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Le grand ratage de l’orientation scolaire

Par L'Economiste | Edition N°:2332 Le 02/08/2006 | Partager

. Toujours pas de politique d’orientation au collège. Grands projets: vous avez dit adéquation?!. 10.000 ingénieurs par an? Pénurie annoncée«Si heureuse d’avoir eu mon bac!». Nadia est soulagée d’avoir décroché ce précieux sésame. Un candidat sur deux l’a eu cette année (cf. l’Economiste du jeudi 20 juillet, www.leconomiste.com) et ils sont près de 100.000 jeunes comme elle. Soit un jeune sur six, ce qui n’est pas énorme (cf. infra).Avoir son baccalauréat n’atténue pas pour autant l’angoisse de l’avenir. «Je ne sais pas quoi faire. Avec mon profil, on ne m’ouvre que les portes de la fac. Et vous savez la fac…», s’inquiète la bachelière formée en littérature. Pour rappel, la majorité des bacheliers se dirigent vers l’enseignement supérieur public (88% en 2005, selon le ministère de l’Education nationale).Mais Nadia n’est pas seule à craindre pour son avenir. Le programme Emergence, le plan offshoring, le port de Tanger-Med et le tourisme aussi s’inquiètent pour elle. Pas pour ses beaux yeux. Mais pour tout le travail à faire et pour toutes les ressources humaines non disponibles sur le marché pour le faire: quelque 450.000 emplois directs à créer très rapidement et autant encore à moyen terme.Autant de besoins et pas autant de profils. L’on risque de se diriger vers ce gros trou noir qui attirera les expertises étrangères (cf. infographie), créant par là une distorsion du marché: dévaluation des compétences locales (malgré leur rareté) et/ou surenchères salariales par les ressources humaines venant de l’étranger. Par un côté ou par un autre, il va falloir s’aligner.Sur ce plan, l’Education nationale n’est pas du tout à la page. Pour avoir les 10.000 ingénieurs par an à partir de 2010, c’est cet automne qu’il faut réorienter le bachelier, et c’était il y a trois ans qu’il fallait orienter les sorties de collégiens! Le grand ratage!Les bacheliers sont la «matière première» des universités. Cette «matière première» est d’emblée orientée vers les grands secteurs au collège: économie, sciences juridiques, littératures, sciences. Et le choix des études supérieures se fait en fonction de cette orientation. C’est-à-dire lors de la première année du bac, on sait en gros vers quel secteur l’on se dirige. Sur ce plan, il n’y a pas de réflexion, en tout cas rien de public et rien de partagé avec le reste du gouvernement.Or, avec les résultats des examens, cette année comme les précédentes, on constate un cafouillis général. Le manque de vision est flagrant. Il y a une nette hausse du taux de réussite des bacheliers en littérature (réussite de 34,84% à 52%, cf. l’Economiste du 20 juillet 2004, www.leconomiste.com). L’année dernière, c’était le taux de réussite le plus bas, cette année le plus haut, on ne sait pas pourquoi. Le Maroc veut un maximum d’excellents profils scientifiques pour accroître les rangs des ingénieurs! Incohérence manifeste. Emergence veut créer plus de 440.000 emplois directs en moins de dix ans (horizon 2015). C’est-à-dire, en moyenne, 45.000 emplois par an. Le plan offshoring veut créer quelque 100.000 emplois directs en six ans (2013), c’est-à-dire, 17.000 emplois par an. Rien que pour ce programme, l’on identifie un besoin de 4.000 ingénieurs par an dans les nouvelles technologies. Ces programmes ont déjà commencé. Et les besoins se manifestent dès aujourd’hui bien avant 2010. Près de 50.000 profils (bac+2) et (bac+4) seront nécessaires, dit le plan offshoring, et des techniciens et des gestionnaires aussi. Sur le chantier de Tanger-Med, on estime la création d’emplois directs à 100.000 d’ici 2012. En 18 mois, la compagnie maritime Maersk, qui va gérer la moitié des terminaux, compte engager 700 personnes par exemple. On le voit venir ce gros trou noir où les chantiers, les business-plan sont lancés, mais on trouvera peu de monde compé-tent pour les mettre en oeuvre. La période 2007-2010 promet des turbulences. Il faut en gros 8 ans pour acheminer le jeune collégien vers le diplôme d’ingénieur (les trois années du bac et les 5 années d’études supérieures). Cette année: plus de la moitié des 103.000 bacheliers sortent dans les sections littéraires (taux de réussite 52%). Un peu moins de la moitié (43%) a opté pour les sciences expérimentales et 5% seulement sont des matheux (voir dessin). Les économistes et autres sections sont cachés dans l’une des catégories, mais on ne peut pas savoir laquelle: le ministère amalgame ses chiffres et, malgré nos demandes insistantes, refuse de les détailler. Les écoles d’ingénieurs sont demandées: 1.500 à 2.000 admis au Concours national commun. Les écoles privées (une quinzaine) forment près de 500 ingénieurs, dont les parchemins sont ou pas reconnus par l’Etat. Dans la volonté du gouvernement, il y a un temps de latence. 2010, c’est dans 4 ans. Même si les écoles augmentent leur effectif (de 16% par an), la première promotion «grossie» (2007-2008) sera sur le marché du travail 5 ans après. Même si demain 10.000 ingénieurs sont en cours de formation, ils seront visibles sur les chantiers vers 2010-2012. Or tous ces projets courent aujourd’hui et ont des échéances aux alentours de 2010-2015. Par ailleurs, sur le plan de l’orientation dès le collège, l’Etat n’a toujours aucune vision. Et c’est sans doute le plus grave. Petit indicateur: les résultats du baccalauréat et la manière de les divulguer.


Le MEN se referme

Les chiffres du baccalauréat sont présentés, si l’on peut dire, en «arabe mandarin», cela même si les arabisants purs et durs sont de moitié moins nombreux que les bilingues (cf. l’Economiste du 18 juillet 2006, www.leconomiste.com): est-ce une manière d’éviter la discussion politique? On dirait que ces chiffres sont présentés uniquement pour permettre au ministre de faire sa conférence de presse! Pas d’en user comme les managers utilisent un tableau de bord. Ce n’est pas un livre ouvert qui dit ce que fabrique réellement l’Education nationale. D’ailleurs, l’information détaillée des résultats du bac n’existe pas encore au niveau central, ce, à l’heure où nous mettions sous presse. Le classement des lycées? «Revenez dans une semaine», dit ce responsable ministériel. En combien d’années un lycéen a en moyenne son baccalauréat? «Donnée indisponible» ou alors «il faut voir la direction de la stratégie», répond le MEN une semaine plus tard. Pourtant, c’est elle qui dit combien coûte ce bachelier, à l’Etat, au contribuable; permet de faire des projections dans le temps. La démographie commande ce gros défi: s’ils sont près de 600.000 élèves au secondaire qualifiant (les trois années du baccalauréat), ils seront 1 million en 2009 et 1,5 million en 2013… Par ailleurs, aujourd’hui une classe sur quatre est en surnombre (24%). De quoi être déboussolé!. Des maths et des languesPour l’offshoring, on demande des profils de sciences expérimentales et ayant une bonne maîtrise des langues étrangères. Maths et langues? Pas facile à associer dans le rouage de l’Education nationale. Il faut choisir dans ce système: ou le «krid» (apprentissage par cœur) des sciences ou la langue. Trivial? Par ailleurs, au niveau national, seuls 15% des Marocains de plus de 10 ans lisent et écrivent autre chose que l’arabe et le français (recensement 2004).Ne parlons même pas de la qualité de formation en langues arabe, française ou autres. Certains centres d’appels ont des difficultés à trouver des profils de jeunes diplômés et ayant une bonne locution en langues étrangères. Cela n’empêche pas pour autant le Maroc d’être le premier pays d’accueil des centres d’appels délocalisés de l’Hexagone.Mouna KADIRI

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