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La troisième erreur annoncée d’Israël
Par Mohamed Larbi BEN OTHMANE

Par L'Economiste | Edition N°:2401 Le 15/11/2006 | Partager

Professeur chercheur à la faculté de Rabat, Mohamed Larbi Ben Othmane a été membre du cabinet du ministre des Finances dans les années 1980-90. Il a participé et présidé diverses commissions ministérielles (restructurations du secteur public, contrats-programmes, privatisations…) Il a aussi été membre du CNJA. Ben Othmane est un spécialiste du droit socialCeux qui connaissent sans doute bien Israël s’accordent à dire que, malgré sa force militaire, sa puissance financière et l’influence de son lobbying, c’est un pays psychologiquement faible. Faible comme le verre, qui par nature dur, tranchant, contondant, n’en demeure pas moins fragile et destructible au premier choc conséquent. Israël est faible parce qu’il a des carences génétiques qui ne peuvent être longtemps occultées. En tout cas, elles n’ont pu être définitivement camouflées (Avi Shalaim, The Iron Wall, 2000).Les élites dirigeantes de ce pays, et particulièrement les convertis au sionisme qui y tiennent le haut du payé, connaissent l’Histoire. A ce sujet, ils ont des titres et ont su en tirer de légendaires profits.Leur défaut est qu’ils entendent moins la Géographie; sa force, sa puissance de mobilisation, les mythes fondateurs qui en sont les ressorts. Toutes les résistances, en effet, puisent leurs sources et leurs dynamiques dans la terre familiale, tribale, ethnique ou aujourd’hui nationale. C’est normal, au fond, qu’ils s’y connaissent peu, parce qu’il n’ont jamais eu de géographie.D’ailleurs, pour ne pas en avoir tenu compte, d’autres avant eux ont été réduits et ont dû, tout au long de l’Histoire, soit plier bagage, être défaits ou se dissoudre dans la Géographie conquise. A moins d’un génocide radical comme celui des Indiens d’Amérique du Nord, c’est le cas de tous les colonialismes, du nazisme en France et ailleurs, des Soviétiques en Afghanistan et, plus significatif encore, de la puissance américaine au Viêt-Nam, en Corée, en Somalie, en Afghanistan et, pire, en Irak. C’est le cas du régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Et pourtant, la puissance militaire et répressive de l’ancien régime de l’Afrique du Sud n’avait rien à envier à celle de l’actuel Israël.Cette méconnaissance des ressorts de la Géographie, qui peuvent parfois surgir à retardement, est une faute parce qu’elle laisse croire au vainqueur du moment qu’il joue seul. Qu’il est seul sur le terrain sans adversaire en face.Il est vrai que, dans de nombreux exemples parmi ceux cités, l’adversaire était au début soit inexistant soit quantité négligeable. Il était donc aisé de lui porter des coups très durs et souvent, au départ, il donnait l’impression d’être totalement anéanti.. La manche finaleL’adversaire, dans ces exemples, a pu, par la suite, se prendre en main, redresser ses erreurs, s’organiser et compter sur lui même. Il a dû changer, et c’est son changement qui lui a permis de remporter la manche finale.Or justement, autour d’Israël, c’est la nature même de l’adversaire qui a changé, et, dans son combat, la référence à la terre et à la Géographie natales et familiales est toujours présente et récurrente. Israël n’a pas réalisé que l’adversaire d’aujourd’hui n’est plus celui de ses pères fondateurs (voir encadré)Les nouveaux combattants veulent, malgré les souffrances, en finir avec l’occupation et les agressions, les crimes de guerre, l’assassinat des femmes et des enfants, la destruction des maisons d’habitation et des plantations… parce que l’occupation est la négation de leur dignité d’hommes et de femmes.Une dignité qu’ils puisent dans le droit et la foi. Ils ont bouclé la boucle, car, d’une part, aucune force ne peut ébranler leur détermination, et, d’autre part, ils ont appris à se préparer pour combattre. Mieux: ils ont lié leur rapport à l’existence à la libération de leur pays et de leur peuple. La première erreur d’Israël a été de sous-estimer cela, de sous-estimer le rapport des nouveaux combattants à leur dignité d’hommes libres.Israël a poussé les Américains à attaquer l’Irak. Aujourd’hui, son rôle dans le déclenchement de cette guerre est prouvé; l’Amérique s’en mord les doigts, et beaucoup disent qu’à terme, cette guerre est préjudiciable aux intérêts des USA et de ses alliés, mais aussi d’Israël dans la région (Seymour Hesh, The New Yorker, The Iran Plans, 17/04/2006)La seconde erreur est d’avoir attaqué et détruit le Liban. Là également, les USA et Israël ne sont pas sortis gagnants malgré leur puissance démesurée. Les Américains, l’échec en Irak et en Afghanistan aidant, s’en trouvent isolés et semblent avoir perdu l’initiative au Moyen-Orient. Israël a été dénudé, et l’échec de la guerre contre des combattants d’un type nouveau semble le placer dans un désarroi profond.Or s’enfoncer et ne pas trouver de solution à ce désarroi sera bel et bien la troisième erreur annoncée d’Israël. Erreur dont les prémices sont identifiables et les conséquences imprévisibles, malgré les fortes tentatives d’écarter la nouvelle résistance, de l’éloigner du champ politique et des centres de pouvoir pour la remplacer par des interlocuteurs accommodants (Reuters, 12/10/2006)Pour Gidéon Levy, la société israélienne «ne cesse  de ressasser l’échec de l’attaque contre le Liban et vit une crise de confiance doublée d’une remise en cause de son identité». Avraham Yehosua parle aussi dans le quotidien Haaretz de «syndrome dépressif et de meurtrissure de narcissique». Le Tsahal sacro-saint, l’armée invincible, est altérée et ternie par les pertes subies et l’incapacité à trouver la parade devant la pluie de Katioucha du Hezbollah, 4.000 en cinq semaines. Cette armée qui protégeait l’Etat n’arrive même plus à protéger ses soldats (ibid). Cela n’était arrivé ni en 1967 durant la guerre des Six-Jours, ni en 1973 lors de la guerre d’Octobre. D’autres parlent de la palpable sinistrose dans un pays qui a «la hantise de sa survie».Les files d’attente devant les ambassades étrangères pour quitter le pays sont interminables. Rechercher la faute et désigner les coupables responsables de cette situation est devenu un sport national. Udi Adam, commandant de la région Nord, est désavoué. Le chef d’état-major Dan Halout est voué aux gémonies par la coterie des officiers supérieurs. Pour contrecarrer, l’armée, de son côté, accable les chefs politiques.Normal, estiment les politiques, il est moins coûteux de sacrifier les élus que son assurance-vie (L’Express du 5/10/2006). Les sondages les renvoient, d’ailleurs, aux abîmes. Le Premier ministre dégringole de 70% à 10%, le syndicaliste ministre de la Défense est irrécupérable avec 3% de confiance .C’est que les coupes budgétaires aussi sont passées par là. La facture de l’attaque contre le Liban s’est chiffrée à cinq milliards d’euros. Il a fallu tailler dans les budgets sociaux d’une population dont le tiers des enfants vivent au dessous du seuil de pauvreté.La charité, devenue indispensable, est assurée par des hommes douteux qui tentent de retrouver une virginité et éventuellement un avenir. C’est le cas d’Arkadi Gaydanak, un Russe des réseaux mafieux déjà sous le coup d’un mandat d’amener international pour trafic d’armes. De quoi secouer les fondements de l’éthique sioniste, et ce d’autant plus que les politiciens accumulent les casseroles.Le chef de l’Etat est accusé de viol et de harcèlement sexuel sur des stagiaires de la Présidence. Le Premier ministre est empêtré dans des affaires de corruption immobilière et de népotisme; le chef d’état-major, dans des délits financiers et boursiers. Pendant ce temps, les agressions contre les Palestiniens ne connaissent pas de limites, et leur légitimité est contestée par une partie de la population et de l’armée. Leur quotidien est une suite sans fin d’assassinats, d’effroyables crimes de guerre contre les civils, d’enlèvements des élus, de destructions injustifiées des maisons et des infrastructures, de pénuries provoquées, de non assistance à personnes en danger de mort… Lutter pour la survie de la nation dans ces conditions devient pour Israël une utopie malsaine. La confiance est affectée, et les repères sont perdus.. Un morceau du mur d’HérodeDans une lettre pathétique qui a reçu un immense écho international, David Grossman plaidait, à la fin de la guerre contre le Liban, la nécessité de protéger les vies mais aussi les âmes: les protéger du mépris de l’autre. En clair, dit- il, apprenez à tenir compte de l’Autre et du nouveau combattant qu’il est devenu. Protégez-vous de la malédiction qui guette ceux qui vivent dans cet espace de tragédie provoqué par l’occupation. Une tragédie longtemps vécue par les seules victimes de l’occupation et à laquelle Israël commence fortement à goûter . Dans une lettre de Vienne de 1930, Sigmund Freud, qui s’y connaît en fragilité psychologique et à qui l’on avait proposé de soutenir la cause sioniste, disait: «Je ne peux éprouver la moindre sympathie pour une piété mal interprétée qui fait d’un morceau du mur d’Hérode une relique nationale et, à cause d’elle, défier les sentiments des habitants du pays». A l’époque, le sionisme l’avait placé secret absolu d’Etat et avait décidé qu’«aucun œil humain ne verra cette lettre» (Le Nouvel Obs, 1er décembre 2004).Or il est loin le temps de relooker des reliques nationales; aujourd’hui Israël a besoin plutôt d’ennemis pour provoquer ses frayeurs et masquer ses fissures. L’Iran, sérieux rival régional, ferait bien l’affaire, après l’Irak et le Hezbollah. On n’a pas fini d’entendre parler de ses velléités nucléaires et plus dérisoire, il y aura toujours un porte-parole autoproclamé pour vendre dans les médias la nouvelle bombe islamique, comme il l’avait fait pour celle du Pakistan. Il oubliera bien entendu les 200 têtes atomiques d’Israël dont une bonne partie a été mise en alerte rouge en 1973.Serait-ce suffisant pour faire revenir en Terre promise l’esprit triomphaliste, l’espoir et stopper les départs massifs de ceux qui ont perdu confiance?Amos Oz, Avraham Yehosua et David Grossman, intellectuels tous nobélisables, ont déjà prononcé leur sentence dans un plaidoyer commun en faveur de la paix avec les pays de la région.Une paix qui ne peut être acceptée sans la décolonisation de tous les territoires occupés depuis 1967, la reconnaissance de l’Etat palestinien souverain et de sa capitale, Jérusalem. C’est l’intérêt de tous ceux qui requièrent cette justice.C’est la seule qui puisse éviter à Israël sa fatale troisième erreur.


Une nouvelle génération de combattants

Face à l’occupation israélienne, la région a connu trois types d’évolution: l’ère des envolées, des discours et aussi des trahisons; celle des opérations ponctuelles et des négociations; et celle, actuelle, de la résistance attachée à la terre et à la foi inébranlable.L’ère des discours et des trahisons correspond à celle des Choukairi, orateurs intarissables et enflammés et des Abdallah de Jordanie qui, tout en annonçant la guerre, négociaient avec l’ennemi.La seconde ère des opérations ponctuelles, des négociations et des parades correspond aux actions des Carlos et autres combattants qui après, chaque opération, avaient besoin de flamber et de se reposer dans des suites cinq-étoiles; c’est aussi l’époque des Arafat qui, tout en parlant de résistance, combattaient, encourageaient l’Intifada et négociaient avec un adversaire  conquérant et arrogant, selon l’expression du président de Gaulle. Il y a eu Madrid, Oslo, Camp David, Charm El Cheikh et ils n’en est rien sorti. Cette deuxième ère préparait, cependant, l’étape actuelle.Les militants et combattants actuels n’ont rien à voir avec les reliquats de la précédente ère qui, encore aujourd’hui, essayent de se maintenir et de se perpétuer au pouvoir au nom d’une légitimité surannée dite arabe, parce qu’un certain sommet avait proclamé que l’OLP était le seul représentant du peuple palestinien. Les combattants actuels en Palestine et au Liban n’ont d’objectif que de libérer leur terre et leur peuple. Hamas comme Hezbollah sont des mouvements démocratiques résistants, et c’est la foi et la démocratie qui leur offrent la légitimité d’organiser la résistance avec cette volonté existentielle d’en finir avec l’occupation.

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