Economie

Le Maroc en difficulté face à la concurrence mondiale

Par L'Economiste | Edition N°:291 Le 31/07/1997 | Partager

Avec 1,6 million de touristes, le Maroc peine à améliorer sa position concurrentielle dans le vaste marché mondial des voyages. Mais les professionnels restent optimistes.


Dans l'industrie de voyages comme dans la plupart des activités d'envergure mondiale, la concurrence est devenue planétaire. La baisse des tarifs du transport aérien, ces dernières années, a vu émerger de nouvelles destinations lointaines vendues à des tarifs compétitifs. Il est possible aujourd'hui de passer ses vacances aux Antilles ou aux Caraïbes (Cuba) à des tarifs très compétitifs par rapport aux destinations moyen courrier, dont le Maroc. Pour le mois d'août, les TO parisiens ont décidé de fondre leurs tarifs: une semaine à la Martinique ou en Guadeloupe en hôtel 3 étoiles est vendue à 3.810 FF, transport aérien et petit déjeuner compris. Une croisière sur le Nil en pension complète sur un bateau 3 étoiles pendant une semaine revient à 2.780FF. Treize nuits à Cuba avec petit déjeuner, avion aller-retour et voiture de location avec kilométrage illimité varient entre 7.590 et 8.000 FF.
Dans le benchmarking avec des destinations concurrentes, le Maroc est souvent donné perdant. Mais la tendance n'est pas irréversible, tempère-t-on dans la profession. Selon M. Abdellah Bazizi, directeur général-adjoint de l'antenne marocaine de FRAM (premier TO français sur le Maroc), "le Maroc regagne du terrain face à ses concurrents méditerranéens, grâce aux efforts consentis sur les prix". Dans le portefeuille du voyagiste toulousain, le Maroc (65.000 touristes prévus en 1997) arrive en deuxième position juste après l'invincible Espagne. Aux handicaps de la destination, plusieurs explications sont avancées. Elles sont du reste au centre de la polémique auprès des opérateurs qui se rejettent la responsa-bilité. Hôteliers, agents de voyages et transporteurs aériens, chacun y va de sa thèse.

Premier constat: avec près d'un million et demi de touristes, le Maroc ne peut rivaliser avec les pays qui engrangent cinq, voire dix fois plus de volume de voyageurs. A titre comparatif, rien qu'en été, la côte espagnole accueille 20 millions de personnes, dont de très nombreux touristes marocains séduits par un rapport qualité-prix de professionnels ibériques. L'étroitesse du marché empêche les tours opérateurs d'agir sur les tarifs en faisant jouer le levier des économies d'échelle. Sur les grandes destinations, le volume de la clientèle constitue une arme redoutable dans la concurrence. Quand on connaît le poids du prix sur le marché des vacances, les opérateurs marocains sont "hors course". D'où la tentative de succomber aux sirènes de braderies des tarifs, avec le risque de l'effet boomrang.
Autre explication: la multiplication des intermédiaires qui renchérit le package. Ce qui a conduit les hôteliers à contourner les agences pour préserver leur marge. Ces derniers viennent d'être autorisés à traiter directement avec les tours opérateurs sans passer par la distribution. Voilà qui ne manquera pas d'attiser la guerre larvée avec les agents de voyages.

Souvent mis en cause aussi la surfiscalisation du secteur et le prix du ticket d'avion. Ce dernier représente en moyenne 25 à 28% du prix du séjour. Dans une belle unanimité, les hôteliers accusent la RAM de pratiquer des tarifs qui minent leur compétitivité. Des allégations que rejette la compagnie qui rappelle au passage "qu'elle n'est pas la seule à exploiter le charter sur la destination". Elle ne se prive pas de souligner la frilosité des professionnels "qui refusent de prendre des risques". La RAM a vu son activité charter bondir en juillet sur la France, premier émetteur de touristes vers le Maroc. Selon son directeur Marketing, M. Kamal Bensouda, au 21juillet, la compagnie avait vendu plus de 23.000 sièges aux TO, soit 15% de plus par rapport à l'an dernier. "Ce qui prouve que nos prix sont compétitifs", assure M. Bensouda.
Pour le ministre du Tourisme, M. Mohamed Alaoui M'hamdi, le lien entre le regain de la demande sur le Maroc et la compétitivité du pays est visible. "Ceci traduit une amélioration de la position concurrentielle du Maroc", explique-t-il. A son avis, ce n'est pas un phénomène conjoncturel, mais une tendance lourde. Avec +9%, dit-il, nous sommes au-dessus de la progression mondiale des voyages qui est de 4%. Mais il faut distinguer les entrées des recettes qui, elles, sont en recul de 5,4%.

Abashi SHAMAMBA

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