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Economie Internationale

L'Armée américaine impliquée dans des crimes de guerre

Par L'Economiste | Edition N°:614 Le 12/10/1999 | Partager

· Enquête rouverte 50 ans après un massacre de civiles par une cavalerie de l'US Army
· Des anciens combattants reconnaissent les faits


"Cinquante ans après, quand la brise souffle dans les nuits d'été, j'entends encore les cris, les hurlements des gosses". Edward Daly, ancien combattant de la première division de cavalerie de l'US Army, retrouvé par l'agence Associated Press (AP), est toujours hanté par les fantômes du pont de No Gun Ri. Ce sont, a-t-il confié à l'agence, les spectres de centaines de paysans coréens, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, que des GI's de la première division de cavalerie auraient massacrés de sang-froid le 26 juillet 1950 sous un pont de chemin de fer à 150 km au Sud de Séoul, aujourd'hui capitale de la Corée du Sud. Un crime de guerre dont l'armée américaine aurait délibérément effacé toute trace dans ses archives, niant qu'il ait jamais été commis. Jeudi, le secrétaire à la Défense, William Cohen, a promis de rouvrir l'enquête pour tenter d'établir ce qui s'est réellement passé sous le pont de No Gun Ri et ce, à la veille du 50ème anniversaire de l'attaque communiste contre la Corée du Sud. L'histoire est connue depuis plusieurs années en Corée du Sud, où un groupe de 24 survivants coréens mènent campagne pour qu'ils soient officiellement reconnus et pour que les Etats-Unis leur versent des compensations. Elle a été démentie à de nombreuses reprises par le Pentagone. "Le Centre d'histoire militaire n'a trouvé dans ses archives aucun élément pouvant confirmer que des soldats de l'armée américaine aient perpétré un massacre de civils à No Gun Ri", continuent encore aujourd'hui de répondre les porte-paroles de l'US Army. Mais cette position risque d'être très vite intenable après l'enquête menée pendant plusieurs mois par AP, dont les correspondants ont épluché les archives et interrogé plus de 130 témoins. Une douzaine au moins ont confirmé que la tragédie avait bel et bien eu lieu et qu'elle n'a peut-être pas été la seule du même genre. Le commandement de la première division de cavalerie avait donné ordre "de ne laisser aucun réfugié traverser la ligne de front".
Lorsqu'une colonne de paysans coréens fuyant l'avance des forces communistes s'est engagée sur la route de No Gun Ri, un chasseur de l'US Air Force a mitraillé la colonne, forçant les réfugiés à prendre abri sous le pont. Et le capitaine Melbourne Chandler, dont l'unité tenait la route, a reçu l'ordre d'ouvrir le feu sur eux à la mitrailleuse. Pendant trois jours et trois nuits, les réfugiés ont été pris entre le feu croisé des soldats communistes et des Américains, lesquels étaient convaincus que ces "civils" étaient en fait des communistes déguisés tentant de s'infiltrer sur l'arrière des forces américano-sud-coréennes. "Un massacre pur et simple", a reconnu un des anciens combattants interrogés par AP, Herman Patterson. "Nous les avons tout simplement exterminés", affirme Norman Tinkler, autre fantassin qui était responsable d'un nid de mitrailleuses. "Nous avons tiré dans le tas jusqu'à ce qu'il n'y ait plus âme qui vive", sous le pont, ajoute Edward Daly.

L'armée ou la prison


En juillet 1950, les troupes américaines, précipitamment débarquées pour venir en aide à l'armée sud-coréenne contre l'offensive massive des forces communistes venues du Nord, étaient en pleine débâcle. La première division de cavalerie n'avait jamais subi l'épreuve du feu. Elle était, de l'aveu même d'un ancien de l'unité, le colonel Julius Schrader, "mal entraînée", "mal équipée" et en partie composée de délinquants "auxquels on n'avait pas laissé d'autre choix que de se porter volontaires ou d'aller en prison". "Tout le monde tirait sur tout le monde et nous avons eu certains des nôtres tués par notre propre feu", a-t-il raconté au Washington Post. La tactique communiste d'infiltrer des combattants dans les masses de réfugiés qui déferlaient vers le Sud, puis de lancer des attaques sur les arrières des forces américaines, ajoutait à la panique. Le conflit fit de 1950 à 1953 des dizaines de milliers de morts dans les rangs des Forces des Etats-Unis et des millions de victimes coréennes.
Pour le gouvernement américain, le plus embarrassant risque d'être la révélation des mensonges à répétition du Pentagone, qui avait poussé l'audace jusqu'à affirmer que l'unité mise en cause n'était même pas déployée à No Gun Ri en juillet 1950. Le secrétaire d'Etat à l'Armée, Louis Caldera, a reconnu, lors d'une conférence de presse au Pentagone jeudi après-midi, que l'enquête d'AP est "très troublante". Il a promis que "tout sera mis en oeuvre pour aller au fond de cette affaire aussi rapidement et complètement que possible".

Patrick SABATIER
Correspondant à Washington.
Syndication L'Economiste-Libération (France)

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