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La semaine de l'ESIGien : Système bancaire: qualifié de "frileux", son avenir est annoncé comme "dur", mais il reste confiant

Par L'Economiste | Edition N°:32 Le 04/06/1992 | Partager

Face à un environnement international en mutation profonde et à la veille de la mise en place d'importantes réformes du secteur bancaire, les journées de réflexion de l'ESIG arrivent à point nommé. Placées sous le haut patronage de Sa Majesté Le Roi, elles ont acceuilli du 28 au 30 Mai des universitaires et praticiens, nationaux et étrangers autour du thème "Pour une nouvelle dynamique du secteur bancaire et financier".
Les points forts et les limites du secteur bancaire et financier marocain ont déjà fait couler beaucoup d'encre. Destiné à répondre à un double besoin, micro-économique exprimé par le besoin de financement et macro-économique lié au développement et à la croissance que ces financements peuvent entretenir, le service bancaire n'a cessé de progresser en fonction de l'évolution de l'utilisateur, avant même que le vent de libéralisation n'ait soufflé sur l'économie nationale. Cette réponse graduée aux besoins de financement des entreprises et des particuliers est cependant restée en deçà des besoins exprimés et la recherche de nouveaux produits bancaires et leur amélioration continue de s'imposer. Et quels que soient les succès que les intervenants ont porté au crédit de notre système bancaire et financier, ses limites n'ont pas manqué d'être également mis en relief. Les conditions d'octroi des prêts bancaires, en termes de coûts, de délais et de garanties, les procédures administratives et la réglementation tatillonne ont affecté, des années durant, notre système bancaire et financier, réduit la marge de manoeuvre du banquier et empêché les entreprises de satisfaire, dans des conditions raisonnables, l'ensemble de leurs besoins de financement.

Et si pendant longtemps le Maroc est resté à l'écart des mutations internationales dans le secteur, en raison justement de sa forte réglementation, de sa protection et de la faiblesse de la concurrence du marché financier, la politique d'ouverture de l'économie nationale, menée d'ailleurs avec succès, depuis le début des années 1980 impose, plus que jamais d'associer le secteur à ce mouvement. Ainsi seulement, espère-t-on, pouvoir l'associer aux importantes mutations monétaires et financières qui secouent le monde, depuis bientôt dix ans. La réforme, "bien plus qu'une mode, est devenue une nécessité" , devait s'écrier un éminent professeur.

L'évolution récente du système bancaire et financier marocain constitue déjà les prémices d'une réforme qui se poursuivra avec l'adoption de nouveaux textes. Depuis 1986 en effet, une série de mesures ont déjà permis une certaine ouverture du secteur à la concurrence intra et extra-bancaire. C'est ainsi que de nouvelles mesures de politique monétaire ont permis le désencadrement du crédit, l'assouplissement des emplois bancaires et la libéralisation des taux d'intérêt.
C'est cette réforme qui sera poursuivie dans plusieurs directions. Le projet de nouvelle loi bancaire, la convertibilité du Dirham, la création prochaine de Sociétés d'Investissement à Capital Variable (SICAV) et d'Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilière (OPCVM), la réforme de la bourse, la réforme comptable sont les principaux changements que le secteur va connaître très prochainement.

Banquier: commerçant ou fonctionnaire

Le projet de la nouvelle loi bancaire, vise selon le Directeur-Adjoint du Trésor, entre autres, la consolidation de la concertation et de la transparence et le renforcement de la protection de la clientèle. Interrogé, en sa qualité de spécialiste des réformes bancaires comparées, M. D. Chaput a indiqué que le projet de réforme marocain cadre avec le mouvement international de décentralisation et de libéralisation de l'économie qui prévaut depuis une dizaine d'années dans des douzaines de pays d'Asie, d'Amérique Latine et même d'Afrique. Il estime cependant que, même si la protection de l'épargnant est un souci louable pour tout gouvernement, il risque de revêtir un caractère négatif si cette garantie doit être accordée au détriment des règles d'une gestion saine.

L'intervention de la banque est liée à sa capacité à analyser le risque. Même le Trésor reproche à notre système bancaire d'être "un peu frileux", mais il s'empresse d'ajouter que si la banque n'est qu'un intermédiaire, elle doit veiller à la récupération des fonds de ses déposants, qu'elle prête. Lorsque la majorité de ces fonds sont administrés de façon réglementaire et lorsque les besoins de financement de l'économie ne sont pas tous satisfaits, le banquier perd "sa qualité première de commerçant" et devient un "fonctionnaire", exécutant les instructions du Ministre des Finances. Du coup la banque n'est plus encline à mesurer le risque. Elle se contente d'exiger des garanties réelles.

Or la production de crédits bancaires sur la base de garanties tangibles favorise les entreprises et les particuliers qui possèdent ces garanties et perpétue l'inégalité de la richesse. L'objet de toute réforme doit donc viser à stimuler la concurrence à l'intérieur comme à l'extérieur du système. A l'intérieur, elle doit viser à élargir les moyens des banques en matière de crédits pour leur permettre de produire des crédits sur d'autres bases que celles des garanties réelles. A l'extérieur en favorisant la production et le recours à des crédits hors banque. Or, si notre projet de nouvelle loi bancaire a prévu le premier objectif, il reste relativement silencieux en ce qui concerne le second, se contentant des seuls marchés des billets de trésorerie et d'adjudication des bons du Trésor, déjà mis en place et de la création prochaine des SICAV et des OPCVM.

Exode des épargnants

Le succès des banques, dans les pays financièrement avancés vient, ces dernières années, beaucoup plus de la concurrence externe qui a conduit une vraie désintermédiation financière. D'origine américaine, ce phénomène se développe de plus en plus dans les pays occidentaux. Il touche la banque en amont et en aval, pour des raisons de rentabilité uniquement, tant il réduit les coûts des financements. En amont, le phénomène se traduit par un exode des épargnants des placements bancaires au profit des placements en valeurs mobilières. En aval, il s'agit d'un exode des entreprises des financements bancaires au profit des financements directs. Imposé au départ par la clientèle, ce phénomène se trouve renforcé, ces dernières années, par les banques elles-mêmes qui trouvent là des opportunités de commissionnement encouragées en cela par l'obligation que les pouvoirs monétaires leur imposent, de respecter un rapport entre leurs emplois et leurs fonds propres; le ratio Cooke.

Lorsque celui-ci sera appliqué au Maroc, dès le début de l'année prochaine, il imposera à la banque marocaine de détenir des fonds propres équivalents à 8% de ses emplois. Pour multiplier ses emplois, la banque devra recourir à ceux qui consomment le moins de fonds propres. Certaines formes de financement, pratiquées aujourd'hui outre-mer dans le cadre de cette désintermédiation, ne consomment pratiquement plus de fonds propres. La banque se contente en effet de jouer un simple rôle d'intermédiaire, dans le vrai sens du terme, en vendant des prêts qui ne sont pas consentis directement par elle et en se contentant d'une simple commission. Ce genre de financement constitue un des principaux rôles de l'ingénierie financière que M. Hirigoyen a développé dans un excellent exposé au cours de ces journées.

Capacité d'adaptation

L'avenir s'annonce dur pour nos banques. Dur sur le plan des techniques mais aussi et surtout dur sur le plan des pratiques et de la concurrence. Les textes aujourd'hui en chantier annoncent en effet une concurrence accrue sur le plan intérieur avec la réforme de la bourse des valeurs et la création de nouvelles formes d'épargne. La mise en place de la place off-shore de Tanger et la convertibilité prochaine du Dirham annoncent également une certaine forme de concurrence extérieure. Il se passe que toutes ces réformes arrivent en même temps alors qu'elles ont été largement progressives dans d'autres pays. Elles ont toutes fait l'objet d'exposés, le plus souvent par leurs propres promoteurs, et de débats très fructueux aux cours de ces journées. Nos praticiens sont cependant confiants. Notre système bancaire et financier a bien souvent donné satisfaction.

Il s'est même développé vers le Nord, en accompagnant principalement les résidents marocains à l'étranger, et vers le Sud en nouant des relations de coopération et de partenariat très étroites avec tout aussi bien adoptées, et souvent même adaptées, les techniques les plus modernes de banque, devançant parfois certains pays européens et allant même jusqu'à exporter ses propres techniques vers des pays à la tradition bancaire bien enracinée tels que la France ou le Portugal. Que ce soit en matière de leasing, de crédits à la consommation, de la communication, de la formation ou de l'informatisation, force est de constater l'unanimité des intervenants sur la capacité d'assimilation et d'adaptation du système bancaire et financier national. "Je crois en la capacité d'adaptation des acteurs économiques marocains quels que soient leurs fonctions et/ou leur rôle, surtout quand l'environnement international nous marque la cadence", devait notamment conclure M. Mustapha Moussaoui, Directeur Central de l'Exploitation au Crédit du Maroc. L'optimisme aura ainsi été le dénominateur commun de tous les intervenants et de plusieurs assistants. Optimisme mais réalisme. Le Maroc ne peut en effet rester à l'écart des profondes mutations qui secouent le monde.

Mohamed MELIANI

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