×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Culture

La vertu perdue de l’économie marchande
Par Mohammed Larbi BEN OTHMANE

Par L'Economiste | Edition N°:2209 Le 08/02/2006 | Partager

Professeur chercheur à la Faculté de Rabat, Mohamed Larbi Ben Othmane a été membre du cabinet du ministre des Finances dans les années 80-90. Il a participé et présidé diverses commissions ministérielles (restructurations du secteur public, contrats-programmes, privatisations…). Il a aussi été membre du CNJA. Ben Othmane est un spécialiste du droit socialL’économie marchande, dont les vertus originelles sont reconnues, semble bien mal calée sur les starting-blocks du 21e siècle. Ses modèles actuels les plus significatifs, celui des Etats-Unis, la plus forte puissance mondiale, et celui de l’Allemagne, moteur essentiel de l’Union européenne, renvoient des perspectives plutôt bancales.Bien que puisant leurs origines et leurs fondements dans des idéologies et des construits différents, ces modèles fournissent, chacun à sa manière, la démonstration de leurs lourdes carences. Leurs difficultés sont de plus en plus apparentes et difficilement gérables si l’on considère que la finalité de toute économie réussie est d’assurer la prospérité et le bien-être de ses populations.. L’essoufflement des modèlesL’Allemagne d’abord. Des semaines après le scrutin, le match est toujours incertain entre les parties prétendant s’octroyer le fauteuil de la chancellerie. Un résultat sans précédent historique dans ce pays. La presse allemande analyse ce résultat comme si le peuple réunifié refusait de choisir entre, d’un côté, le libéralisme outrancier, et, de l’autre, une social-démocratie trop recentrée à droite. Au-delà, précise-t-elle, quelle que soit la coalition gouvernementale qui prendra les rênes du pouvoir, finalement présidée par Angela Merckel; ce qui représente un autre précédent historique, elle devra confronter des indicateurs socioéconomiques nouveaux qui, désormais, caractérisent l’ensemble germanique.L’OCDE affirme que, depuis quatre ans, son économie est stagnante. La dette publique atteint des sommets puisqu’elle dépasse les deux tiers du PIB et le déficit budgétaire excède de manière répétée les normes du plan de stabilisation européen qu’elle a, elle-même, fixées. Son déséquilibre démographique est donné en exemple avec des naissances toujours insuffisantes et une espérance de vie de plus en plus longue pour le troisième âge, ce qui pose fatalement la question de la crise structurelle du financement des retraites.Cette crise est, par ailleurs, accentuée par le niveau de chômage qui atteint cinq millions de demandeurs d’emploi et qui reçoivent des allocations, auxquels il faut ajouter un million de personnes qui vivent au seuil de la pauvreté. La crise est aussi aggravée par le niveau élevé des coûts de production, lequel pousse tout aussi fatalement les entreprises vers la délocalisation.Les USA, de leur côté, embourbés dans leurs engagements belliqueux et guerriers et par les dégâts de la catastrophe naturelle suite au passage des cyclones Katrina et Rita, ont été mis à nu. Les dernières décennies, marquées par des politiques ultralibérales, n’y sont pas étrangères. Ces politiques ont fini par affaiblir l’Etat et le rendre quasi-inerte là où l’initiative privée n’est pas intéressée ou ne trouve pas son compte. Ce constat est crucial. Il constitue l’une des clés centrales pour comprendre les terrifiantes contradictions de la plus forte puissance mondiale.. Un résultat paradoxalDe fait, le résultat auquel ont abouti ces politiques ultralibérales est paradoxal. La pauvreté a augmenté, alors que l’économie est prospère. La société et l’Etat sont armés jusqu’aux dents, mais il leur manque l’essentiel qui ne peut être assuré que par la cohésion sociale et l’esprit de solidarité.Face à cette catastrophe naturelle, c’est le chacun pour soi qui a prévalu là où, ailleurs, on a pris l’habitude de constater des élans de solidarité au-delà de toute considération de races et de classes. L’Administration Bush évitera d’engager les plus riches et de toucher aux profits stratosphériques même pour disposer des ressources nécessaires au financement des besoins. Elle fera l’inverse, en application des positions défendues par le vice-président Cheney. Il proclame que les déficits n’ont pas d’importance.. L’absence de contre-pouvoirsIl est vrai que Cheney a notamment de considérables intérêts dans l’entreprise Halliburton qui gravite autour des destructions et des catastrophes naturelles pour s’accaparer des marchés de reconstruction, comme apparaissent les vautours au-dessus des cadavres (J. Estefania: Capitalisme versus capitalisme)De même, cette administration évitera de voir un lien entre ces catastrophes et le réchauffement climatique de la Terre, pour continuer de bénéficier des largesses des secteurs énergétiques privés. La pensée ultralibérale, qui a engendré un