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Economie

Le développement du Monde arabe analysé par la Banque Mondiale : Les économies entravées par les administrations

Par L'Economiste | Edition N°:207 Le 07/12/1995 | Partager

Près de 9 millions de chômeurs et 15 millions en l'an 2010, compétences mal adaptées aux besoins actuels du marché, investissements à la traîne... tel est le constat d'une étude menée par la Banque Mondiale sur les pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Pour les experts, ces pays peuvent choisir, selon leurs politiques, d'être riches ou pauvres. Etat des lieux et recommandations.


"Pendant trop longtemps, les pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA = Middle East and North Africa) ont gaspillé leur potentiel", note l'étude menée par la Banque Mondiale(1) sur cette immense région, allant
du Maroc à l'Ouest jusqu'à l'Iran au Nord et à l'Est et au Yémen au Sud.
Les conclusions de l'étude, souvent surprenantes, sont en définitive pleines d'espoir. A travers les analyses et les données de la Banque Mondiale, beaucoup de pays de la région ont prouvé qu'ils étaient capables de réduire la pauvreté, d'éduquer et d'accumuler de substantiels actifs.
Il en est ainsi, par exemple, du Maroc, de la Jordanie et de la Tunisie. Ces pays ont commencé, dans les années 80, à appliquer des programmes d'ajustement axés sur la stabilisation macroéconomique, la réduction des déficits, la libéralisation du commerce et des réformes structurelles dans les domaines des prix, de la réglementation et du développement des marchés des capitaux.

Aucun de ces trois pays, souligne l'étude, n'était exportateur de pétrole ni, exception faite des phosphates en Jordanie et au Maroc, ne pouvait compter sur des rentes pour financer le secteur public. Les envois de fonds de l'étranger jouent un rôle dans chacun d'eux, mais, comme il existait sur place d'intéressantes possibilités pour le secteur privé, les fuites de capitaux ont été très faibles.
Les bienfaits de ces nouvelles politiques commencent aujourd'hui à se manifester. Dans chacun des trois pays, la croissance des revenus, des exportations et des emplois est plus rapide que dans d'autres pays de la région. La Jordanie et la Tunisie obtiennent des résultats exceptionnels dans presque tous les domaines du développement humain: espérance de vie, taux de scolarisation, mortalité infantile. Un grand nombre d'emplois, à bas salaire, d'une importance cruciale pour résorber la pauvreté, ont été créés au Maroc et en Tunisie dans les secteurs à vocation exportatrice. Et, à la différence d'autres pays de la région dont les politiques du travail ont incité les investisseurs à substituer du capital à la main-d'oeuvre, le Maroc comme la Tunisie ont encouragé les investisseurs à créer des emplois et maintenu leurs ratios capital/travail à un faible niveau. Et ces deux pays ont réduit de moitié l'emprise de la pauvreté.

Venir à bout du triple problème


Aujourd'hui, s'interrogent les experts de l'étude, quelles sont les possibilités des gouvernements pour venir à bout du triple problème que constituent les entreprises publiques, la résistance à la privatisation et à la libéralisation du commerce, et les travailleurs privilégiés du secteur public? Quelles orientations faut-il donner aux réformes pour assurer un avenir prospère à la région? Au maintien de la stabilité macroéconomique devront s'ajouter quatre objectifs essentiels. Il s'agit ainsi de promouvoir les exportations non pétrolières, de rendre le secteur privé plus efficace, de donner aux travailleurs une formation plus poussée et plus souple et de réduire la pauvreté par l'accélération de la croissance.
Pour ce qui est du premier point, abstraction faite du pétrole, la région MENA (260 millions d'habitants) exporte moins que la Finlande (5 millions d'habitants). Pour répondre aux besoins d'importations futurs (produits alimentaires, par exemple), elle devra exporter davantage, et ce sont les marchandises autres que le pétrole qui lui offrent le plus de possibilités, "sous réserve de progrès en matière de libéralisation du commerce et de promotion de la concurrence".
Compte tenu de leurs performances récentes, certains pays, comme la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, préconise l'étude, devraient pouvoir porter la croissance de leurs exportations au niveau requis. Jusqu'ici, ce sont les produits chimiques, les vêtements, les machines, les textiles et d'autres articles manufacturés qui ont le plus contribué au développement des exportations de la région.
Dans tous les cas, soulignent les analystes, "le renforcement de la compétitivité des exportations actuelles semble être l'approche la plus prometteuse dans l'immédiat".

