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La nouvelle forme de l'économie globale

Par L'Economiste | Edition N°:655 Le 08/12/1999 | Partager

· La nouvelle économie globale connaîtra-t-elle le même sort que celle qui l'a précédée, avec l'éclipse du multilatéralisme et l'émergence du nouveau régionalisme?
· L'envergure de la technologie moderne, le nombre croissant des alliances stratégiques et l'intégration globale via les technologies de l'information laissent entendre le contraire
· L'économie en réseau a créé une asymétrie entre les systèmes politiques et l'économie post-moderne


L'avenir de l'économie mondiale est difficile à prédire à l'aube du 21ème siècle. D'un côté, les activités de commerce et d'investissement prolifèrent plus rapidement que la production mondiale, et l'économie internationale paraît plus que jamais intégrée. De l'autre, le multilatéralisme est constamment menacé et le nouveau régionalisme sévit vigoureusement dans les continents américain, européen et asiatique.
Face aux nombreuses difficultés associées au dernier accord du GATT (tenu à Marrakech en 1994) et à la naissance de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l'avènement d'une économie internationale libérale était incontournable.
Mais vers quel sens allons-nous? Sommes-nous en train d'assister à l'émergence d'une économie mondiale parfaitement intégrée, caractéristique du 21ème siècle ou s'agit-il des dernières lacunes d'une seconde économie globale qui risque à tout moment de sombrer à cause de la prolifération du régionalisme et du protectionnisme, comme ce qui est arrivé lors de la grande dépression?
Les flux des activités de commerce international et d'investissement vers la fin du 19ème siècle et le début du 20ème étaient trop importants. D'après Alan Blinder, ex-vice président de la US Federal Reserve, pour regagner les niveaux d'intégration internationale acquis durant la première économie globale, il a fallu consacrer une grande partie de la période d'après-guerre.

La belle époque


L'époque entre 1870 et 1914 fût qualifiée de "golden age" (ou belle époque) puisqu'elle était marquée par la naissance d'une économie libérale internationale intégrée. Il est donc tout à fait raisonnable de se demander si l'économie mondiale actuelle est véritablement différente de celle de la belle époque.
L'économie mondiale s'est bien épanouie au cours du siècle dernier. Les marchés nationaux sont plus larges et les transactions internationales plus intenses. Mais le plus important, c'est que le mode organisationnel prédominant n'est plus axé sur les activités de commerce et d'investissement, mais sur la globalisation.
Vers le début des années 90, quelque 37.000 entreprises transnationales totalisant un chiffre d'affaires de 5.500 milliards de Dollars ont contrôlé près du tiers des biens du secteur privé à travers le monde.
Ce qui nous amène à poser la question suivante: "La globalisation est-elle réellement substantielle ou s'agit-il tout simplement d'un jargon qui décrit une économie orientée vers la globalité.
La réponse à cette question revêt une importance particulière. La première économie mondiale s'est effondrée au cours des années 30 avec la formation des blocs régionaux compétitifs. Mais qu'en est-il pour la seconde? Connaîtra-t-elle le même sort avec l'éclipse du multilatéralisme et l'émergence du nouveau régionalisme?
Probablement pas, puisqu'il existe trois phénomènes distincts qui différencient l'économie mondiale émergeante du 21ème siècle de ses prédécesseurs.
- D'abord, eu égard au développement continu des nouvelles technologies et à leur impact sur les coûts, le risque et la complexité, les plus grands marchés nationaux sont devenus trop minuscules pour constituer des unités économiques d'envergure.
- Ensuite, la croissance explosive des alliances stratégiques transnationales a engendré un changement fondamental dans le mode organisationnel des transactions internationales: les multinationales ont été suppléées par des réseaux internationaux.
- Enfin, l'économie globale émergeante s'est intégrée via des systèmes d'information, mais pas des régimes hiérarchiques. Résultat: une économie mondiale qui opère en réseau, où les marchés nationaux deviennent insignifiants et les considérations géographiques ne sont plus à la base des activités économiques.

Coûts élevés, risque et complexité


Dans les industries pharmaceutique, informatique et de télécommunications, les coûts des activités de R&D augmentent très vite, alors que les cycles de vie des produits diminuent. Les entreprises ont donc besoin de s'étendre à l'échelle internationale pour pouvoir assumer les coûts du développement technologique. De plus, l'internationalisation ne doit pas concerner une seule entreprise mais plusieurs.
A l'instar du coût et du risque technologiques, la complexité revêt également une importance capitale -Il est nécessaire de développer une grande variété de technologies pour rester compétitif. Au fur et à mesure que les entreprises ressentaient le besoin de recueillir des informations pour survivre, la formation des alliances transnationales devenait inévitable. Bien qu'il soit difficile de connaître le nombre exact des alliances internationales, il est tout de même sûr qu'il s'est bien amplifié au cours de la dernière décennie.
Résultat: A l'échelle nationale, l'indépendance technologique est difficile, voire impossible à atteindre avec toutes les mutations. Alors qu'à l'échelle internationale, la taille et la complexité des technologies dans divers secteurs ont favorisé la coopération internationale et la fusion transnationale des marchés.

Prolifération des alliances stratégiques


L'accroissement rapide des alliances internationales a créé un revirement stratégique dans le mode organisationnel des activités économiques. Vers la fin du 19ème siècle, la quasi-totalité des transactions économiques internationales s'effectuaient grâce aux activités de commerce et d'investissement. Mais à la fin du 20ème siècle, les multinationales ont reconduit le marché vers le mode organisationnel initial de l'économie mondiale.
Les transactions économiques furent assimilées en interne et les activités de commerce et d'investissement se sont vu intégrées dans la hiérarchie administrative et organisationnelle de l'entreprise. D'où la naissance de l'investissement direct et du commerce "intra-entreprise".
Les alliances se présentent aussi comme un changement fondamental au niveau des transactions internationales -les hiérarchies ont été substituées par les réseaux, la production en série par la production flexible, l'intégration verticale par les réseaux horizontaux des unités économiques, les entreprises "Fordistes"(1) par "les post-Fordistes".

Modes d'interaction


Les réseaux reflètent une forme d'organisation économique de marchés et de hiérarchies très différente. Ce sont des modes d'interaction économique basés sur les relations de réciprocité et de confiance. Avec leur multiplication, certains concepts ont perdu de leur valeur: (centre défini, frontières bien tracées, etc).
Il serait donc plus subtil de concevoir l'économie mondiale comme une toile complexe de relations plutôt qu'une série de rapports dyadiques ou triadiques. Une multinationale peut être impliquée dans des centaines de relations associant certains de ses départements (unité de production ou laboratoire de recherches) à ceux des autres entreprises. Selon Peter Dickens, les réseaux mondiaux sont essentiellement multilatéraux et polygames.
La désintégration des entreprises intégrées verticalement et leur réintégration au moyen du réseau est désormais possible grâce aux technologies modernes d'information. Les différents maillons du réseau -unités de production, laboratoires de recherche et autres...- sont liés par des ordinateurs et des satellites. L'économie globale émergeante se définit surtout en termes de réseaux électroniques.

Asymétrie entre les unités économiques et politiques


Or, cette nouvelle forme d'économie a créé une asymétrie entre les systèmes politiques modernes et l'économie globale post-moderne basée sur la taille des marchés et le mode organisationnel. Comme nous l'avons précédemment noté, dans la plupart des secteurs stratégiques, les marchés nationaux ne parviennent plus à supporter les coûts des activités compétitives de R&D. Le marché le moins efficient s'avère plus large que le plus grand pays. Ce qui engendre une asymétrie géographique entre les unités économiques et politiques.
Vraisemblablement, les asymétries touchent également le mode organisationnel. La politique est souvent déterminée en termes de territoires et de frontières, alors que l'activité économique se définit en termes de réseaux électroniques où les considérations géographiques sont sans réel intérêt.
D'où le déséquilibre qui s'installe entre les systèmes politiques internationaux organisés selon les considérations géographiques et l'économie post-moderne émergeante dans laquelle les marchés nationaux et les concepts territoriaux sont de moindre importance.
Cette asymétrie a des implications considérables tant pour les gouvernements que pour les entreprises. L'organisation géographique des activités économiques et plus particulièrement celle des marchés nationaux aux frontières imprécises, mais hautement significatives laisse entendre la chose suivante: quel que soit le degré d'internationalisation de l'économie mondiale, toutes les transactions peuvent être localisées avec précision dans un espace économique (national). Mais cette thèse est tout à fait inexacte.
Pour illustrer cela, nous pouvons citer l'exemple de l'Inde où l'industrie du software constitue la principale source exportatrice du pays. Le mode organisationnel de cette industrie s'est vu radicalement transformer au cours des dernières années, et "le body shopping"(2) a été remplacé par les relations directes par satellite. Le programmeur hindou n'a donc plus à se déplacer pour développer un logiciel, mais peut le faire directement à partir de chez lui, quel que soit l'endroit où il se trouve.
Ce qui nous pousse à poser les questions suivantes: Quels sont les domaines de création de valeur? Qui contrôle la transaction? Qui la taxe? Les concepts fondamentaux à l'espace géographique s'appliquent-ils aussi à l'espace cyber?
Le système financier international existant peut être une métaphore de l'économie émergeante en réseau. Des centaines de milliers d'ordinateurs reliés par satellite créant un marché défini électroniquement où les frontières géographiques n'ont plus aucune valeur.

Au-delà des frontières


Mais dans une économie mondiale en réseau -où les centres organisationnels, les frontières et les hiérarchies sont sans véritable intérêt-, comment peut-on connaître la nationalité d'une entreprise? Sans le système hiérarchique traditionnel (société mère/filiales), comment les gouvernements parviennent-ils à contrôler "leurs" multinationales? Si l'alliance IBM-Toshiba-Siemens a réussi à une certaine époque, ce succès doit-il être attribué aux technologies américaine, japonaise ou allemande? Qui dirige cette alliance et selon quels mécanismes de contrôle?
A vrai dire, les managers des multinationales devraient confronter dans l'avenir un environnement économique et politique de plus en plus ambigu et incertain. Le risque politique qui ne touchait pratiquement qu'une seule entreprise et un seul gouvernement, affecte aujourd'hui plusieurs organisations et plusieurs Etats.
Tandis que les risques politiques étaient tangentiels auparavant-l'inefficience d'un marché ne touchait qu'une une petite partie du marché mondial- les "nouveaux" risques politiques affectent immédiatement la compétence stratégique de l'entreprise et la compétitivité technologique.
Dans les années à venir, les managers devraient faire face à un environnement politico-économique complexe sans contrôle hiérarchique direct, où les réseaux complexes et le contrôle relationnel seraient de rigueur. Les dirigeants des multinationales seraient donc contraints à trouver des solutions inédites adaptées à leurs nouveaux problèmes.
Pour généraliser, nous pouvons dire que nous assistons aujourd'hui à une grande discontinuité de nos systèmes. Les Etats-nations et les marchés nationaux sont des formes historiques éphémères de l'autorité politique et économique. Les Etats-nations ont émergé après l'effondrement du système féodal de l'Europe médiévale, mais ne se sont répandus qu'au cours du 16ème siècles.
Le système international moderne des Etats souverains a été officialisé seulement après la signature du traité de Westphalia en 1648. Les marchés nationaux sont également des inventions nouvelles, créées consciencieusement par des unités politiques relativement matures pendant le 18ème et le 19ème siècles.
Il n'est pas raisonnable de dire que la symétrie entre Etats et marchés, relative à l'étendue géographique et au mode organisationnel n'est caractéristique que d'une très courte période: peut-être les 100 années qui séparent la fin du 19ème siècle de la fin du 20ème.
Après tout, l'asymétrie qui se développe entre l'économie globale post-moderne et le système politique international moderne constitué des Etats souverains n'est peut-être pas éternelle.

Syndication Financial Times-L'Economiste
Traduction: Majda BENKIRANE

(1) Entreprises ayant adopté la vision d'Henri Ford. Celle-ci repose sur la décomposition des tâches et favorise la création d'une hiérarchie intermédiaire et d'une structure fonctionnelle.
(2) Recours aux services des programmeurs résidant à l'étranger.


En bref


La première "économie mondiale" s'est effondrée au cours des années 30 avec la formation des blocs régionaux compétitifs. Mais qu'en est-il pour la seconde? Connaîtra-t-elle le même sort avec l'éclipse du multilatéralisme et l'émergence du nouveau régionalisme?
L'envergure de la technologie moderne (qui diminue de l'importance des marchés nationaux), le nombre croissant des alliances stratégiques et l'intégration globale via les technologies d'information laissent entendre le contraire.
L'économie globale en réseau a créé une asymétrie entre les systèmes politiques basés sur les considérations géographiques et l'économie post-moderne définie en termes de réseau. Le "nouveau" risque politique peut affecter plusieurs pays et plusieurs gouvernements. Il peut aussi influer sur la compétence stratégique et la compétitivité technologique.

Mohamed BENABID

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