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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

aïcité, quelles laïcités? Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3501 Le 05/04/2011 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite. Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

C’est particulièrement depuis la France que le débat sur la laïcité, prévu le 5 avril, se fait le plus tonitruant, n’en finissant pas de diviser la classe politique et de susciter un grand nombre d’interrogations. Associé à l’Islam, il interpelle quant à ses enjeux, ses calculs électoralistes, sa concordance avec les attentes réelles des populations, son instrumentalisation des peurs, sa stigmatisation des musulmans…
A ce titre, l’intellectuelle Esther Benbassa ne mâche pas ses mots dans son article «La laïcité, arme de diversion massive»: «Si, pour la plupart de nos concitoyens, la laïcité reste indissociable des principes sur lesquels se fonde la loi de 1905, nombreux sont aussi ceux qui la réduisent à une peau de chagrin pour lui enlever ce qui en faisait pourtant en partie la substance, à savoir le respect des religions, à la condition, naturellement, que celles-ci n'envahissent pas l'espace public, ni n'interfèrent dans le fonctionnement de l'Etat. Quant aux autres, en général à droite et à l'extrême droite, ils en font plutôt l'habillage présentable d'une croisade "républicaine" contre l'islam».
«(…) Comment s’étonner dans ces conditions, s’interroge l’ancien ministre français de la Fonction publique, Anicet Le Pors, que le Front national, jusque-là soutien inconditionnel de l’intégrisme catholique, fasse irruption sur un terrain aussi mal entretenu pour dénoncer, au nom de la laïcité, l’«islamisation» de la France, stimulant du même coup les pulsions anti-laïques des divers communautarismes?».
Loin de nous l’idée d’ajouter notre grain de sel à cette problématique franco-française si d’aucuns, sur la rive sud de la Méditerranée, dans la foulée des révoltes et des contestations qui secouent la région, ne mettent sur le tapis la question de la laïcité, la considérant comme un atout pour la construction d’un État de droit, si ce n’est une condition sine qua non à la démocratie. Est-ce à dire que toutes les démocraties ne peuvent émaner que d’Etats laïcs?!
Un simple tour d’horizon suffit pourtant à démontrer que dans toute l’Europe seuls la France et le Portugal (avec l’euro-asiatique Turquie) sont constitutionnellement laïcs. Ce pays ibérique ne l’est, de prime, que de manière conceptuelle après la "Révolution des Oeillets" en 1974, puisqu’il vit depuis 1940 sous le régime du Concordat (traité signé entre l’État et le Saint-Siège) régissant les questions de l’enseignement catholique dans les écoles publiques, la validité civile du mariage religieux, la rémunération des prêtres…
Si la France, fille aînée de l’Eglise, a adopté au terme de longs combats contre la domination cléricale, le principe de la séparation nette des pouvoirs politico-administratif et religieux, dit laïcité, avec pour textes fondateurs, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la loi de 1905 relative à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, son application de la laïcité est certainement jugée la plus radicale en Europe où beaucoup de démocraties sont dites plutôt séculières que laïques.
Depuis le XVIe siècle, les pays germaniques et anglo-saxons ont entamé avec la Réforme protestante un processus de sécularisation des biens des Églises européennes et un retrait progressif du religieux de la sphère d'État. Confondue avec la laïcité, la sécularisation en serait pourtant différente dans le sens où le caractère non religieux de l’Etat ne l’empêche pas d’intervenir dans le domaine de la religion et dans la direction des consciences ainsi que l’exprime le professeur et essayiste Henri Pena-Ruiz.
Parmi les pays séculiers figure l’Allemagne dont le préambule de la Constitution fait référence à Dieu, où les impôts ecclésiastiques sont prélevés par l’Etat et où l’école publique dispense à travers ses programmes officiels un enseignement religieux chrétien. Il en est de même pour l’Irlande dont la Constitution fait référence à la «Très Sainte Trinité» ou pour l’Autriche qui prélève un impôt au profit des Églises catholique et protestante, accorde des privilèges à la foi chrétienne à travers l’enseignement à titre d’exemple…
Citons également le cas de la Suisse dont le préambule de la Constitution commence par «Au nom de Dieu tout-puissant!» et où l’instruction religieuse est dispensée dans les écoles publiques sauf en cas de désaccord des parents.
L’instruction religieuse est proposée par ailleurs de manière facultative aujourd’hui dans les écoles en Espagne depuis que les gouvernements socialistes qui succédèrent à la mort du général Franco firent valider l’accord de 1979, malgré un retour sous le gouvernement de José Maria Aznar à une disposition sur le concordat datant du temps de la dictature franquiste rendant obligatoire l'enseignement du catéchisme et rétablissant les crucifix dans les salles de classe.
L’Italie de son côté affirme dans sa Constitution de 1948 l’indépendance et la souveraineté de l’État et de l’Église catholique, tandis que son Concordat de 1984 proclame le catholicisme, qui a perdu depuis cette date son statut de religion d’Etat, un «patrimoine historique du peuple italien», tout en maintenant l’enseignement de la religion catholique.
Dans cette catégorie d’Etats séculiers figurent également des pays comme la Belgique et les Pays-Bas qui ont adopté le système politique appelé pilarisation (du néerlandais «verzuiling») qui se base sur l'organisation de la vie collective autour d’ensembles marqués chacun par une idéologie particulière. Mis en place par Guillaume d’Orange, la pilarisation permit d’abord aux piliers Protestants, Catholiques et Juifs de s’organiser selon leurs usages tout en adhérant aux valeurs communes de la Nation.
Aux côtés de ces Etats séculiers, il en est d’autres qui affichent une religion d’Etat dans leur Constitution et ne sauraient de ce fait être rangés dans cette catégorie bien qu’ils n’en soient pas moins des démocraties, et non des moindres. Tel est le cas de l’Église luthérienne dans les pays scandinaves, l’Église presbytérienne en Écosse, l’église catholique romaine en Irlande, Malte, Monaco, Saint-Martin… Que dire aussi de l’Angleterre qui a l’Eglise anglicane comme religion d’Etat et dont la reine exerce la double fonction de chef d'État et de chef d’Eglise!
Bref, ce tour d’horizon permet de donner un aperçu sommaire des différentes conceptions et modalités d’articulation du politique et du religieux, opérés dans le cadre de révolutions et d’affrontements ou de processus plus paisibles d’évolution. Et encore seule l’Europe est survolée ici, laissant de côté les spécificités kémaliste, américaine, indienne, japonaise… ainsi que toutes les autres visions de la modernité…
Conclusion: lorsqu’on aborde la question de la laïcité, il est important de prendre en considération la pluralité des approches et les nuances entre les pratiques réelles et l’idéal théorique. Tout comme il est primordial d’éviter d’imposer des concepts politiques, édictés à la suite d’expériences historiques propres et dont la définition exacte ne fait pas l’unanimité, ni n’est appliquée de manière unilatérale, mais plutôt de créer et de développer des modèles spécifiques dans le respect autant des particularismes que des droits humains universels.

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