×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Dossiers

La valeur ajoutée de l’enseignement privé est-elle surfaite?

Par L'Economiste | Edition N°:2308 Le 29/06/2006 | Partager

Dès que l’enfant atteint l’âge scolaire, chaque ménage a d’abord le réflexe d’aller vers l’école privée. Sans ressources suffisantes, beaucoup concèdent des sacrifices. Le public, même s’il contient des pôles d’excellence et de performance, est complètement discrédité. Le sentiment général est que pour donner le maximum de chances d’épanouissement à son enfant, il faut l’orienter vers le système privé. Dans le préscolaire où l’offre publique est inexistante et le primaire, le privé a gagné les cœurs des parents. Pas forcément parce qu’il est plus performant, mais sans doute à cause de la faiblesse de la concurrence émanant du public. La domination est beaucoup moins large au niveau secondaire, même si les effectifs sont en constante augmentation. La proportion des candidats émanant du privé au bac est encore faible par rapport aux élèves des établissements publics.Quelle est donc la valeur ajoutée de l’enseignement privé? Applique-t-il comme il le prétend des méthodes révolutionnaires par rapport au public? Les élèves y travaillent-ils mieux? Le système comprend aussi ses travers en commençant par le «fléau des cours de soutien». Détails. . Apprentissage: Le «par cœur fait rage»L’apprentissage par cœur que l’on reproche au public est largement répandu dans le privé. Pourtant, l’approche est totalement dépassée. Dans certains cas particuliers, les écoles s’inspirent du système de baccalauréat international dans lequel le «par cœur» est totalement révolu. Il est porté beaucoup plus sur le développement de l’élève, son intelligence, sa capacité à analyser les éléments qu’on lui donne. Le développement de l’autonomie à l’apprentissage. L’enfant doit se comparer à la ménagère qui va au marché. Celle-ci ne va pas au marché en attendant que les marchands lui remplissent son panier. C’est elle-même qui s’en charge par différentes combinaisons. C’est une culture à transmettre à l’élève. C’est dans le secondaire où se joue la préparation méthodologique de l’élève et naissent les intelligences, constate un professionnel. Si les ménages paient, c’est en échange d’éléments réellement distinctifs du public. La poignée de bons établissements n’est pas représentative de 3.800 écoles privées au Maroc. Dans le primaire, les autorités ont laissé foisonner des écoles sans la moindre garantie ni souci de qualité. Les autorisations ont été données à tour de bras sans que l’on s’assure par un contrôle sérieux ce qui se cache derrière les murs. L’Etat devrait faire beaucoup moins de la production et plus de la régulation. Cela passe par un changement culturel dont on est encore loin aujourd’hui.En principe, l’apprentissage doit être centré sur l’élève, disent les experts. Sans généraliser à l’ensemble, la majorité des écoles privées dont les promoteurs reprochent au public beaucoup de péchés, continue à centrer l’apprentissage sur le programme et l’enseignant. L’apprentissage par cœur est la règle et l’écart avec le public n’est pas vraiment visible. Les enseignants déroulent le programme et aux élèves de s’adapter. Dans l’absolu, les jeunes du privé ne sont pas plus épanouis ou cultivés que leurs homologues qui fréquentent le système public. Pas plus que leurs amis du public, ils travaillent pas mieux si l’on excepte peut-être l’appoint des cours supplémentaires aujourd’hui décriés. . Le commerce des cours de soutien C’est la gangrène du système d’enseignement privé, tempête le président du groupe Segepec, Abderrahmane Lahlou, également promoteur du complexe Malaïka. La première consiste à imposer aux parents que les élèves prennent des «cours de soutien» auprès d’enseignants désignés par l’école. Et c’est une pratique très répandue. Lier le résultat de l’élève à l’inscription aux cours chez un enseignant s’appelle de la corruption, ni plus ni moins. C’est une pratique contre laquelle les parents devraient se mobiliser, au besoin, en manifestant dans la rue. Il est inadmissible de payer les frais de scolarité et en plus de frais de cours de soutien tout au long de l’année. La «recette» de cours supplémentaires est largement utilisée par des promoteurs d’écoles comme moyen de compléter le salaire des profs, en général sous-payés. C’est de l’arnaque des parents et un dévoiement total de l’acte éducatif. On n’a pas le droit de faire commerce avec l’éducation, or les établissements qui font des cours du soir n’ont d’autre objectif que de se remplir les poches. Parfois, ces cours du soir rapportent plus que les cours du jour.Il y a pire. En échange d’un «loyer», plusieurs écoles louent des salles de classe aux enseignants entre 12 et 14 heures. A noter aussi l’organisation de manière très solennelle et mercantile des cours du soir où l’on fait faire aux élèves ce qu’ils n’ont pas pu faire le jour. Finalement, ils ne comprennent ni le soir, ni le jour. Autour de ce «commerce» se sont greffées des pratiques nauséabondes avec des classes à 70 élèves dans lesquelles un vigile circule pour maintenir de l’ordre. La pédagogie de soutien doit être orientée «méthodes de travail» et ne consiste en aucun cas à refaire la leçon qui devait être dispensée le jour. L’élève doit être en mesure de réviser tout seul à domicile, et s’il manque de méthode, ce soutien est une sorte de «piqûre méthodologique». C’est exactement comme une voiture, on ne peut pas la pousser de Casablanca à Rabat. Si elle ne démarre pas, il faut l’amener chez le mécanicien. Comment justifier que l’on programme des cours de soutien pendant toute l’année scolaire, d’octobre à juin? Si les autorités de tutelle ont un domaine où elles devraient sévir, c’est bien dans la généralisation de ces soi-disant cours de soutien. Malheureusement, elles restent passives.. Programmes surchargés, élèves perdusPour tenter d’apporter une réponse à la schizophrénie du système éducatif sur la langue d’enseignement -l’arabe au primaire et au secondaire et le français au supérieur-, beaucoup d’écoles dédoublent les programmes des matières scientifiques. Les élèves suivent ainsi la même matière en français et en arabe. Les plus organisées ont réussi par ingénierie pédagogique à adopter ce système sans trop épuiser les élèves qui peuvent ainsi switcher d’une langue à une autre sans difficulté. Mais cela concerne une petite minorité.Quand elles peuvent aussi, certaines, dès le primaire, greffent au programme officiel de l’Education nationale un certain nombre de matières «pour faciliter» l’ouverture aux élèves. L’informatique et l’anglais arrivent en tête dans les catalogues. Mais très peu réussissent vraiment ce challenge. Pour justifier leurs tarifs, la plupart des établissements promettent monts et merveille aux parents sur les activités parascolaires: sorties, visites d’entreprises, activités culturelles, etc. Elles tiennent rarement leur promesse.. Les parents en ont-ils pour leur argent?Année après année, les frais de scolarité augmentent de manière régulière puisque les écoles privées peuvent compter sur la faiblesse de la concurrence du public et donc du manque d’alternative des parents à payer sans broncher. Les promoteurs font prévaloir le marché, mais quel marché? En tous les cas, le marché n’est pas efficient. On peut attirer les parents par beaucoup d’apparats: des fêtes de fin d’année, de jolis dépliants, etc. Résultat: ils peuvent continuer à supporter des hausses de frais sans avoir d’alternative. A défaut de régulation publique, les opérateurs de l’enseignement privé devraient faire preuve d’un minimum d’éthique, confie Abderrhamane Lahlou, président du groupe Segepec. La logique voudrait que l’on n’augmente les frais que si on le justifie auprès des parents. . Les mêmes profs que le publicCe sont les enseignants du public qui assurent des vacations dans les écoles privées. Comment réussissent-ils leur transformation? C’est un miracle, certes conditionné, assure un professionnel, «car il faut choisir les bons», corrige-t-il. La manière de travailler et l’environnement, la motivation, la coordination et la formation. Ce n’est pas courant, mais une poignée d’écoles consacrent le mois de juillet à la formation de profs dans divers domaines, notamment les méthodes pédagogiques. C’est une petite révolution car juillet a toujours été un mois de vacances. On arrive à faire des choses extraordinaires avec des gens ordinaires.A l’école publique, les enseignants sont complètement désabusés et démotivés. Et nombreux concèdent qu’ils se contentent de «consommer les heures». En arrivant dans un milieu valorisant au niveau salarial mais aussi le goût qu’on leur donne à s’investir dans leur travail. Tout cela arrive à les transformer.. Le cliché auprès des politiquesDes pratiques comme des cours de soutien contribuent à généraliser le cliché de «marchand d’alphabet» que véhicule l’enseignement privé aux yeux du grand public et surtout, des pouvoirs publics. Ces derniers masquent ainsi leur incapacité à régénérer le secteur en valorisant les meilleurs. On préfère traiter tout le secteur selon le même stéréotype par facilité. On laisse ces pratiques au lieu de continuer à dépenser beaucoup d’argent à construire des collèges, des lycées et à entretenir un système pour l’essentiel inopérant, l’Etat aurait tout à gagner à jouer enfin son rôle de régulateur. Il est bien établi que l’Etat est généralement plus efficace dans sa mission de contrôle que dans celle de producteur. Dans la santé comme dans l’éducation, il a prouvé son inefficacité. Il ne devrait pas s’abriter derrière un rôle à la Ponce Pilate sous prétexte que c’est une affaire privée.


