×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Affaires

La réforme d'El Malki se heurte au mur des académies

Par L'Economiste | Edition N°:1712 Le 25/02/2004 | Partager

. Dotées de nouvelles prérogatives, elles manquent d'outils de travail. La pauvreté, principal frein de la réforme . Déperditions scolaires, internats, cantines, bourses…Le visiteur d'Azilal sera surpris par le nombre important des cireurs. Ce sont des écoliers qui, quand ils n'ont pas cours, aident leur famille et se font des économies pour se procurer les livres scolaires. Contrairement à ce que l'on peut penser, les cireurs-écoliers ne sont pas habillés en guenilles sales avec du noir sur le visage. Ils sont propres, ne harcèlent pas les gens et arborent une allure fière. Celle qu'on reconnaît chez les habitants de la montagne. El Houcine est en sixième année. Il affirme n'avoir jamais redoublé. Pour lui, le remue-ménage que la visite du ministre de l'Education nationale provoque dans sa ville ressemble à une grève. El Houcine et plusieurs de ses camarades de classe se sont pourtant réjouis de cet arrivage de “touristes” qui leur permettra de gagner quelques dirhams de plus que les autres jours. Ces écoliers ne savent peut-être pas qu'ils sont le centre des discussions qui ont eu lieu, la semaine dernière, dans la préfecture d'Azilal entre élus, corps enseignant, représentants des différentes associations agissant dans le domaine de l'éducation et le ministre. A travers les fenêtres de la salle, la beauté reposante des montagnes d'Azilal ne connaît pas la tension qui hante les débats. Quelques points ocre se détachent dans cette immensité qui débouche sur les crêtes enneigées du Moyen Atlas. Ce sont les classes des régions rurales disséminées dans la montagne. Les élèves doivent mettre des heures pour y arriver. En hiver, il fait tellement froid que les écoliers peinent à tenir le stylo pour écrire, tellement leurs doigts sont engourdis. Le représentant des associations de parents d'élèves d'Azilal a déploré que le bois nécessaire au chauffage des classes arrive toujours en retard. Mis cela changera-t-il?Que ce soit à Beni Mellal, Azilal, Marrakech ou Essaouira, principales villes visitées par El Malki lors de son dernier périple dans la région (1), la pauvreté est le handicap majeur pour une réelle mise en oeuvre de la réforme de l'Education. Abstraction faite des particularités de chaque zone, les problèmes se ressemblent: taux de déperdition élevé, internats et cantines scolaires insuffisants, retard dans l'arrivée des livres scolaires, situation difficile des enseignants, peu de bourses et des moyens didactiques qui restent en deçà des besoins évolutifs des étudiants. Les académies régionales qui sont depuis une année effectivement confrontées à ces carences se trouvent devant une lourde responsabilité. Les directeurs de ces établissements viennent d'être installés. Difficile pour eux de cerner en quelques mois les difficultés de leur région en matière d'éducation. «Les préparatifs des conseils d'administration nous avaient valu des nuits blanches», confie un responsable à l'Académie de Tadla-Azilal. Les budgets de fonctionnement comme les plans de travail pour l'année 2004 n'ont pas été exempts de couacs. En annonçant les 6,73 millions de DH qui représentent, selon Khalid Choulli, directeur de l'Académie de Tadla-Azilal le budget de la craie dans sa région, ce dernier n'avait pas idée que le chiffre était exagéré. Après concertation avec ses collaborateurs, le directeur conviendra avoir commis une erreur. Apprentissage des proportions…. Disparité Sud-Nord? Les fausses notes des académies viennent de leur manque d'expérience. Avant la réforme, leur marge de manœuvre ne dépassait guère la gestion des examens. Les délégations de l'Education nationale avaient alors un réel pouvoir et une vraie connaissance du terrain. Que ce soit à Beni Mellal ou à Marrakech, l'édifice de la délégation de l'Education est mieux loti que celui de l'académie. La vétusté des bureaux et les murs défraîchis traduisent mal l'importance donnée aujourd'hui à ces établissements publics. Tel n'est pas le cas par exemple des académies des provinces du Sud. A Laâyoune ou Dakhla(2), elles sont architecturalement belles et les bureaux flambant neufs. Le cadre de travail des responsables aux Académies de Beni Mellal et de Marrakech n'est pas aussi encourageant que celui de leurs confrères du Sud. Pis, la réforme au Sud semble avoir une longueur d'avance sur celle des autres régions. Même les budgets de fonctionnement augmentent pour les académies du sud contrairement à celles d'autres régions du Maroc. Le directeur de l'Académie de Tadla-Azilal justifie la baisse de son budget par “la nouvelle contrainte de rationalisation des dépenses des académies”. Et d'ajouter qu'il s'agit d'“un redéploiement financier qui in fine bénéficiera à la bonne application de la réforme”. Disparité? El Malki n'a pas de commentaire sur ce point. Il affirme seulement que le rythme de modernisation des 16 académies que compte le Maroc se maintiendra. Au delà de ce qui pourrait s'apparenter à «une disparité Sud-Nord», des coupures sont manifestes entre les villes. Elles sont palpables dans le degré d'engagement des populations et associations locales. A Beni Mellal, les revendications sont bien ciblées, à Azilal, les mêmes sont inhibées. Tandis qu'à Marrakech, le désintérêt prend des allures de désordre contrairement à Essaouira où les élèves se sont adressés à El Malki avec une consistance meilleure que celle des élus locaux. Parlant au ministre, une élève d'Essaouira a souligné qu'il est «honteux» qu'au XXIe siècle, son école ne dispose pas encore de salle multimédia. Difficile de contester la légitimité d'une telle revendication quoique les besoins en éducation à Mogador viennent, selon un élu, en troisième position après la route et l'eau potable. Plusieurs écoles dans la ville et périphéries sont dans un état de délabrement avancé. Surtout à Tamanart et Tafettacht, périphérie rurale de la ville. D'autres ont fermé leur porte. «Une dizaine», selon un intervenant à la réunion présidée par le ministre. Les livres scolaires arrivent très en retard et les bourses sont insuffisantes pour satisfaire la plupart des étudiants dont la situation matérielle est très précaire. Pourtant, le niveau des élèves est ici réputé être honorable. Certains l'expliquent par l'abnégation des enseignants et le sérieux des associations locales. . Désordre à MarrakechUne assistance désabusée, pour ne pas dire désintéressée. Le Conseil administratif de l'Académie de Marrakech-Tensift-El Haouz tenu le mercredi 18 février 2004, s'est déroulé dans une ambiance à la limite du sérieux, (voir encadré). Pourtant à Marrakech les attentes en matière d'éducation sont, de l'avis général, plus pressantes qu'ailleurs. A Chichaoua par exemple, 80 kilomètres de Marrakech, les 500 “enseignants occasionnels” représentent un quart du total recensé dans tout le Maroc. Les grèves qu'ils tiennent régulièrement préoccupent le ministre. Elles ont été préjudiciables aux élèves dont la scolarité dépend beaucoup de ces soldats de l'ombre qui persévèrent dans l'espoir de voir un jour leur situation régularisée. Alors que El Malki insiste sur les vertus de l'indépendance des académies dans la gestion régionale de l'éducation, celles-ci semblent prises dans l'engrenage de difficultés bien réelles. «Moderniser les académies n'est pas acquis tant que les enseignants renvoient toujours une image pas très fameuse de ce qui se fait sur le terrain», souligne un professeur occasionnel d'Imintanout. A mi-chemin de la pleine application de la charte de l'Education qui fait de la régionalisation son cheval de bataille, les nouveaux directeurs des académies en sont toujours au stade d'assimilation de leurs nouvelles prérogatives. Le ministre était pourtant clair: «Nous voulons faire des académies une nouvelle génération d'établissements publics». Un idéal qui butte sur des exigences énormes dont la rationalisation des budgets qui n'augmentent pas. L'Education nationale avec ses 300.000 employés est budgétivore. Presque un quart du budget global de l'Etat y est affecté. . Réalité et optimisme Les recommandations qui ont été soumises au Conseil de l'Académie de Marrakech-Tensift-El Haouz en tiennent compte. Une commission issue du Conseil devrait se pencher prochainement sur la mise en place d'un système de partenariat local et régional mais aussi avec les ONG internationales. Une autre recommandation ayant trait au volet financier insiste cette fois-ci sur un usage optimal de l'eau, l'électricité et le téléphone dans les établissements scolaires. Ces trois éléments consomment un tiers du budget de l'Académie de Tadla-Azilal (cf. L'Economiste de mercredi 18 février). Dans les régions semi-rurales, l'usage des énergies alternatives comme le solaire, a été vivement conseillé. La vision «futuriste» et l'optimisme affiché du ministre s'affaissent néanmoins devant le gouffre qui sépare la réalité à Marrakech et régions de l'objectif escompté à l'horizon de 2009, date de la fin de la réforme. Dans son intervention, le maire de Marrakech, Omar Jazouli, n'a pas ménagé ses critiques. “Le préscolaire connaît une grave dégradation. Les établissements du primaire sont vétustes. Nous en manquerons pour la prochaine rentrée scolaire. Surtout à Lemhamid». Jazouli a par ailleurs demandé que le ministère s'intéresse à la formation des employés dans l'hôtellerie. Dans la ville de Marrakech, 33 hôtels seront construits avant 2010. Le premier sera prêt à fin juin 2005. Cette proposition s'inspire de l'esprit même de la régionalisation prônée dans la gestion locale des besoins en éducation, souligne le maire. Quant à Charif Rafiki, délégué du secrétariat d'Etat à la Famille et la solidarité, il a attiré l'attention du directeur de l'Académie sur la nécessité d'intégration des élèves handicapés dans la carte scolaire. Sur ce registre, la secrétaire générale de l'Union des handicapés de la région de Marrakech-Tensift-El Haouz, El Machfoû Hayat a estimé que les “besoins spécifiques de l'élève handicapé sont relégués au second plan. Il est vrai que les accessibilités et les moyens didactiques qui doivent être voués à ces élèves font gravement défaut dans les établissements scolaires dans la région mais aussi ailleurs. Un intervenant au Conseil tenu à Marrakech a déploré l'absence d'allocations destinées aux accessibilités dans le budget des académies. Des besoins immenses, divers, éparpillés… une expérience courte, les académies vont être le lieu géographique des tensions de la réforme.


Marrakech: Le buffet d'abord!

Ce responsable d'ONG est gêné, très gêné: «C'est toujours comme ça Marrakech», affirme-t-il.Le ministre, lui, cherche quelques phrases bien senties mais avec assez d'humour pour que cela ne soit pas vexant: «On peut travailler en mangeant», dit-il. Mais cela n'a rien changé.Oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, les participants n'arrêtaient pas d'aller et venir entre la salle de réunion et… le buffet. Ils voulaient être les premiers servis et pas question d'en laisser perdre une miette! Ce qui fait qu'ils ont bien mangé, certes, mais pas beaucoup travaillé.Il y avait toujours une dizaine de personnes, debout, en train d'aller se servir ou qui revenaient avec leur assiette pleine. Naturellement, elles dérangeaient les autres en passant et en bavardant, ces autres qui, à leur tour, se levaient, puis sortaient pour aller se servir… et revenir bruyamment.Pendant ce temps, dans la salle du COS prêtée par l'ONE, les discours enchaînaient louange sur louange à l'endroit du ministre qui n'en demandait pas tant. En fait ce buffet un peu trop tentant a écrasé les rares critiques qu'il aurait pourtant fallu dire: les conseils d'académies ne sont-ils pas faits pour cela, précisément?


Mise à niveau

Depuis leur création en 1987, les académies avaient été vouées à l'organisation des examens et le suivi de la bonne application des programmes. Mais depuis l'entrée en vigueur effective de la réforme de l'Education nationale en 2003, les académies ont eu peu de temps pour se mettre à niveau. L'Académie de Tadla-Azilal a repris en deux points les carences et écueils qui se mettent au travers d'un bon exercice des nouvelles prérogatives. D'abord le manque de cadres qualifiés dans le domaine de la gestion financière, des ressources humaines et de l'informatique. Viennent ensuite des outils de travail indispensables comme les équipements de bureau qui font toujours défaut aux académies.


Le bac pour 3% des enfants!

Le président du Conseil provincial d'El Haouz, Mohamed Ahram, a été incisif en décrivant les écoles de sa région qui manquent souvent du mur de clôture. «Les bêtes et les chiens errants ont accès à l'école», dit-il. Le délabrement avancé des établissements combiné au manque d'enseignants font qu'à El Haouz, 2.700 élèves seulement arrivent au bac parmi 93.081 qui entrent à l'école dans la région: moins de 37% des scolarisés deviendront bacheliers!. La zone compte 2.063 classes pour le primaire, 175 pour le secondaire et seulement 51 classes pour le lycée. Ces chiffres semblent vouloir consacrer un taux de réussite maigre qui renvoie une image difforme de la modernisation tant espérée du système éducatif. Quant à la qualité de l'enseignement, qui figure en haut de la liste des nouveaux piliers de la réforme, elle semble être un objectif lointain.


Occasionnels: Pas de vacances, pas de soins, pas de retraite

Les «enseignants occasionnels» ont chamboulé le programme de la tournée du ministre de l'Education nationale, Habib El Malki (du 16 au 21 février 2004) dans les régions de Tadla-Azilal et Marrakech-Tansift-El Haouz. Ces «enseignants occasionnels» ne sont pas des occasionnels de l'enseignement. Ceux qui sont affectés dans les régions rurales ont souvent un plein temps tout à fait normal, plusieurs mois de suite. Ils remplacent les professeurs malades ou les enseignantes en congés de maternité. On sait que les enseignantes, au Maroc comme ailleurs, sont les championnes du planning des naissances… en septembre!Les enseignants occasionnels travaillent sous contrat, et n'ont donc pas les avantages liés au statut des enseignants, en particulier être payés pendant les vacances scolaires et avoir droit à la mutuelle de l'enseignement pour les soins et leur retraite. L'enseignant occasionnel est recruté avec moins de diplômes que le professeur ou l'instituteur à plein temps. En réalité, l'occasionnel peut avoir une expérience plus importante que bien des enseignants statutaires.Logique donc que ces enseignants occasionnels protestent.Personne ne sait pourquoi mais dans la région de Chichaoua, ils sont 500, soit 18% du total de tous les «occasionnels de l'enseignement». Cela fait d'eux des interlocuteurs importants. Ils l'ont montré par exemple lors de la réunion du jeudi 19 février à Imintanout, située à quelque 30 kilomètres de Chichaoua. Trois représentants des membres du Secrétariat national des occasionnels y ont pris part. El Malki a annoncé que le dossier des occasionnels se gère désormais au niveau de la Primature: c'est toujours la même chose, quand un dossier est compliqué, il remonte chez le Premier ministre… manière de dépasser les contraintes procédurales pour accélérer le dénouement du problème. Des formules d'intégration exceptionnelles seront adoptées dans ce domaine pour une intégration progressive de tous les occasionnels d'ici une année et demie. El Malki a donné rendez-vous dans un mois pour communiquer les dispositions finales adoptées dans ce sens. Mais cela ressemble fort à des promesses creuses: le gouvernement n'a pas les moyens…On ne sait pas très bien quel est le profil des occasionnels. Plus exactement, les données du ministère sont contestées par les occasionnels eux-mêmes, qui disent que «ces chiffres sont dépassés». Toujours est-il que dans les tablettes du ministère, 1.730 occasionnels ont un DEUG ou plus et 438 ont un bac ou un diplôme inférieur. Personne n'a été capable d'expliquer comment il se faisait que des enseignants exercent encore avec moin qu'un bac en poche. Mostafa BENTAK(1) Il s'agit de la visite d'El Malki aux académies de Tadla-Azilal et de Marrakech-Tensift-El Haouz qui a eu lieu entre le 16 et le 20 février 2004. (2) El Malki avait commencé par la visite de trois académies des provinces du sud entre le 15 et le 21 décembre 2003.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc