×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Economie Internationale

Le Japon ne renoncera pas au nucléaire

Par L'Economiste | Edition N°:613 Le 11/10/1999 | Partager


· L'accident de Tokai-mura survenu la semaine dernière ne changera pas la politique du pays en
matière nucléaire
· Selon un sondage, à peine 20% des Japonais se déclarent favorables au développement nucléaire


LA ligne officielle ne change pas, le Japon va poursuivre son programme nucléaire. Nommé dans le cadre d'un vaste remaniement ministériel qui avait été différé en raison de l'accident de Tokai-mura, le nouveau ministre de la Science et de la Technologie, Hirofumi Nakasone, a réaffirmé que «l'énergie nucléaire est nécessaire au développement du Japon» et que «le gouvernement fera tout pour rétablir la confiance de la population». Mais les observateurs s'accordent à dire que l'accident, le plus grave depuis Tchernobyl, risque de peser sur les choix futurs du pays. Deux employés de l'usine, très gravement irradiés dans l'accident, sont en danger de mort et 50 autres personnes ont été exposées à des rayonnements radioactifs. L'opinion a été aussi choquée par les mesures de confinement qui ont touché plus de 300.000 personnes pendant une vingtaine d'heures dans un rayon de 10 km autour de l'usine.
Selon un sondage du journal Mainichi, seulement un Japonais sur cinq se déclare favorable au développement de l'énergie nucléaire. Le sondage montre que 45% des personnes interrogées ont changé d'avis vis-à-vis du nucléaire après l'accident 31% appellent le gouvernement a suspendre son programme nucléaire et 38% demandent que le Japon développe d'autres formes d'énergie.
Les conséquences seront surtout visibles sur le long terme, estimait l'agence américaine Standard & Poors dans un rapport publié à Tokyo. L'accident «met en cause la viabilité du programme nucléaire», estime S & P qui rappelle que «des accidents comme ceux de Three Mile Islands ou Tchernobyl ont précipité le déclin du nucléaire aux Etats-Unis et dans une partie de l'Europe occidentale». Il est peu probable que le même scénario se produise au Japon où, traditionnellement, l'opinion a accepté l'enjeu économique de l'énergie nucléaire. Mais l'agence ajoute que «l'accident de Tokai-mura a entamé la confiance de la population et pourrait obliger le gouvernement à revoir sa politique».
Certains aspects du programme, comme le chargement de réacteurs commerciaux avec du mox, un mélange d'uranium et de plutonium, pourrait par exemple être retardés. Deux navires transportant du mox produit en France et en Grande-Bretagne sont arrivés au Japon la semaine dernière, juste avant l'accident de Tokai-mura. Ils ont été accueillis par des manifestations hostiles d'une poignée de militants antinucléaires japonais. Ce combustible doit être brûlé dans des réacteurs japonais pour la première fois dans quelques mois. A terme, le Japon a prévu de consommer du mox en grande quantité. Mais l'opinion est de plus en plus critique sur ce sujet. Prenant les devants, la compagnie d'électricité du Kyushu a décidé de geler son programme d'utilisation de ce combustible.
L'accident a par ailleurs révélé une défaillance des autorités qui ont beaucoup trop tardé avant de sonner l'alerte. «Nous n'avons pas reçu la moindre consigne de l'Agence des sciences et techniques (l'administration de tutelle en charge de la sécurité nucléaire avec le Ministère de l'Economie, ndlr) pour savoir s'il fallait donner ou non l'ordre d'évacuer la population», s'est élevé le gouverneur de la Préfecture d'Ibaraki où s'est produit l'accident. Les autorités locales ont été laissées dans le brouillard le plus épais par les services compétents de l'Etat. Le gouvernement lui-même a mis dix heures avant de réagir en créant une cellule de crise autour du Premier ministre. Ces retards auraient pu être extrêmement graves pour la santé publique. La cinquantaine de familles qui vivaient dans un périmètre de 350 mètres autour de l'usine n'a reçu l'ordre d'évacuer les lieux que cinq heures après l'accident. Or, selon les experts, les rayonnements radioactifs émis par la matière en fission pouvaient passer à travers un mur de béton de 2 mètres d'épaisseur.


Révision des règles


A la différence de Tchernobyl, l'usine de Tokai-mura n'est pas une centrale nucléaire, mais une unité de taille relativement modeste où ne sont produites que de faibles quantités d'uranium enrichi. Celles-ci sont destinées à des réacteurs à eaux légères, mais aussi au réacteur de recherche Joyo. Classé au niveau 4 sur l'échelle Ines (échelle internationale des événements nucléaires), l'accident n'en est pas moins le plus grave survenu dans l'histoire du programme nucléaire japonais. Cette catastrophe soulève naturellement des questions sur le respect des procédures de sécurité au Japon. «En principe, tout doit être prévu dans une installation de ce genre pour qu'un tel accident causé par une réaction en chaîne ne puisse absolument jamais se reproduire», explique Ikuro Anzai, professeur à l'Université de Kyoto, spécialiste de l'énergie nucléaire et de la protection des radiations.
L'accident a fortement ébranlé la confiance du public dans les installations nucléaires. Selon un sondage réalisé en août, 68% de la population se disait inquiète à propos de la sécurité dans les centrales. «Si une erreur d'un employé peut provoquer un accident aussi sérieux, c'est l'ensemble du dispositif de sécurité qui doit être revu», écrivait la presse japonaise. Le gouvernement du pays a réagi en annonçant qu'il allait engager une révision des règles de sécurité nucléaire portant sur l'ensemble des installations existantes, y compris les 51 réacteurs en fonctionnement.

Frédérique AMAOUA
Correspondante à Tokyo
Syndication L'Economiste-Libération (France)

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc