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Le dollar est une mauvaise affaire
Par J. Bradford DeLong

Par L'Economiste | Edition N°:2267 Le 03/05/2006 | Partager

J. Bradford DeLong, né en 1960, enseigne actuellement l’économie à l’université de Californie à Berkeley après avoir enseigné au MITR et à Harvard. Il a été secrétaire d’Etat adjoint aux Finances sous la présidence de Bill Clinton. On le classe comme libéral, ce qui, aux Etats-Unis, veut dire soucieux du repartage des richesses, c’est-à-dire légèrement socialiste de ce côté-ci de la planète. Il tient un blog populaire, le «Brad DeLong’s Semi-Daily Journal», où il discute des sujets du moment avec ses correspondants, et spécialement de la manière dont les médias en assurent la couverture. Il est coditeur d’une revue savante «Journal of Economic Perspectives». Depuis quelques années, il s’intéresse particulièrement aux phénomènes de productivité (Ph. PS)A mesure que le temps passe, sans baisse significative du dollar, ni réduction par le marché du déficit de la balance courante américaine -qui pourrait bien atteindre un billion cette année-, on constate l’émergence de deux tendances diamétralement opposées. Certains, comme la plupart des économistes spécialistes de la finance internationale, craignent l’éruption d’une crise majeure. Ils ont le sentiment que l’ampleur de cette crise potentielle ne fait qu’augmenter. Ainsi, pour stabiliser le déficit de la balance courante, il faudrait réduire le déficit commercial. Or, la seule solution pour cela est une chute des importations nettes, qui requiert soit une baisse relativement forte du dollar -d’où une hausse du prix des importations-, soit une dépression aux Etats-Unis. Dans les deux cas, la demande de biens étrangers baisserait, puisque les Américains estimeraient qu’ils n’en ont plus les moyens.C’est la raison pour laquelle les détenteurs d’actifs libellés en dollars devraient s’attendre à deux scénarios possibles: un dollar faible, ou une crise économique aux Etats-Unis. Dans un cas comme dans l’autre, il n’est pas souhaitable aujourd’hui de conserver des quantités considérables d’actifs en dollars. Les spéculateurs étrangers devraient donc s’en débarrasser très prochainement, et provoquer ainsi la baisse du dollar qu’ils craignent tant. Mais les spéculateurs en devises et les investisseurs internationaux ne s’attendent à aucun de ces deux scénarios. Ils conservent des actifs très importants en dollars, ce qui montre qu’ils ne pensent pas que les Etats-Unis ont le choix entre un dollar fort et une dépression.Mais alors que pense le marché? Et pourquoi voit-il les choses si différemment des économistes spécialistes de la finance internationale? Il semblerait que personne dans les centres financiers de New York, Londres, Tokyo, Frankfort ou Hong Kong n’estime devoir se préparer à une chute du dollar. Surtout en temps de crise (or la baisse des importations américaines provoquerait une crise bien plus grave pour les exportateurs asiatiques et européens que pour les Etats-Unis) le dollar est généralement une valeur recherchée. George Soros peut attendre une baisse de la livre sterling. Les entreprises thaïlandaises d’import-export peuvent miser sur une baisse du baht, en accélérant leurs recettes et en retardant leurs dépenses en dollars. On peut parier sur une baisse du peso argentin, sport de prédilection des spéculateurs internationaux depuis un siècle et demi. Mais pas sur une baisse du dollar. Du moins pas pour le moment. En d’autres termes, le marché parie sur une baisse progressive du dollar au cours des cinq prochaines années, et sur une réduction du déficit de la balance courante sans crise financière. C’est ce qui s’est passé à la fin des années 80, comme à la fin des années 70. Après tout, on dit bien que Dieu protège les enfants, les simples d’esprit, les chiens et les Etats-Unis d’Amérique. Mais les chances d’un atterrissage sans heurts s’amoindrissent de jour en jour.


L’aveuglement des financiers

Les gestionnaires de portefeuilles financiers, eux, n’ont pas peur d’une crise. Les financiers sont de plus en plus convaincus que les économistes n’y connaissent pas grand-chose, ou que leur crainte d’une crise est sans importance. Les financiers ne voient pas pourquoi la situation n’est pas viable. Après tout, affirment-ils, le PIB réel des Etats-Unis augmente de 400 milliards de dollars par an, soit environ 270 milliards pour le travail et 130 milliards pour le capital. Même après dépréciation, ce revenu annuel supplémentaire de 130 milliards de dollars est capitalisé à environ 1,5 billion de dollars. Le déficit -même à un billion de dollars- ne semble donc pas démesuré. En liquidant les deux tiers de l’accroissement de notre richesse pour financer des importations, il nous resterait encore 500 milliards de plus que l’année précédente. En outre, les intérêts annuels correspondant au billion de dollars que les Américains empruntent chaque année au reste du monde représentent 50 milliards, soit 12,5% de la croissance économique annuelle, et le déficit commercial est financé par la croissance de la valeur du capital. Alors quel est le problème? Pourquoi le déficit de la balance courante américaine ne peut-il pas demeurer indéfiniment à sa valeur de 2006? Parce qu’il y a une différence entre le déficit de la balance courante et le déficit commercial: le déficit de la balance courante est égal au déficit commercial, plus le coût du financement du bilan net des investissements internationaux, soit les loyers, intérêts et dividendes dus aux étrangers qui ont investi du capital aux Etats-Unis. Avec le temps, les déficits s’accumulent, et le coût du financement du bilan net des investissements internationaux augmente.Copyright: Project Syndicate, 2006. Traduit de l’anglais par Emmanuelle Fabre

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