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Politique

Le combat de Sa Majesté Mohammed V pour la libération de la femme
Par Ali Mounir ALAOUI, écrivain

Par L'Economiste | Edition N°:1634 Le 30/10/2003 | Partager

Lors de l'ouverture de la session d'octobre du Parlement, Sa Majesté le roi Mohammed VI a consacré l'essentiel de son discours aux principales réformes apportées à la Modawana, appelée désormais “Code de la famille” en raison de l'extension de son champ d'application. Mais, pour venir à bout des résistances dogmatiques, il a fallu mener un combat patient, persévérant et tout en rigueur pour déjouer les argumentations spécieuses. Ce combat, qui fut, bien sûr, engagé dès 1933 par Sa Majesté Mohammed V et poursuivi avec foi par Sa Majesté Hassan Il à partir de 1961, vient d'être définitivement remporté par Sa Majesté Mohammed VI. Ce fut, à n'en point douter, un combat hors normes mené, durant sept décennies complètes, non pas contre les dispositions de la noble Chariaâ ou contre la nature quelque peu despotique des hommes, mais contre la ténébreuse et pernicieuse gangue de l'ignorance qui enserrait la raison de nos concitoyens dans un étau d'obscurantisme délétère et annihilait leur intelligence en éteignant chez eux la lumière de l'esprit critique.Le Maroc en était tristement affligé à l'orée du vingtième siècle quand le Protectorat fut instauré en 1912. Mais celui-ci ne modifia en rien la situation d'extrême arriération dans laquelle la société marocaine continuait à l'époque de s'enliser. Bien au contraire! S'appuyant sur la féodalité inculte, il jugula tout mouvement d'éveil d'opinion de crainte qu'il ne vienne renforcer ou relayer la résistance qui poursuivait héroïquement la lutte sur les contreforts de l'Atlas.Aussi, quand le jeune roi Mohammed ben Youssef accéda au Trône en 1927, il ne trouva pratiquement pas de corps enseignant digne de ce nom sur lequel Il pouvait s'appuyer. Il ne trouva que des clans hostiles au savoir et qui avaient même poussé la turpitude jusqu'à interdire les cours d'explication du Coran à la Quarawyine(1). Dans un tel contexte, il était difficile pour Lui d'envisager la lutte contre l'Occupant avant de l'entamer d'abord contre les méfaits de l'ignorance. C'est là d'ailleurs une facette essentielle de Sa personnalité sur laquelle on a si peu focalisé la lumière en oubliant, bien souvent, qu'avant de devenir politiquement un grand héros nationaliste, Mohammed V fut, surtout, et sans conteste, l'un des plus grands réformateurs sociaux du XXe siècle.Sa foi en le savoir comme moyen de libération n'avait d'égale que sa détermination à le disséminer le plus largement et le plus rapidement possible parmi Ses sujets. A ce propos, le fait anecdotique suivant en dit long sur sa passion pour les activités de l'esprit: une association pour la préservation du Livre Saint fut créée à Salé en 1930. Outre ses activités culturelles et politiques, elle organisait chaque soir, à la grande mosquée, des récitations du Coran et des louanges à la gloire du Prophète. Dès que le jeune Mohammed V en eut écho, il se mit à rejoindre ses membres incognito pour prendre part à leur assemblée. Et quand le petit prince Moulay Al-Hassan fut, la même année, en âge d'être admis au msid coranique, le jeune roi lui organisa une fête à laquelle furent conviés tous les ouléma, les tolba des medersas et les membres de l'association slaouie. Ainsi devait commencer la longue croisade de Mohammed V contre l'ignorance.Il est probable, comme nous le suggérons dans nos deux précédents essais, qu'Il fut influencé par le voyage qu'Il avait fait à seize ans en France et grâce auquel Il put comprendre que le Maroc ne pouvait se relever de sa chute, ni se libérer de la domination étrangère, qu'en rattrapant au plus vite le train du progrès, qu'en s'impliquant dans le mouvement qui est à l'origine de la civilisation moderne. Donc, tout devait être entrepris au plus vite dans ce dessein, notamment par l'acquisition du savoir et l'assimilation complète des connaissances accumulées par la puissance dominante pour pouvoir, un jour, la combattre avec ses propres armes. Mais tout était à entreprendre en dessous de zéro car, ni l'enseignement archaïque dispensé par quelques medersas où l'on n'apprenait que le Coran sans le comprendre et quelques bréviaires sans utilité pratique, ni la politique parcimonieuse appliquée par le Protectorat aux quelques établissements dits franco-marocains qu'il avait créés, ne pouvaient répondre aux ambitions de Sa Majesté Mohammed V. Il mobilisa pour celles-ci ses propres ressources et la générosité des citoyens pour contourner les difficultés et créer entre 1933 et 1953 une soixantaine d'écoles dites libres réparties ainsi: Oujda (3), Tétouan (5), Tanger (4), Fès (4), Sidi-Kacem (1), Meknès (4) Khémisset (1), Salé (3), Rabat (8), Casablanca (13), Settat (1), AI Jadida (3), Marrakech (5), Safi (1), Essaouira (1), Agadir (1). Mais cet effort ne fut pas sans péril et constitua entre Sa Majesté Mohammed V et le général Juin le point de discorde le plus virulent sans que la longue lettre de protestation adressée par Mohammed V au Président français Vincent Auriol le 2 décembre 1947 n'y apporta la moindre accalmie.Toutes les écoles créées à l'initiative du Souverain devaient évidemment être des établissements mixtes et dispenser un enseignement moderne pour rompre au plus vite avec l'archaïsme de l'époque décadente. Ce fut dans cette direction-là que le jeune roi osa le plus, démontrant ainsi son avance sur son temps en portant les princes et les princesses à l'avant-garde de la modernité. On ne pouvait, en effet, mieux enjamber les préjugés que par l'exemple(2). Cette égalité de traitement instaurée par Mohammed V entre les princes et les princesses fut également son ambition pour toute jeune Marocaine cloîtrée dans le foyer paternel. La tendresse qu'elle pouvait y recevoir ne pouvait occulter le fait qu'elle était, en définitive, sans existence ni présence. Sa seule utilité était de servir à la procréation et au plaisir masculin. Elle était acquise pour cela contre un Sadaq sonnant et trébuchant, et une fois étiolée par les corvées domestiques, elle devait s'attendre à être méprisée, voire répudiée. En général, elle était regardée soit en objet de plaisir, soit en instigatrice de dévoiement car, “ issue d'une côte tordue ”, comme on dit, on ne pouvait faire confiance ni à son honnêteté ni à sa sincérité. Fille d'Eve, elle était assimilée à celles auxquelles le Pharaon a dit un jour: “Voilà de vos fourberies ! elles sont bien grandes”(3).Tels étaient en tout cas les stéréotypes issus des traditions décadentes qui, au début du siècle dernier, avaient ramené le Maroc à l'ère de la Jahilya et enfermé la femme marocaine à double tour dans ses prisons successives : celle de sa propre famille d'abord, puis celle de son mari ensuite. Et tout cela parce qu'on craignait qu'elle ne fût touchée par le reflet de la lumière, que celle-ci fût prodiguée par la Nature ou qu'elle fût dispensée par le Savoir. Dès l'âge de la raison, la jeune fille était réduite à ne savoir de sa religion et du monde extérieur que ce qu'elle retenait des bavardages de ses aînées qui, au demeurant, ne se privaient pas de lui bourrer le crâne de fariboles, faute de pouvoir l'initier à un minimum de vérité qu'elles mêmes ignoraient.C'était cet état d'aberration qui révoltait Mohammed V et le poussait à s'écrier: “La Nation n'est-elle pas formée en un seul corps? On ne peut donc en réformer une moitié en laissant l'autre diminuée ou malade! Il n'y a pas de réforme digne de ce nom que celle qui touche toutes les parties ”. Bien plus, Il prit, dès 1942, l'initiative de créer une Commission royale spéciale chargée de suivre de près l'évolution de la scolarisation de la jeune fille marocaine et d'en planifier les programmes. C'était une Commission qu'Il présidait personnellement pour démontrer sa détermination de garantir à la jeune fille les mêmes chances d'accès au savoir que celles dont bénéficiait le garçon.Par ailleurs, pour tordre définitivement le cou à l'hideuse bête de l'obscurantisme, Il promulgua le 31 mars 1943 “Adhabit al-Masnoun”, c'est-à-dire le Dahir par lequel il réforma radicalement l'enseignement donné à la Qarawyine en y introduisant, dans tous les cycles : primaire secondaire et supérieur qu'Il réorganisa, des matières modernes, tout en supprimant celles qui étaient devenues obsolètes. Cette réforme fut aussi appliquée dans les institutions classiques de Marrakech, Meknès et Tanger. Et qu'elle ne fut, pour nous, jeunes étudiants, la surprise en novembre 1955 d'avoir parmi nous deux alimates pour L'accueillir à Son retour d'exil: la regrettée Zhor Lazrak et Lalla Habiba Bourqadi, les deux lauréates qui devaient leur réussite à la réforme introduite à la Qarawyine par le Père de la nation.De cette sollicitude royale pour elle, la Marocaine savait se montrer très reconnaissante. Elle l'exprimait à Sa Majesté à toute occasion par son élan débridé dont Il ne se libérait qu'une fois les manches de sa djellaba couvertes de rouge. Il y en avait même une, la regrettée Touria Chaoui, qui le Lui faisait savoir par des pirouettes aériennes à bord de son petit avion. Celles qui avaient poussé leur scolarité au-delà du primaire s'évertuaient, quant à elles, à lui exprimer leur gratitude en prose, à l'instar d'Aïcha Mohammed Larbi Alaoui, ou en vers comme Khadija AI-Fassi. Plusieurs d'entre elles prenaient part au concours littéraire organisé à l'occasion de la fête du Trône, comme en novembre 1946, où la participation féminine fut très remarquée. L'année suivante, ce fut le Souverain lui-même qui organisa, pour la première fois, une fête en son palais à l'attention de délégations de femmes venues de toutes les régions de Royaume. Il y assista, entouré de leurs Altesses royales les princesses Lalla Aïcha, Lalla Malika et Lalla Nezha. Au cours de cette manifestation grandiose, qui prit l'allure d'une Beïa féminine, diverses déléguées prirent la parole pour renouveler à leur Protecteur, l'assurance de leur amour et de leur attachement à Son Trône et à Sa famille. Parmi les intervenantes il est à citer notamment Fatima-Zohra Al Bachir de Rabat, Khadija Talbya de Casablanca, Batoul Sbihi de Salé, Zaïnab Alaoui de Marrakech, Latifa Diouri de Kénitra, Badiaâ Msefer d'AI Jadida etc.Certes, ce bref aperçu que nous donnons sur le combat de Sa Majesté Mohammed V en faveur de la libération de la femme marocaine peut laisser certains sur leur faim. Mais on ne peut faire le tour de la question en un seul article de presse, d'autant plus qu'il y a difficulté pour le chercheur à parvenir à toutes les archives. La vraie biographie complète de Sa Majesté Mohammed V n'a pas encore été écrite.---------------------------------------------------(1) Voir notre essai: “ Mohammed Al Khamiss... ouaraïnahou Fil Kamar”, p. 19 et suiv.(2) Voir notre essai : Moharnrned V et Hassan Il, une évocation historique, P. 16 et suiv.(3) Sourate 12, verset 28. ÒVoir “Mohammed El Kharniss”. Voir aussi les articles écrits à l'époque du Protectorat par les regrettés Si Moharnrned El Fassi et Si Brahirn El Kettani et par le vénérable Si Abdellah Ibrahirn.

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