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Tribune

Le bilan et les prochains axes de la libéralisation financière

Par L'Economiste | Edition N°:28 Le 07/05/1992 | Partager

L'AMESCO a reçu le 22 Avril dernier, M. Mohamed Daïri, Directeur du Trésor et des Finances Extérieures au Ministère des Finances. M. Daïri a, pour les convives de l'Association Marocaine des Elèves des Ecoles Supérieures de Commerce, expliqué quels seraient les prochains développements de la libéralisation financière. Voici le texte de la conférence de M. Daïri.

FACE aux difficultés rencontrées par les pays en voie de développement au début des années 80, les politiques économiques et les stratégies de développement adoptées par une bonne partie de ces pays ont pris des connotations libérales plus ou moins marquées, mais qui se sont raffermies au cours des années.
Cette vague de libéralisme n'a pas épargné le Maroc qui, bien qu'ayant opté pour cette doctrine économique déjà lors de l'élaboration du plan de développement économique et social de 1965-1967, a progressivement évolué d'un libéralisme teinté d'interventionnisme à une économie de marché ouverte et concurrentielle.

En effet, sorti de la décennie 70 avec un endettement extérieur important et des déséquilibres inquiétants au niveau des finances publiques et du compte courant de la balance des paiements, notre pays a mis en oeuvre un vaste programme d'ajustement et de restructuration ayant pour objectif le rétablissement des équilibres internes et externes, l'accélération de la croissance économique et l'accès amélioré de nos entreprises au financement international.

Ce programme comportait, outre les mesures visant l'assainissement financier, des réformes structurelles intéressant plusieurs secteurs clefs de notre économie. Dans ce cadre, la réforme du secteur financier revêt une importance capitale et constitue une condition nécessaire à l'amélioration des conditions de financement de l'économie notamment en renforçant la mobilisation de l'épargne et la rationalisation de son affectation.

Deux étapes peuvent être distinguées dans le processus de réforme du financement de l'économie:
- la première, entamée dès le début de la décennie 80 et qui touche maintenant à sa fin, est caractérisée par la mise en oeuvre, dans le cadre de la politique d'ajustement structurel, d'un contrôle quantitatif étroit des emplois des banques et l'orientation administrée de leurs ressources vers les secteurs jugés prioritaires. C'est aussi une période marquée par des rééchelonnements répétitifs de la dette extérieure;

- la seconde étape, qui commencera à partir de 1993, sera marquée par l'achèvement du processus de libération des conditions de financement et le développement des marchés de capitaux. Elle verra aussi le rétablissement de nos équilibres fondamentaux, la fin du cycle de rééchelonnement de la dette extérieure et la convertibilité du Dirham.
Outre la recherche du rétablissement des équilibres fondamentaux et le maintien des investissements et de la croissance économique à des niveaux adéquats, les programmes d'ajustement et de restructuration mis en oeuvre de 1983 à 1992 ont permis l'instauration progressive d'un environnement privilégiant de plus en plus les mécanismes de marché dans le financement de l'activité économique.

Le passage d'un financement administré et dirigé par les autorités monétaires à un financement libre et concurrentiel a été atteint grâce aux diverses actions au niveau de la politique monétaire et budgétaire et à la mise en oeuvre d'une réforme profonde du secteur financier.
La politique monétaire poursuivie durant cette période cherchait particulièrement à atteindre trois objectifs:
- la maîtrise des tensions inflationnistes à travers la limitation de la croissance du crédit bancaire;
- le renforcement de l'épargne notamment par l'amélioration des conditions de rémunération des dépôts bancaires, la diversification des instruments financiers et le développement du réseau de collecte de l'épargne;
- l'allocation optimale des ressources au profit des secteurs productifs prioritaires, notamment à travers l'institution de coefficients d'emplois obligatoires (Export, CMTR, logement, CNCA), la politique de réescompte auprès de Bank Al Maghrib et la libération de certains secteurs de la contrainte de l'encadrement du crédit.

La politique budgétaire a eu pour principal objectif de dégager une épargne publique substantielle afin de couvrir le financement d'une part de plus en plus importante des investissements publics et partant de réduire la pression de la demande du secteur public sur le marché des ressources financières.
Quant à la réforme du système financier, dès 1983, les autorités monétaires ont adopté des mesures de réforme structurelle visant à améliorer l'efficacité du système financier et à y renforcer les mécanismes de marché. Ces mesures se sont traduites par un changement appréciable de l'environnement financier national, changement qui peut être illustré par les principaux résultats suivants:
· le relèvement des taux d'intérêts servis sur les dépôts à terme afin de les rendre positifs en termes réels, puis l'amélioration de la flexibilité des taux d'intérêts débiteurs et créditeurs (fixés respectivement en termes de maxima et de minima). Actuellement, l'ensemble des taux créditeurs et la quasi-totalité des taux débiteurs sont libres (avec un pafond pour ces derniers);
· l'amorce d'un processus de décloisonnement du marché de capitaux, notamment en autorisant les O.F.S (CIH et BNDE) à collecter les dépôts du public et à s'ouvrir sur le financement de tous les secteurs économiques, et en incitant les banques à financer des secteurs traditionnellement réservés aux O.F.S. (simplification des procédures d'octroi de CMTR);
· le renforcement du rôle du marché monétaire à la fois dans trois directions:

1/ la couverture des besoins de trésorerie des banques suite à la limitation des possibilités de réescompte auprès de Bank Al Maghrib,
2/ le financement, à des conditions de marché, du déficit budgétaire à travers le marché des adjudications de bons du Trésor,
3/ le financement désintermédié des entreprises par l'institution d'un marché de billets de trésorerie;
· l'assouplissement de l'encadrement du crédit en faveur de certains secteurs, puis sa suppression totale à partir de 1991.
Parallèlement à ces mesures, le Trésor a entrepris une politique active de recherche et de mobilisation de ressources externes qu'il a mis à la disposition des établissements de crédit afin de leur permettre de financer plus aisément certains secteurs et plus particulièrement pour développer les financements à moyen et long terme. Des lignes de crédit extérieur ont été également mises directement à la disposition des entreprises. Des mécanismes d'appui au financement des entreprises ont également été créés: garantie des exportations, garantie du risque de change, garantie des crédits aux PMI.

De même, le Trésor a procédé à la réduction de son recours au financement bancaire afin de laisser davantage de ressources pour le financement du secteur privé.

Les enjeux des prochaines années

Le Maroc sera confronté dans les années à venir à plusieurs défis:
- l'achèvement de l'intégration économique européenne;
- l'établissement d'une zone de libre échange avec la C.E.E;
- la restructuration des économies des pays d'Europe de l'Est et de l'ex-URSS,
- l'intégration progressive des pays de l'UMA.
Pour faire face avec succès à ces défis, notre pays doit assainir et développer son appareil productif. Mais une telle mutation ne peut réussir sans un système financier capable de la soutenir. Les perspectives de croissance et de financement de l'investissement privé que sous-tend ce développement exigent une véritable dynamisation du secteur financier national. L'objectif final recherché par cette dynamique de réforme étant de doter le secteur financier des moyens lui permettant de mettre à la disposition des entreprises les financements requis au coût du marché. De même, l'accroissement de la capacité de notre secteur privé et plus particulièrement de nos institutions financières à attirer des concours financiers extérieurs exige un équilibre durable de la balance des paiements.

Aujourd'hui, on peut avancer que les différentes mesures mises en oeuvre ont donné des résultats appréciables. Elles ont permis de stimuler l'esprit de concurrence au sein du système bancaire et entre celui-ci et les organismes financiers spécialisés. Elles ont permis également de satisfaire la demande de crédit des opérateurs économiques et d'accompagner le redressement du rythme de croissance enregistré ces dernières années.

Financements directs peu développés

Force est de constater, toutefois, que ces progrès ont concerné essentiellement le financement accordé par les établissements de crédit. L'autre composante du financement, à savoir le financement direct, reste encore peu développé dans notre pays. En effet, hormis les billets de trésorerie et les emprunts du Trésor auprès du public, les émissions des organismes financiers spécialisés et de certaines entreprises publiques restent limitées et sont souscrites par un nombre réduit d'investisseurs, alors que le secteur privé ne fait pas du tout appel à l'emprunt obligataire.
La faible contribution du marché financier dans le financement de l'économie se manifeste également au niveau de l'activité de la Bourse des Valeurs de Casablanca. Là encore les transactions sur les obligations à long terme sont inexistantes et les opérations sur le marché des actions ne portent que sur des montants symboliques. De ce fait les entreprises ne disposent pas de véritables alternatives au financement bancaire au sens large, ce qui ne permet pas un véritable arbitrage entre différentes sources de financement et une concurrence effective au niveau de la mobilisation et de l'utilisation des ressources et une réduction conséquente du coût de l'intermédiation financière.

Pour faire face aux besoins de financement nécessaires pour la réalisation d'un taux de croissance satisfaisant au cours des années à venir, notre action portera pour l'essentiel sur trois axes fondamentaux à savoir l'achèvement de la libéralisation du système financier par la mise en place des conditions d'une saine concurrence au niveau du système bancaire, la mobilisation de toutes les potentialités de financement que recèlent les autres composantes du marché de capitaux et enfin la mise en place des conditions permettant une meilleure mobilisation des financements extérieurs notamment sous forme d'investissements directs étrangers et d'accès, à des conditions avantageuses, au marché financier international.

Au cours des prochaines années, tous les emplois obligatoires des banques devront être supprimés ce qui devrait leur permettre de disposer de moyens de financement supplémentaires et, la concurrence aidant, de fournir les services financiers recherchés au moindre coût.
Cependant, pour éviter que les mesures de libéralisation ne se traduisent par la prise par les établissements financiers de risques inconsidérés susceptibles de mettre en danger leur solidité, le cadre juridique régissant l'activité bancaire est en train d'être réexaminé en vue d'adapter notamment le système de contrôle prudentiel.

Dynamisation des marchés de capitaux

Des réformes visant la dynamisation des marchés de capitaux ont été préparées. Il s'agira principalement de réorganiser la bourse de Casablanca afin qu'elle joue un rôle plus dynamique et ceci au moment où les opérations de privatisation, qui seront prochainement lancées, devront permettre l'émergence d'un actionnariat populaire. A cette fin la réforme garantira un accès plus large du public et des actionnaires à l'information sur les sociétés cotées en bourses, ainsi qu'une meilleure protection des épargnants.

En outre, pour appuyer cette réforme de la bourse et afin de mieux canaliser la petite et moyenne épargne, il est prévu la création des SICAV ainsi que des Fonds Communs de placement. Par ailleurs, une réflexion a été entamée sur la création d'un marché secondaire des créances à court terme. Ce marché permettra la négociation des titres de créances telles que les billets de trésorerie, les bons du Trésor à court terme ainsi que d'autres titres qui pourront être créés ultérieurement (certificats de dépôts par exemple). En assurant la liquidité de ces instruments, il contribuera ainsi à renforcer davantage la mobilisation de l'épargne.

Le rétablissement de nos équilibres fondamentaux et le renforcement de nos propres capacités de financement devraient nous permettre d'assurer la convertibilité de notre monnaie nationale, d'attirer des capitaux étrangers non générateurs d'endettement sous forme d'investissements directs ainsi que le rétablissement de relations normales avec nos créanciers privés et publics.
La restauration de la viabilité de la balance des paiements en 1993 signifie qu'à partir de cette date notre pays ne sera plus contraint de recourir au rééchelonnement de sa dette extérieure et à des financements exceptionnels pour assurer le financement de sa balance des paiements. En effet, à partir de 1993, les financements extérieurs mobilisés seront des financements normaux, spontanés et ceci grâce au rétablissement de la crédibilité de notre économie. Dès lors, de nouveaux horizons devront s'ouvrir pour nos entreprises qui pourront désormais avoir un recours direct aux marchés internationaux de capitaux d'une part, et favoriser les investissements directs étrangers au Maroc, notamment à travers des formules de partenariats, d'autre part.

Cette nouvelle phase de la réforme du système financier sera également marquée par une intervention directe des banques sur le marché des changes. La création de la zone bancaire off shore de Tanger constitue à cet égard un puissant levier pour l'internationalisation de notre système financier. Il faudra toutefois que nos entreprises prennent de plus en plus l'habitude de s'adresser au financement en devises, d'autant plus que le risque de change sur le Dirham a été sensiblement réduit par suite du succès de notre politique de stabilisation macro-économique et de l'amélioration de nos comptes extérieurs.

La réforme et la modernisation du financement de l'économie apparaît ainsi comme le complément nécessaire à la politique de redressement économique mise en oeuvre par les pouvoirs publics. Parvenir à réduire le coût de l'investissement et à améliorer son efficacité à travers une plus grande fluidité des marchés de capitaux et une accentuation de la concurrence, c'est favoriser l'investissement, stimuler la croissance et encourager la création d'emploi. Mais ceci nécessite un renforcement du cadre institutionnel dans le système financier, une diversification des instruments, davantage d'innovation et une amélioration des règles de transparence et de la supervision bancaire. Mais cela nécessite également l'amélioration de la transparence au niveau des entreprises, un renforcement de leurs fonds propres et un élargissement de leur champ de vision.

Abstract

Le Directeur du Trésor et des Finances Extérieures décrit le passage, à l'occasion des Politiques (ou Programmes) d'Ajustement Structurel, d'un "financement administré et géré" à un "financement libre et concurrentiel". Plusieurs axes ont été utilisés dont notamment, la stratégie de renforcement de l'épargne publique et privée, le décloisonnement du marché, la suppression de l'encadrement du crédit, ...

M. Mohamed Daïri estime que ces mesures ont dynamisé le système bancaire (concurrence) et de soutenir le rythme de croissance. Mais il regrette que le financement direct soit trop peu développé. Il en souligne les conséquences négatives.
M. Daïri annonce les prochains thèmes de la libéralisation financière, dont il attend une réduction des coûts. Il annonce entre autres l'accès direct des entreprises aux marchés en devise, le financement direct, ... mais explique que ceci ne pourra se faire que si les entreprises aussi jouent le jeu, c'est-à-dire deviennent plus transparentes, renforcent leurs fonds propres et "élargissent leur champ de vision".

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