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Politique Internationale

Le jeûne et les médecins

Par L'Economiste | Edition N°:68 Le 25/02/1993 | Partager

Le 19 Février dernier, une réunion inhabituelle se tenait à la Faculté de médecine de Casablanca, à l'initiative du "Club du médicament": une quinzaine de professeurs de médecine et deux professeurs de "chariâa" (droit musulman) débattaient des prescriptions médicamenteuses pendant le mois de Ramadan. Première conclusion: la réunion n'a pas abouti à un consensus sur la totalité des questions soulevées, mais seulement sur une partie d'entre elles. Deuxième conclusion: les professeurs de "chariâa" sont parfois apparus plus tolérants que quelques représentants du corps médical présents dans la salle.

A l'occasion de cette journée scientifique, la chronobiologie a fait pour la première fois son entrée dans le domaine de l'étude médicale du jeûne. La chronobiologie est une discipline relativement récente qui consiste à étudier les rythmes biologiques de l'organisme.

En d'autres termes, il s'agit du fait que les caractéristiques biologiques d'un individu (par exemple les sécrétions hormonales, le pouls, la tension, la respiration etc....) varient selon des cycles répétitifs au cours de la journée et de la nuit. Tout se passe comme si chacun d'entre nous disposait d'une horloge interne. La manifestation la plus connue de ce rythme biologique ce sont tout simplement les perturbations que provoque le décalage horaire. La connaissance des rythmes biologiques a permis d'améliorer l'efficacité de la prise des médicaments: à titre d'exemple, les corticoïdes sont plus efficaces de bon matin.

Cette horloge biologique dont on commence à peine à percevoir les mécanismes, est essentiellement réglée par le cycle veille-sommeil et, à un degré moindre, par les cycles activité-repos et alimentation-abstinence.

Les recherches menées dans les pays industrialisés ont permis d'établir la carte chronobiologique de l'organisme humain. Mais cette carte ne correspond pas forcément à celle d'un jeûneur puisque ce dernier connaît une perturbation au niveau de ses principaux cycles (veille-sommeil, activité-repos, alimentation-abstinence). Tant que la carte chronobiologique du jeûneur n'a pas été établie, tout ce que nous pourrons dire à ce propos - et notamment pour ce qui concerne la prescription médicamenteuse - n'émane que d'expériences personnelles ici et là et non d'études scientifiques appropriées, estime le Pr Farid Hakkou, président du Club du médicament.

Attention au sommeil

En attendant les études que le Club du médicament compte mener à cet égard, on ne peut qu'évoquer quelques principes de bon sens et d'abord celle-ci: les patients ne doivent pas changer l'horaire de la prise médicamenteuse sans avis médical. Le second principe, c' est que si le jeûne du Ramadan peut avoir des répercussions sur l'organisme sain, ceci est dû, d'abord et avant tout, aux perturbations du sommeil et aux excès alimentaires, plutôt qu'au jeûne lui-même.

Les traditionnelles veillées du Ramadan, dont de nombreux jeûneurs abusent, sont en effet nocives pour l'organisme. Il n'existe pas encore d'études fines destinées à mesurer les perturbations chrono-biologiques qu'elles provoquent. Mais le tableau est grosso modo bien connu: sommeil court, haché dont la qualité est affectée par la prise d'excitants tout au long de la soirée, difficultés de concentration pendant la journée du lendemain.

Eviter le grignotage et ne pas oublier les salades

Une étude menée à Casablanca par le service de pharmacologie sur l'évolution de la vigilance a d'ailleurs montré que celle-ci baisse notablement au cours des première et deuxième semaines de jeûne pour remonter au cours de la troisième semaine et revenir à la normale au cours de la quatrième semaine, probablement par adaptation de l'organisme. Pour expliquer cette baisse de la vigilance, le Pr Hakkou incrimine les perturbations du sommeil.

Une seconde étude menée par le même service à Casablanca en 1991 est également riche en enseignements pour ce qui concerne l'hygiène alimentaire que le jeûneur doit respecter. A partir d'un échantillon de sujets sains, qui n'avaient pas connu de troubles digestifs auparavant, il a été montré que 11% d'entre eux (ce qui reste une proportion assez faible) ont ressenti des troubles dyspeptiques (c'est-à-dire des troubles digestifs du type aigreur de la bouche, pyrosis, éructation, régur-gitation, ballonnement, nausées, vomissements, sensation de brûlure). Il a été également constaté un accroissement de l'acidité des sécrétions gastriques. Une couverture par la prise de médicaments antiacides le soir permet de prévenir ces troubles.

Le Pr Hakkou insiste cependant sur l'hygiène alimentaire: prendre des repas séparés le soir, éviter d'agresser l'estomac par le grignotage continu tout au long de la soirée, ne Pas oublier les salades et les fruits, boire de l'eau en quantité suffisante, éviter les excitants...

Si les choses sont donc relativement claires pour ce qui concerne le sujet sain, il en va différemment du malade, qu'il soit ou non sous traitement.

La première question à cet égard, porte sur le mode d'administration du médicament. Au cours de la journée organisée par le Club du médicament, il y avait consensus autour du fait que les voies intramusculaire, cutanée et auriculaire sont admises et considérées comme étant compatibles avec le jeûne. Les voies orale et intra-veineuse ont été jugées incompatibles avec le jeûne. Par contre, il y avait des divergences autour de l'administration médica-menteuse par les voies oculaire, vaginale et rectale ainsi que l'aérosol.

Reste alors la question des maladies chroniques.: Le Pr Hakkou rappelle un principe de base: on ne peut parler de compatibilité du jeûne que pour les malades "équilibrés" sur le plan du traitement, c'est-à-dire les malades qui n'éprouvent plus de crise sous traitement.

En général, le corps médical considère que l'ulcère et le diabète insulino-dépendant constituent une contre-indication absolue du jeûne(1). De même, l'épileptique ne peut jeûner que s'il est équilibré (pas de crise sous traitement) et s'il suit un traitement avec une prise unique. L'asthme grave est pour sa part jugé incompatible avec le jeûne tandis que l'hypertension ne fait pas encore l'objet d'un consensus. Bien entendu, et contrairement à une pratique répandue, la femme enceinte ou qui allaite ne doit absolument pas jeûner.

Le Club du médicament compte poursuivre ses travaux sur le jeûne. Il espère constituer une commission mixte médecins-professeurs de chariâa pour élaborer un guide du jeûneur, instituer une journée scientifique annuelle sur ce thème et encourager les études chronobiologiques sur le Ramadan(2).

N.E.

(1) Quoiqu'il y ait eu des déclarations autorisées assez étonnantes à cet égard, considérant par exemple que le jeûne peut être pratiqué sous la responsabilité du malade.

(2) Tout soutien à ces initiatives est le bienvenu. Contacter le Club du médicament - Tél.: (02) 20.11.56.

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