Concernant l'amélioration de l'efficacité du secteur privé, les pays de la région MENA "n'ont pas su retenir les capitaux de leurs ressortissants (leurs placements hors de la région sont d'environ 350 milliards de Dollars) et n'ont généralement guère réussi non plus à attirer des investisseurs étrangers".
L'activité économique est entravée par une réglementation encombrante, la privatisation avance lentement, la qualité de l'infrastructure est insuffisante et les marchés financiers demeurent sous-développés. Ainsi, les entrepreneurs égyptiens passent environ 30% de leur temps à résoudre des problèmes liés au respect des réglementations. Même au Maroc, qui a substantiellement libéralisé le régime des investissements, il faut jusqu'à vingt documents et six mois pour faire immatriculer une entreprise. La plupart des pays de la région MENA devront faire une place prioritaire à la privatisation. Les pays où l'emprise du secteur public est moindre (comme la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Tunisie et beaucoup de pays du Golfe) pourront centrer leur effort sur l'obtention d'investissements pour le secteur de l'infrastructure et pour d'autres services d'une importance cruciale pour assurer leur compétitivité à long terme. De plus, ajoutent les experts, la région doit se positionner sur la carte financière internationale et établir des règles claires et simples et crédibles pour les investisseurs étrangers.

17,5 milliards pour l'éducation


S'agissant de la main-d'oeuvre, les pays de la région MENA devront libéraliser les marchés du travail (pour assurer une forte rentabilité aux investissements dans les ressources humaines) et élargir l'accès à l'éducation. Ils devront se fixer pour objectif de donner neuf années d'éducation de base à tous les enfants. D'ici l'an 2010, tous les pays devraient au minimum porter leurs taux de scolarisation à 100% pour le primaire, 70% pour le secondaire et 25% pour le supérieur. En 2010, le coût annuel de la réalisation de ces objectifs d'expansion de l'éducation (compte tenu de la croissance démographique, d'un relèvement des traitements des enseignants et de modestes améliorations de la qualité) serait d'environ 17,5 milliards de Dollars pour l'Egypte, l'Iran, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, soit trois fois les dépenses de 1990.
Par ailleurs, s'agissant du volet pauvreté, les experts de l'étude notent qu'une "croissance plus rapide est indispensable pour résorber la pauvreté et assurer durablement le financement des dépenses sociales et des filets de sécurité". Selon eux, si les pays de la région MENA passaient d'une croissance nulle à une croissance moyenne de 1% par an, le nombre des victimes de la pauvreté s'en trouverait réduit de huit millions au cours des dix prochaines années. Sans l'accélération de la croissance que l'on pourrait attendre du lancement des réformes, ajoutent les analystes, le nombre des pauvres (ceux dont le revenu serait inférieur à moins de un Dollar par jour) passerait à quelque 15 millions d'ici l'an 2010.

Réalisations d'hier, problèmes d'aujourd'hui


De 1960 à 1985, la région MENA avait fait mieux que toute autre région du monde hormis l'Asie de l'Est, qu'il s'agisse de la croissance des revenus ou de l'égalité de leur répartition. Ces résultats avaient entraîné de substantielles améliorations des indicateurs sociaux. La mortalité infantile avait diminué de plus de moitié et l'espérance de vie a gagné plus de dix ans. Les taux de scolarisation dans l'enseignement primaire avaient rapidement augmenté, passant de 61% en 1965 à 98% en 1991, et les taux d'alphabétisation des adultes s'étaient aussi améliorés, passant de 34% en 1970 à 53% en 1990, avec des progrès particulièrement marqués dans les pays exportateurs de pétrole.
Les pays de la région MENA étaient également parvenus à faire reculer la pauvreté. En 1990, la part de la population ayant un revenu inférieur au seuil mondial de la pauvreté absolue, c'est-à-dire moins d'un Dollar par jour, n'était plus que de 5,6%, contre 14,7% en Asie de l'Est et 28,8% en Amérique latine. En outre, quel que soit le niveau de revenu, l'emprise de la pauvreté était moindre dans les pays de la région MENA que partout ailleurs. Ces réalisations avaient été rendues possibles par la croissance rapide des années 70 et du début des années 80 et par de généreux régimes de transferts au profit de larges couches de la population.

Cependant, les énormes investissements consacrés aux entreprises publiques et à la formation de compétences mal adaptées aux besoins actuels du marché sont au coeur du problème d'ajustement auquel sont aujourd'hui confrontées la plupart des économies de la région MENA. La productivité globale a régulièrement diminué, au rythme d'environ 0,2% par an, tandis qu'elle augmentait rapidement dans d'autres régions du monde. La rentabilité d'investissements élevés a été moindre que prévu, sous l'effet de politiques défavorables à la concurrence.
Aujourd'hui, parmi la population, de plus en plus nombreux sont ceux qui réclament un changement. Les pressions exercées sur les gouvernements pour les engager à plus de transparence et de responsabilité s'intensifient. Pour attirer des investisseurs privés, soulignent les experts de la Banque Mondiale, tous les pays seront fortement incités à leur donner accès, par la conclusion d'accords d'association, au vaste marché européen et aux nombreux autres marchés régionaux. Mais "pour que ce se concrétise cette vision de l'avenir, les économies de la région devront présenter un visage assez différent de celui qu'elles ont aujourd'hui".

Meriem OUDGHIRI

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