×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Culture

Le faux débat sur le voile et un vrai risque identitaire
Par Guy SORMAN

Par L'Economiste | Edition N°:1623 Le 15/10/2003 | Partager

En France, et sans doute ailleurs, une loi qui n'interdirait que le foulard islamique à l'école serait inapplicable et discriminatoire. Elle servirait les islamistes qui souhaitent polariser la société française autour de leur version rigoriste de la religion. Ce mauvais projet semble donc abandonné par le gouvernement pour être au niveau des médias et des associations. La polémique fait rage dans l'Education nationale. Celle-ci exige une loi générale, à la place de responsabilités locales. Mais à ce compte-là cette loi pourrait ajouter la prohibition de la propagande de politique, souvent plus bruyante que les cultes. Mais cette loi est-elle nécessaire? Quel problème est-elle supposée résoudre?. Très peu d'élèves affichent des signes religieux à l'écoleOn observera tout d'abord que très peu d'élèves affichent des symboles religieux dans les écoles. La majorité préfère les marques de sport américaines. Et qu'est-ce qu'un symbole religieux? à partir de quel seuil serait-il considéré comme ostentatoire?Les bijoux en forme de crucifix le sont-ils? Ils participent plutôt de la culture française traditionnelle. Les étoiles de David? Ne font-elles pas partie d'un devoir de mémoire chez certains enfants qui se distinguent et ne souhaitent donc pas recruter des disciples. La kippa? Elle désigne une forme de judaïsme orthodoxe, minoritaire. Cet équivalent masculin du voile islamique sera-t-il prohibé? Une barbe islamique conforme au modèle prescrit par des imams intégristes, entrera-t-elle dans la collection des interdits? Les chefs d'établissement seront-ils dotés de détecteurs de signes religieux? devront-ils apprendre à repérer les insignes et les affiquets des religions connues, des sectes émergentes et des partis politiques? On ne peut envisager qu'ils ne prohibent que les foulards islamiques. Ce serait illégal et choquant. Mais ces chefs d'établissement souhaitent-ils réellement ajouter à leurs obligations nombreuses, celle de policier de la laïcité?On nous dit que ce sont eux qui espèrent une loi de manière à pouvoir appliquer l'interdit qui existe déjà: rappelons qu'ils ont déjà le droit et qu'ils l'exercent, de prohiber tout signe religieux de nature à perturber les enseignements, en particulier le voile. Ce qui est une bonne mesure, à notre avis, bien suffisante. Pourquoi en faire plus, et qui le réclame vraiment?Le gouvernement dans cette aventure se laisse, me semble-t-il, manipuler par des groupuscules laïques militants. Ceux-ci vivent dans la nostalgie des grands combats anticléricaux de jadis, des mouvements qui recrutent dans les milieux enseignants et ne sont guère plus fréquentés que les églises un jour de semaine. Dans ce combat contre la soi-disant menace intégriste, ils retrouvent une jeunesse. Un combat gonflé car le nombre d'écolières voilées est insignifiant. En revanche, un interdit le ferait croître. Sans aucun doute, certains imams n'attendent que cette loi pour dénoncer l'intolérance et la discrimination en France. Des jeunes Arabes jusqu'ici peu religieux se rallieraient à eux et s'afficheraient comme intégristes, par solidarité et par sursaut identitaire. Cette loi pourrait aussi enflammer une exigence d'écoles musulmanes, au risque d'isoler les jeunes filles arabes alors que l'école publique les intègre. Il pourrait en aller de même chez des chrétiens intégristes et des juifs ultraorthodoxes. La loi de laïcité pourrait fort bien rallumer une guerre de religions alors même qu'actuellement elle n'existe pas.. Un problème réciproque: La vraie intégrationCette loi sans doute inutile serait certainement dangereuse; de plus, elle contournerait l'essentiel qui est la difficulté véritable des Arabes, musulmans ou pas, généralement très peu pratiquants, de s'intégrer en France. Le voile et son interdiction souhaitée ne sont en réalité que les symptômes de notre problème arabe en France. Celui-ci est culturel, économique plus que religieux. Et il est réciproque. Du côté des “Français de souche”, il reste difficile d'admettre que les Arabes sont aussi des Français et qu'ils le sont définitivement. Et quand les Français de souche l'admettent, c'est en général à la condition que ces Arabes renoncent à leurs traditions familiales et religieuses. Que la culture française puisse elle-même être modifiée par ce nouvel apport n'est pas intégré dans la mentalité dominante. Ce qui ne manque pas de sel puisque la diplomatie française dans le monde prétend se définir par son respect de la diversité culturelle. Respect des diversités ailleurs mais pas chez nous! L'intégration des Arabes passe donc par un effort, qui actuellement n'est pas entrepris, ni envisagé, d'accueil de leurs traditions, voire par un enseignement de celles-ci dans nos écoles. Connaissance et reconnaissance des uns par les autres constituent un préalable à l'intégration véritable.Cette intégration exige aussi la reconstruction des quartiers actuellement réservés aux immigrés, une police pour protéger les familles en voie d'intégration contre les minorités hostiles à celle-ci. Elle suppose enfin un effort spécial de recrutement des beurs, sans aller jusqu'à la discrimination positive à l'américaine, en particulier dans les emplois de services publics.Mais est-ce cette voie que choisit le gouvernement? On ne le sait pas parce qu'il émet des signaux contradictoires, propres à perturber les Arabes autant que le reste de la nation. D'un côté, on voit que s'esquisse une vraie politique d'intégration, en particulier dans les projets de reconstruction des cités ethniques. De cette volonté d'intégration, l'entrée au gouvernement de deux ministres arabes aura été le symbole positif. Mais en contradiction avec cette intégration, le même gouvernement islamise la question arabe, isole les Arabes dans la nation. Ce fut déjà le cas lorsque le ministre de l'Intérieur créa un conseil des mosquées comme si les Arabes étaient d'abord musulmans. Ce conseil n'est peut-être pas inutile, mais il n'était pas prioritaire. Centrer maintenant le débat sur le voile participe de la même vision islamisante des Arabes, au risque de les caricaturer et de servir une infime minorité activiste, contre la majorité silencieuse en quête d'éducation et d'emplois. Puisse cette tempête artificielle autour du voile conduire le gouvernement à énoncer une politique d'intégration et une seule, fondée sur la connaissance réciproque et pas sur des fantasmes: ni intégrisme laïque, ni intégrisme islamique. On se demandera enfin ce qu'en pensent Mme Tokia Saïfi et M. Hamlaoui Mekachera, tous deux ministres et arabes, mais étrangement silencieux.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc