicaines un goût évident pour l'action secrète. Il aime à dire qu'on n'agit bien qu'à l'écart des passions de l'instant: si cet ancien fidèle de Jacques Chirac a rejoint les rangs des balladuriens, ce n'est pas pour autant qu'il entrera dans le jeu des querelles publiques. Jamais il n'a dit un mot sur le fossé qui sépare désormais les deux candidats à la présidentielle - l'un déclaré, l'autre plus que probable - et il y a fort à parier que cette attitude ne changera pas...

    EN 1993, lors de la constitution de son nouveau gouvernement, c'est Edouard Balladur qui en avait fait son ministre de la Coopération, c'est-à-dire son "Monsieur Afrique", alors que Jacques Chirac n'était pas d'avis qu'il prenne ce poste. Et c'est peu dire que Michel Roussin, qui n'avait alors d'autre ambition que celle de diriger la DGSE, nouveau nom du SDECE où il avait servi, a réussi dans ces fonctions. Il n'a pas cessé, entre le jour de sa nomination et celui de sa démission, de faire des allers et retours entre Paris et les capitales africaines, plusieurs dizaines au total en un an et demi, et s'est acquis une solide réputation de ministre compétent et efficace, qui n'a pas été si fréquente dans ce secteur depuis 1981. Sa première grande opération, à la fin de 1993, a consisté à faire accepter aux quatorze chefs d'Etat africain concernés la dévaluation du Franc CFA, effective le 12 janvier 1994; s'il y avait été d'abord opposé, Michel Roussin s'était finalement rangé aux arguments du Ministère des Finances qui avait convaincu le Premier ministre; mais cette attitude a ulcéré Jacques Chirac et la rupture définitive entre ce dernier et Roussin daterait de cette époque. Le ministre de la Coopération aimait d'ailleurs à rappeler que l'aide française aux pays de la zone Franc a été doublée en 1994 pour atteindre 5 milliards de Francs, auxquels doivent être ajoutés 25 milliards de Francs d'annulation de dettes. Au sein de l'exécutif français, Michel Roussin comptait par ailleurs parmi les chauds partisans de la création d'une force d'intervention multinationale africaine, et considérait que c'est à elle, si elle avait alors existé, qu'aurait dû être confiée l'intervention humanitaire au Rwanda.

    De notre correspondant à Paris Jean GUISNEL

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