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Enquête

La rude ascension des femmes vers la direction générale

Par L'Economiste | Edition N°:457 Le 05/03/1999 | Partager

Shere Hite (Financial Times)

Shere Hite, féministe invétérée, a mené une enquête parmi les chefs d'entreprise pour recueillir leurs opinions sur le rôle de la femme dans l'entreprise du 21ème siècle. Comment les cadres d'entreprise doivent-ils se comporter dans leur vie privée? Est-ce qu'un homme doit être un "parfait membre de la famille"? Est-ce que les femmes auront un accès facile aux postes de direction?


Les dirigeants, surtout ceux qui ont des filles, évoquent le sort des femmes dans l'entreprise avec un sentiment d'inquiétude, voire de culpabilité, concernant les perspectives d'avenir pour les femmes, étant donné que celles-ci ne bénéficient toujours pas des mêmes avantages que leurs collègues de sexe masculin.
Plusieurs responsables ont souligné que les femmes doivent avoir plus de chances de promotion. L'un d'eux a déclaré: "Soyez tranquille, nous engageons de plus en plus de jeunes femmes aujourd'hui, elles seront promues plus tard". Mais ces dirigeants d'entreprises peuvent s'entourer de femmes qualifiées sans pour autant leur permettre de franchir le pas vers la direction générale. Dans les entreprises japonaises, les femmes se marient vers l'âge de trente ans et quittent généralement leur poste pour laisser la domination mâle totalement intacte.
Certains directeurs essaient de promouvoir le changement. Mais leurs solutions risquent de ne pas aboutir, sans une réelle compréhension des facteurs qui bloquent l'ascension des femmes vers des postes de responsabilité. L'on prétend souvent que les femmes "paient inévitablement le prix" d'avoir des enfants avec l'obligation de s'occuper d'eux.

Les femmes peuvent, elles mêmes, manquer d'entrain pour une carrière à la direction générale. Il faudrait alors qu'elles réfléchissent à d'autres formes de travail plus flexibles, avec une possibilité d'interruption de carrière, de partage des tâches et d'autres options, favorisant l'épanouissement du personnel féminin au sein de l'entreprise.
Les réflexions et les expériences des chefs d'entreprise peuvent donner un cocktail d'idées pour améliorer le vécu des hommes et des femmes dans le travail et dans la vie et ériger une nouvelle culture d'entreprise.
Les chefs d'entreprise tentent aujourd'hui de résoudre deux questions extrêmement délicates.

Il s'agit de réussir l'intégration des femmes dans les hautes sphères de l'entreprise, sans froisser l'élite masculine et définir les frontières de la liberté personnelle pour un dirigeant de sexe masculin.
Ces deux défis sont étroitement liés. Tout chef d'entreprise peut être confronté au dilemme suivant: doit-il nommer une femme à un poste de responsabilité? Si c'est le cas, il risque de donner libre cours aux commérages et aux controverses; s'il ne le fait pas, il est confronté à sa propre conscience, sachant qu'il avait refusé une promotion à une collègue compétente juste pour éviter les tracasseries.
Notre éducation ne nous prépare pas à envisager des liens d'amitié avec le sexe opposé. Nous nous sommes habitués à des relations familiales de type: père/fille, mère/enfant, mari/femme ou amant ou éventuellement frère/soeur. Il est donc difficile pour les hommes et les femmes de travailler ensemble dans ces conditions.
L'accès des femmes au monde du travail soulève souvent des commentaires sur l'impossibilité de nouer des liens de simple amitié entre hommes et femmes et sur l'attrait sexuel entre eux.
Certains chefs d'entreprise soutiennent que "la vie privée est indépendante du travail. Peu importe ce que font nos employés en dehors de leurs bureaux". Mais ce n'est plus le cas, les responsables d'entreprises sont en train de revoir leurs attitudes. L'un d'eux affirme que "les attitudes doivent changer en vue de tirer le meilleur parti des compétences sur le marché".

Aujourd'hui, la révolution des moeurs permet aux individus de divorcer, d'être célibataires et d'avoir un rapport d'égalité en couple. Les femmes luttent pour plus d'égalité et de justice au travail et dans le couple. Les hommes, quant à eux, souhaitent avoir plus de choix dans leur vie personnelle.
La sagesse conventionnelle suggère que ce système moderne et laïque des valeurs (avec le droit de divorce, la contraception) est "moins moral" que les "valeurs traditionnelles de la famille". Mais ce n'est pas le cas, il semble bien que les gens soient en train de développer un système de valeurs personnelles.
Les multinationales sont en passe de dominer non seulement le monde du travail, mais aussi notre système de valeurs, érigé depuis des siècles et basé, d'abord, sur des concepts, puis sur des réalités politiques. Elles sont semblables aux corps non élus ou aux fiefs réservés: devenez membre de ces organismes et vous bénéficierez d'une assurance-maladie, d'une retraite et d'un statut social. Les valeurs véhiculées par ces multinationales sont décisives pour le développement de la société, que ce soit vers un modèle fondé sur des principes religieux (les femmes au foyer et les hommes vaquant sérieusement à leurs occupations) ou vers un modèle basé sur les valeurs modernes de l'égalité et des droits de l'Homme.
Ce n'est que vers la fin du 20ème siècle que la question de la différence entre le statut des hommes et celui des femmes a été abordée. Avec la révolution actuelle des moeurs, la vie privée n'a fait qu'un bond du lit au bureau.
Les hommes et les femmes ont toujours été insatisfaits de leur vie personnelle. Le sexe fort cultivait un sentiment de culpabilité vis-à-vis du sexe faible. La gent masculine n'a pourtant rien à se reprocher; les conditions actuelles sont le résultat de tout un système moral et social. Si les changements prennent la bonne direction, nous nous acheminerons vers plus de moralité et d'intégrité dans la vie privée. Nombre de problèmes relationnels, entre les deux sexes, dans la vie personnelle et professionnelle seront ainsi résolus définitivement.
Les femmes ont bouleversé les rôles au sein de la cellule familiale. Les hommes traversent également une période de métamorphose; ils envisagent leur vie différemment des hommes au cours des années 50 ou 60. La vie des chefs d'entreprise obéissait au modèle de l'homme marié avec des enfants et une femme au foyer qui prend soin de la famille. Mais les temps ont changé et le monde des affaires reflète de plus en plus ces mutations sociales.


Changement de mentalités

Voilà à peine quelques années, un cadre supérieur, en route pour une quelconque réunion d'affaires, pouvait lire pour tromper son ennui un article, dans la presse à sensation, sur les frasques de Madonna. Il était peu probable qu'il se sente concerné par ces histoires: "Ah! ces artistes et leurs fantaisies!", aurait-il pu penser. Aujourd'hui, la même personne peut lire à la Une d'un journal: Un intermède amoureux avec une stagiaire à la Maison Blanche risque de provoquer la destitution du Président des Etats-Unis; ceci donne matière à réflexion. Que se passerait-il si ces règles de conduite sont appliquées sur les dirigeants de grandes compagnies? Rassurez-vous, les règles de conduite pour les personnes haut placées sont en train de changer. Le nombre croissant de personnes seules (près de la moitié de la population occidentale est formée de célibataires) et l'augmentation des taux de divorce indique que les structures traditionnelles de la famille ne sont plus prisées.


Vers une nouvelle définition de la famille


Interrogé sur "les valeurs familiales", Jean-Jacques Gauer, PDG de la firme Leading Hotels of the World, a rétorqué: "Que signifie exactement l'expression: "valeurs familiales"? Pour la plupart des cadres supérieurs d'aujourd'hui, il existe deux familles: la famille professionnelle et la famille privée, un homme d'affaires ne passe avec sa famille qu'une heure le matin, quand il est de mauvaise humeur et une heure à son retour du boulot, crevé après une journée bien remplie", ajoutant que "l'intérêt récent pour les "valeurs familiales" serait positif, s'il favorisait les rapports humains, c'est-à-dire le fait de s'occuper les uns des autres, de penser au bien-être de son prochain, sans suivre le modèle traditionnel de la famille: "père/mère/enfants"; après tout, deux bons amis peuvent former une famille."

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