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    Le MEN baisse l'âge de scolarisation dans le rural

    Par L'Economiste | Edition N°:295 Le 11/09/1997 | Partager

    De l'élargissement du spectre de la scolarisation à la chasse aux erreurs de gestion, le ministre de l'Education Nationale dresse le bilan de ses deux années.

    L'Economiste: Comment se présente la nouvelle rentrée scolaire? Y aura-t-il de grandes nouveautés?
    M.Benmokhtar: C'est une rentrée classique, tout à fait normale, mais avec des idées nouvelles. Notre objectif habituel d'élargir au maximum le spectre de la scolarisation, surtout dans le milieu rural, sera renforcé. Nous avons décidé d'ouvrir l'école aux enfants âgés de cinq ans, dans la limite des places disponibles. En effet, il n'est pas de raison de refuser des enfants âgés de moins ou plus de 7 ans, alors que des classes dans le rural et le péri-urbain ne sont pas toujours pleines. Malheureusement, nous ne pouvons pas élargir cette mesure à l'ensemble des écoles pour des contraintes de places, es-sentiellement dans le milieu urbain.

    - Depuis votre arrivée à la tête du Ministère en 1995, vous avez initié nombre d'actions. Quel en est le bilan à cette rentrée?
    - Au cours de ces deux années, nous avons initié un certain nombre d'actions qui vont entrer en vigueur cette année.
    C'est le cas notamment de la nouvelle stratégie d'en-seignement en milieu rural. Expérimentée dans environ 10 provinces, cette stratégie a donné des résultats extrêmement encourageants. Les taux de scolarisation et de rétention ont augmenté. De même, cette idée a montré qu'on peut réaliser une intégration positive avec les autres départements. Dans l'ensemble, l'image de l'école a changé. L'image physique de l'école a aussi changé avec une prise de conscience des parents de son importance. Cette année, cette stratégie sera étendue à 13 provinces avec des moyens plus importants que ceux initialement prévus. L'accord que nous avons eu dernièrement avec la Banque Mondiale consiste d'intégrer le BAJ dans la stratégie. Cela veut dire que nous allons avoir une dissémination plus grande de cette expéri-mentation de l'enseignement en milieu rural.

    - Quelle est la philosophie générale de cette stratégie?
    - Notre pays n'a pas réussi après 40 ans d'indépendance à généraliser l'enseignement. L'une des erreurs flagrantes, c'était de considérer l'école comme un modèle unique, indépendamment de son environnement ou de sa géographie. Résultat, c'était une école pour la bourgeoisie moyenne.
    Pour pallier cette insuffisance, il fallait dé-sormais réfléchir différem-ment. Dans le domaine de l'éducation, ce qui est juste, c'est qu'il faut que les objectifs soient les mêmes, mais que les moyens pour y arriver soient différents. Il fallait adopter donc une stratégie dans le rural qui s'appuie sur des méthodes et des approches différentes de l'autre.

    - Pensez-vous qu'une stratégie d'enseignement pour le milieu rural soit suffisante pour faire décider les parents à scolariser leurs enfants?
    - Pour les parents, il y a une analyse de coût d'opportunité de l'éducation. Ce raisonnement n'est pas le même pour le riche, le paysan, l'ouvrier Pour un cadre supérieur, ce coût d'opportunité se place sur l'avenir de son enfant. Pour un paysan, envoyer son enfant à l'école, essentiellement la fille, cela coûte quelque chose et ne rapporte pas.
    Dans le milieu rural et péri-urbain, cela oppose une concurrence très sérieuse à l'école. Les parents préfèrent confier à leurs enfants des tâches ménagères et des travaux de champ au lieu de les envoyer à l'école. Ceci explique le faible taux de scolarisation.
    Aujourd'hui, 3 millions d'enfants âgés de 7 à 16 ans sont en dehors du système éducatif. C'est énorme. Pour atteindre la généralisation, c'est par ces enfants qu'il faut commencer. En fait, ces enfants prolongent l'analpha-bétisme.
    Nous réfléchissons sur des solutions qui s'appliquent à cette catégorie d'enfants, notamment des écoles non formelles. Les ex-périences, menées en collaboration avec un certain nombre d'ONG, seront multipliées. La démarche consiste à scolariser les enfants là où ils sont pour que l'éducation soit une partie intégrante de leur vie. Un autre objectif fixé à cette alphabétisation, c'est de donner une seconde chance à ces enfants et de les intégrer dans l'école classique. Nos partenaires ont compris cette mission et sont prêts à y investir. Le MEN les appuie, notamment pour la formation de jeunes licenciés à ce type d'enseignement. Le projet sera lancé cette année.

    - Quel a été votre diagnostic de la situation du secondaire? Cette année verra-t-elle l'application de nouvelles idées?
    - Durant neuf années de classe, les élèves n'ont été à aucun moment évalués objectivement. Chaque établissement organisait ses propres sélections, en se référant au quota fixé. Ce système comportait nombre de distorsions, de sorte qu'il n'y a eu aucune corrélation entre les notes obtenues au collège et le niveau de l'élève au lycée. Des élèves entraient au secondaire avec quelquefois 30% seulement du programme du collège.
    Dès cette année, nous allons introduire des examens normalisés avec copies anonymes. Les sujets seront proposés par les enseignants, révisés par les inspecteurs et choisis par l'Académie. Une première expérimentation a eu lieu en 1996/1997. Les résultats ont confirmé nos hypothèses: 16% seulement ont obtenu une note égale ou supérieure à 10. Autrement dit, sur les 1.009 collèges existants, 1.000 n'auraient pas atteint le seuil d'admission de 10. Ces résultats n'obéissent à aucune règle. Les moyens ne rentrent pas. Un collège peut disposer des équipements les plus sophistiqués, il n'obtient pas pour autant de bons résultats. Le seul facteur déterminant, c'est l'humain. C'est le fruit de la politique d'une quinzaine d'années de laisser-aller. Dès cette année, il faut s'attaquer sérieusement à ces problèmes.

    - La télévision éducative et la télévision interactive, deux projets annoncés par le MEN, fonctionneront-ils cette année?
    - La nouvelle formule de la télévision éducative est en cours
    de finalisation avec 2M. Ce projet peut rendre systématique l'en-seignement d'un certain nombre de matières.
    De même, le projet de télévision interactive a atteint sa maturité.
    L'isolement des enseignants des nouveautés pédagogiques et la difficulté de les réunir dans des centres classiques de formation rendent intéressant ce projet d'enseignement à distance. Cet enseignement à travers la télévision interactive démarrera dans 15 centres qui seront reliés au centre de Rabat. A partir de là, seront transmis des cours, notamment de pédagogie et d'éducation. Interactif, ce système permet de recevoir des suggestions.

    - Outre les problèmes pédagogiques, vous vous êtes attaqué aux problèmes de gestion et de personnel. Quel en est le bilan?
    - Modestement, nous avons bousculé un certain nombre de dogmes. Le clientélisme notam-ment. Aujourd'hui, les choses sont beaucoup plus claires. Le clientélisme ne marche plus.
    Nous avons également mis en place de nouvelles procédures plus transparentes d'octroi des marchés de construction.
    Côté gestion interne du Ministère, le redéploiement de nombre de directions nous a permis de faire de grandes économies de loyer, soit quelque 2,5 millions de DH.
    Nous avons aussi découvert des ribambelles de personnes non productives à qui nous avons confié de nouvelles tâches.
    Concernant la direction des académies et des délégations, nous avons bousculé un droit acquis, celui de l'ancienneté. Actuellement, l'expérience et les diplômes peuvent faire accéder au poste de responsabilité des jeunes âgés de 30 ans.
    Nous avons ainsi pu faire nos reports de crédit. Chose qui n'a pas été faite depuis 12 ans.

    - Monsieur le Ministre, ces projets sont certes intéressants, mais aurez-vous le temps de les mener à bout dans la perspective du changement de gouvernement de janvier?
    - Le projet éducation est un projet permanent. De même, il existe deux natures de décisions. Il y a d'abord des décisions qui méritent un consensus sur le plan national pour éviter les tergiversations. Viennent ensuite des décisions de responsables qui peuvent apporter des changements. Ces secondes décisions peuvent intervenir pour corriger et affiner, mais elles ne peuvent à aucun moment changer ce qui est dans l'intérêt des enfants. Je vois mal quelqu'un venir arrêter et couper un projet qui apporte quelque chose à nos enfants. C'est une grande responsabilité à laquelle on peut demander des comptes. Ce qui est important, c'est comment structurer ces projets et leur donner plus de moyens pour qu'ils s'inscrivent dans le système.

    Propos recueillis par Malika
    El JOUHARI et Salim LAHJOMRI

    Les nouveautés de la rentrée

    LE Ministère de l'Education Nationale accorde cette année une importance toute particulière au renforcement de l'enseignement des langues étrangères dans les lycées (le français, l'anglais, l'espagnol, et l'allemand). Les programmes sont arrêtés et "l'expérimentation", une notion chère à M. Benmokhtar, va débuter dès cette rentrée.
    C'est également le cas pour les réseaux de l'enseignement technique et technologique. "Nous avons constaté que les élèves sont coupés de tout ce qui est manuel. Ceci à cause d'une vision négative qui commence à la maison et se poursuit à l'école: les études servent pour accéder à une classe sociale plus valorisée et non pour devenir technicien", affirme le ministre, qui pense que ces réseaux peuvent éventuellement initier les élèves à l'enseignement technique. Ce projet sera expérimenté à Mohammédia et Settat. Cette année, la nouvelle formule du sport scolaire démarre avec la création à Rabat du centre national de la recherche, de l'évaluation et du perfectionnement de l'éducation physique et du sport scolaire. Outre l'éducation sportive, le Ministère lance également un projet ambitieux pour la promotion de l'éducation musicale. Un collège musical ouvre ses portes à Rabat dès cette rentrée.

    Salime LAHJOUMRI & Malika EL JOUHARI

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