Avis d’expert: Abderrahmane Lahlou du groupe Segepec

Une partie du budget de l’Etat devrait être consacrée à solvabiliser la demande dans le secteur privé, donner aux parents qui ont fait le choix d’aller dans le privé parce que le public ne le satisfait pas, la possibilité d’imputer sur l’IGR ou à travers le «chèque éducation» qui existe au Canada, au Chili, en Jordanie et à Oman où les autorités ont compris que le privé est plus performant et moins cher. Si vous comparez le coût de scolarité au primaire dans le public, il est bien au-dessus des tarifs de beaucoup d’établissements. On ne demande pas à l’Etat de payer toute la scolarité mais de prendre partiellement en charge le coût du privé. 40% en Jordanie (un système de subvention des écoles). Pour chaque effectif de 400 élèves, l’Etat accorde à l’établissement 40% des frais dus par chaque élève. Au Maroc, l’aide directe aux parents, et non aux écoles, serait la mieux indiquée à cause de «combines» et de problèmes de transparence. Ce soutien serait conditionné par la présentation d’une preuve d’inscription dans un établissement accrédité. J’appelle l’Etat à libéraliser et à casser le «monopole» sur l’éducation pour résoudre tous les problèmes. Je vous concède que cela demande un changement de paradigme au niveau politique, une vision véritablement libérale. Peut-être que ce n’est pas encore le moment avec un ministre socialiste à l’Education nationale. L’objectif unique est d’améliorer la performance globale du système éducatif et que l’on arrête de jeter la pierre sur le privé, qu’il gagne de l’argent, que ce sont des marchands d’alphabet, etc. La philosophie devrait être: «En tant que responsable, je mets en valeur ce secteur, je le valorise et je réorganise les choses et tout le monde est gagnant».Abashi SHAMAMBA

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc