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Economie

Le capitalisme marocain doit se moderniser
Par Mohammed Benmoussa, directeur de banque

Par L'Economiste | Edition N°:1595 Le 05/09/2003 | Partager

Dans une certaine mesure, le capitalisme marocain est né d'une méprise. Même si l'histoire du Maroc retient l'existence, dès le début du siècle dernier, d'une bourgeoisie opérant dans l'agriculture et les affaires, le commerce et l'importation de marchandises, c'est la loi dite de marocanisation qui constitue le véritable acte de naissance du capitalisme marocain. A l'aube de l'Indépendance, le Maroc était un pays agraire dont l'économie se trouvait sous le contrôle de sociétés étrangères, principalement françaises. Pour l'essentiel des commerçants et agriculteurs, les opérateurs nationaux avaient un rôle économique marginal. Ces opérateurs représentaient une sorte d'embryon ne répondant pas encore à la logique économique du capitalisme: celle de l'accumulation du capital et de la constitution de groupes industriels ou financiers. C'est à la faveur d'une volonté politique intervenue en 1973 de transfert forcé de la propriété des entreprises et du patrimoine foncier aux nationaux que les premiers capitalistes marocains apparaissent réellement.Enfanté dans un contexte d'expropriations, cessions de gré à gré, transactions opaques et arrangements entre amis et associés, le capitalisme marocain a prospéré depuis lors dans un environnement protégé à outrance. L'Etat utilise durant cette période toute la panoplie d'instruments susceptibles de donner une illusion d'efficience à un tissu économique maintenu en réalité sous respiration artificielle: protections douanières, agréments, subventions publiques, marchés publics attribués de gré à gré, amnisties fiscales, répressions syndicales, encouragements aux monopoles et oligopoles, encadrement du crédit et réglementation des taux d'intérêt… Il aura fallu attendre le milieu des années 80 pour que le Maroc s'engage, sous la pression des bailleurs de fonds internationaux, dans un long et difficile processus de réformes, toujours inachevé à ce jour, visant la modernisation de son économie. Parmi les réformes les plus structurantes, on peut citer: la réforme fiscale, le décloisonnement et la désintermédiation du système bancaire, la libéralisation des taux d'intérêt, la réforme des marchés des capitaux, le démantèlement douanier lié aux accords de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le programme de privatisations, les concessions de services publics accordées au secteur privé, la mise à niveau des entreprises, la refonte du code du travail, la réforme de l'Administration et de la Justice…Ce flash-back est utile parce qu'il donne une grille de lecture de l'état d'esprit du capitalisme marocain, lequel demeure fortement imprégné des circonstances de sa genèse et de la culture de ses pionniers.Même si quelques success stories existent ici ou là, on observe en règle générale un capitalisme inféodé à l'Administration, familial et autocrate, frileux et peu entreprenant, introverti et enfermé dans ses frontières nationales, réfractaire à l'innovation et à la prise de risque. Ce qui est un comble pour un modèle d'organisation de la société fondé sur l'esprit d'initiative et le libéralisme économique!Ce n'est pas le fruit du hasard si le rythme de croissance économique durant la décennie écoulée fut insignifiant par rapport aux enjeux socio-démographiques du pays: moins de 3,5% en moyenne annuelle hors PIB agricole alors qu'il devait atteindre 6 à 8%! Deux raisons à cette contre-performance: évidemment un échec des politiques publiques de relance de la croissance mais aussi une défaillance chronique du capitalisme marocain dans la création de richesses.Pour illustrer ce propos, il est possible de se référer à la création d'emplois qui a été au Maroc durant les quatre dernières années pour le moins anémique. Le nombre d'emplois a progressé au niveau national (zones urbaines et rurales) d'à peine 331.000 postes de 1999 à 2002, au moment où la population âgée de 15 ans et plus augmentait de près de 1,6 million d'individus sur cette période (20,5 millions de personnes en 2002).Pour comparer, la France, premier partenaire commercial du Royaume, créait en cinq ans, de 1997 à 2001, plus de 2,2 millions d'emplois salariés supplémentaires, dont 1,8 dans les activités concurrentielles et 0,4 dans le secteur non marchand. Sur la base de ces chiffres, les économistes estiment qu'un peu plus d'un million d'emplois proviennent de la croissance économique, le reliquat étant le fruit de la politique de baisse des cotisations sociales ciblées sur les bas salaires et de réduction du temps de travail (semaine de 35 heures).Le Maroc est en passe de signer un accord de libre-échange avec la plus grande puissance économique, politique et militaire de la planète, les Etats-Unis. Le Maroc entend aussi renforcer son partenariat avec l'Union européenne et obtenir le statut d'associé privilégié à défaut d'accéder à celui de membre à part entière (option exclue pour le moment par Bruxelles pour des raisons institutionnelles et géostratégiques). . Protéger l'épargne publiqueSi l'on veut que cette politique d'insertion dans l'économie internationale et d'intégration à la mondialisation ne demeure un voeu pieux ou n'aboutisse à un désastre économique et social pour l'industrie marocaine, il est urgent de moderniser le capitalisme marocain, de transformer notre capitalisme familial en un capitalisme à la fois patrimonial (dominé par les actionnaires), institutionnel (contrôlé par les investisseurs institutionnels tels que les compagnies d'assurances, les caisses de retraite et les sociétés de gestion de fonds) et managérial (pouvoirs étendus mais sous contrôle accordés aux dirigeants d'entreprises).Autrement dit, de réinventer un nouveau capitalisme marocain, soumis à la normalisation des standards internationaux, où le statut d'actionnaire et la fonction de manager sont clairement séparés dans un souci d'efficacité et de transparence de l'entreprise et où la mission de contrôle est renforcée afin de respecter les principes du gouvernement d'entreprise et de protéger l'épargne publique. Comment moderniser le capitalisme marocain? Certainement pas à travers un simple appel au sens de la responsabilité des leaders du capitalisme marocain (même si un grand nombre d'entrepreneurs ont démontré leur dynamisme et leur respect de l'éthique) pour qu'ils acceptent, par la volonté du Saint-Esprit, de se remettre en cause et de s'engager dans un mouvement de modernisation. Cette attitude relèverait de la naïveté!En fait, les rôles de l'Etat et du marché sont décisifs dans ce domaine. D'abord, l'Etat qui doit se dégager des contingences corporatistes et affronter sans faiblir les lobbies, s'appuyer sur une technostructure compétente et autonome, assumer sa fonction de régulation et exercer son pouvoir de sanction, accélérer la mise en oeuvre des réformes en cours, élargir la politique de mise à niveau comptable, financière et industrielle des entreprises au cadre institutionnel et managérial, dynamiser les fonds européens d'aide à la restructuration des entreprises et lever les entraves à la concurrence, renforcer au plus vite les prérogatives de la Banque centrale et du gendarme du marché boursier, accorder des incitations fiscales et des facilités d'accès aux marchés publics aux entreprises respectueuses des règles de la corporate governance, adopter une loi de modernisation des entreprises incitant les unes (les PME) et obligeant les autres (les grandes sociétés cotées en Bourse) à transformer la logique de leur actionnariat et de leur management.Ensuite, le marché qui, sous la régulation de l'Etat, contraint les entreprises à la performance et les managers à la compétence, soumet les investisseurs aux exigences de rentabilité et conduit les circuits économiques à l'efficience et à la création de valeur.Pour éviter de se fossiliser sous la pression de la compétition internationale, le capitalisme marocain doit accepter de muter. S'il lui venait à l'esprit de s'opposer aux évolutions irrésistibles induites par la globalisation des économies, il serait balayé.Le premier champ d'expérimentation et de mise en oeuvre de cette mutation, de cette transformation du capitalisme marocain, devrait être le marché boursier.Les grandes entreprises, qui sont cotées à la Bourse de Casablanca et ont recours à l'appel public à l'épargne, seraient bien inspirées de donner l'exemple à l'ensemble du tissu économique et d'indiquer le cap de la modernisation de l'actionnariat et du management en s'y engageant sans réserve. Cette évolution leur permettrait, si ce n'est de gagner en performance et en transparence, du moins d'éviter des erreurs de stratégie ou de gestion qui, souvent, demeurent impunies parce que parées de la justification du long terme ou dissimulées au moyen d'une collusion entre les managers et ceux qui sont censés les contrôler.

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