peu partout ce type de politique et donc la nature de l’économie marchande dominante, sévit tous azimuts. Le Japon, pays de performances et de modernité, à titre d’exemple, n’y échappe pas non plus. Ses difficultés résident dans les contradictions de son économie marquée en même temps par la déflation et la stagnation. Ses problèmes sociaux sont quasiment similaires à ceux de l’Allemagne.La France, dont le milieu salarial est certainement parmi les plus sensibilisés aux méfaits annoncés de l’économie marchande, n’en finit pas d’enregistrer des fermetures d’entreprises, des réductions d’effectifs, des délocalisations et des privatisations à l’encan… Le monde salarial y évolue dans un contexte où il dénonce la précarité et la baisse du pouvoir d’achat.De ce fait, il n’est pas étonnant que le peuple français ait répondu non à l’Europe marchande et descende régulièrement dans la rue pour rappeler ses acquis et ses droits que veut délégitimer la pensée ultralibérale.Il est quasiment certain, avec le vent en poupe des alter mondialistes et du renouveau syndical, que ces mouvements sociaux en France iront en s’amplifiant. Car l’économie marchande ne fait que dévoiler chaque jour plus ses aspects critiquables.Depuis le début de ce siècle, les scandales qui l’accompagnent ne cessent de se répéter faute de contre-pouvoirs puissants. Aux USA, les cas de fausses comptabilités et de bilans trompeurs sont anthologiques. Il en est de même des agissements qui dévoilent la complicité entre management privé et pouvoir politique; des abus de confiance à l’encontre des actionnaires, des salariés et des épargnants.En Allemagne, de prestigieuses entreprises comme la Commerzbank, Wolskwagen, BMW ou Daimler Chrysler ont été impliquées dans des affaires de dessous-de-table et de corruption pour obtenir des traitements de faveur et des marchés en dehors des règles du jeu du marché. Le scandale de l’entreprise Parmalat restera dans les annales historiques du capitalisme italien.. Le libéralisme devient le pire ennemi du libéralismeMieux, s’il y a un trait commun à l’ensemble de l’espace économique marchand ultralibéral, c’est bien les gigantesques différences de salaires pouvant atteindre des échelles de un à mille au sein d’une même communauté de travail. Un comble lorsque la pauvreté semble être le problème majeur de ce début de siècle. Même les plus modestes économies n’y dérogent pas. (voir encadré)Pourtant, les bonnes volontés n’ont pas manqué pour expliquer et surtout pour dire comment redresser ces dérapages avant l’impondérable. Certains pensent que le diagnostic doit être recherché dans les origines propres à chaque modèle national ou régional (Michel Albert: Capitalisme contre capitalisme, 1991). D’autres estiment que l’ultralibéralisme a longtemps cherché l’ennemi. Il a fini par le trouver. C’est lui-même (Lester Thurow, professeur du prestigieux MIT et libéral «pur sucre», voir Head to Head). Beaucoup, même à Davos, ne disent pas autre chose.Leur certitude est de mettre au placard les excès du modèle et rechercher à réhabiliter un Etat fort avec des services publics efficaces. Une économie solide passerait par cette réhabilitation, car il est des secteurs qui ne peuvent être laissés aux aléas de la seule économie marchande. Ce qu’il faudrait, c’est une économie plus sociale et moins marchande. En fait, le constat revient à préconiser le meilleur partenariat possible entre le privé et le public: le fameux PPP. Il est singulier de relever que certains préfèrent même parler d’alliance, comme on le fait pour réfuter le choc des civilisations.Mais cela suffit-il à faire retrouver à l’économie marchande sa vertu perdue?


La modeste économie marocaine

La très modeste économie marocaine reproduit presque toutes les tares de l’économie marchande telles qu’elles ont été repérées dans les économies puissantes. Ce n’est pas forcément un paradoxe puisque le mimétisme n’est pas en l’occurrence un vain mot et que, surtout, quand la rentabilité et le seul but lucratif mènent le jeu, les mêmes causes entraînent presque toujours les mêmes effets. Après l’indépendance, le Maroc avait un niveau de développement comparable à celui de l’Espagne ou du Portugal de l’époque. Aujourd’hui, il est parmi les bons derniers de la classe. Il a perdu les avantages qu’il aurait pu tirer d’une économie émergente ou performante, en cumulant hélas les défauts des économies sans contre-pouvoirs à même de corriger les abus. Ainsi, il n’est pas exceptionnel de repérer chez nous aussi, dans un espace grand comme une peau de chagrin, des différences de salaires de même échelle que celles prévalant dans les mastodontes financiers internationaux. Il n’est pas rare de constater des liaisons fatales entre management et pouvoir politique, de recenser des privatisations malheureuses ou des abus et actes de corruption… impunis. Une bonne caricature.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc