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    Politique Internationale

    La mode parisienne: Petits défilés et petites robes

    Par L'Economiste | Edition N°:446 Le 18/02/1999 | Partager

    Vanessa FRIEDMAN (Financial Times)

    A Paris, les défilés de mode sont de plus en plus courts. Il en va de même pour les vêtements. Les meilleures présentations de collections parisiennes perdent leur faste d'antan.


    Le message est clair: rien ne vaut la simplicité. Après des saisons de spectacles et de mises en scène (miroirs, fumée), la sobriété l'emporte. Les épaules sont de plus en plus étroites, les manches plus serrées et les jupes plus moulantes. Les créateurs se préoccupent du détail, sans vains ornements. Les étoffes prennent plus d'importance que les colifichets et les défilés optent de plus en plus pour la sobriété.
    Les marques et leurs créations sont à l'ordre du jour, mais les consommateurs sont à la recherche de l'antimarque, c'est-à-dire un article singulier, exclusif et tactile. C'est l'essence même de la couture. La haute couture est par définition un travail qui n'a pas recours aux machines, elle est destinée à une seule et unique personne.

    Surréalisme


    Contrairement aux ordinateurs, sacs à main ou sweat-shirts, il est pratiquement impossible de copier un article de haute couture. Il était alors impensable de porter ces vêtements dans la vie de tous les jours; ils étaient trop précieux et raffinés. Mais les temps ont changé.
    Dior incarne parfaitement ce mouvement de changement. John Galliano avait, lors de la dernière saison, excédé toutes les limites de futilité, avec son défilé appelé "Désorientation Express". Il est au cours de cette saison un modèle de sobriété. Son défilé s'est déroulé au grand hall de sa boutique de l'Avenue Montaigne, devant 70 spectateurs à peine.
    Galliano a révélé son côté surréaliste en rendant hommage à Cocteau et Dali à travers sa nouvelle collection. Ses vestes étaient ornées d'yeux en pierres précieuses et de homards sur les épaules; et ses fameuses robes coupées en biais, avec des superpositions de mousseline de soie brodée ou ornée de montres en diamant. Les tailleurs-pantalons et les smokings pour femmes, savamment coupés, peuvent être portés à l'occasion.
    Gaultier semble pour sa part plus mûr et son style s'améliore au fil des années. Il a exhibé sa collection au Consulat d'Italie, accompagné d'une voix en sourdine qui présente et décrit chaque modèle. C'était une série de robes-smokings raffinées, suivie de modèles inspirés du désert de Serengeti et de robes de soir qui rappellent les robes des danseuses de flamenco. Gaultier est surnommé, à juste titre, l'héritier d'Yves Saint-Laurent. Sa collection en témoigne. L'ex-invité de l'émission "Eurotrash" a ensuite présenté un fourreau du style Audrey Hepburn, avec des fentes en forme de triangle à des endroits bien indiqués.

    Ces clins d'oeil étaient absents du défilé de Chanel. Karl Lagerfeld a déployé des bouquets de tailleurs en tweed et des robes à paillettes en gaze et en mousseline de soie, avec un style inspiré des années 20. Point de couleurs sombres, ni de perles éclatantes, les vestes moulaient les bras et les épaules comme une seconde peau et les jupes étaient confectionnées avec des tissus fluides. Mais ces modèles n'exhalaient pas le style "Chanel".
    Le spectacle de Valentino était tout en subtilité. C'est l'élégance d'une main couverte de pierres précieuses, d'une jambe apparue furtivement ou d'une broderie secrète à l'intérieur d'une jupe. Un manteau trois-quarts, de couleur noire, s'ouvre pour révéler un motif ivoire et corail et de longues robes de crêpe plissées avec, pour tout ornement, une garniture de perles sur le cou ou sur le dos.

    Grands budgets


    La note de subtilité et le sens du détail ont séduit toutes les dames de l'assistance. La richesse des étoffes de Gaultier et de Chanel faisait toutefois défaut au défilé de Valentino, mais c'était encore plus frappant dans la collection de Josephus Thimister et Givenchy.
    Thimister dédaigne les fioritures et opte pour des étoffes plus élaborées, usant des formes les plus rudimentaires pour présenter ses créations: latex combiné avec de la mousseline, voile imprimé ou même mousseline cirée. C'était attrayant et parfois même saisissant, mais ses meilleurs modèles étaient les robes de soirée. L'une d'elles était formée d'un corsage de satin vert kaki, confectionnée à partir d'un tissu de parachutes militaires.
    Malheureu-sement, le créateur n'était pas sponsorisé, le budget du défilé était limité.
    Ce n'était pas le cas pour Alexander McQueen, qui était financé par LVMH. Son défilé était le plus grandiose de la saison. Les vêtements étaient très élaborés, mais le décor était simple à la Grande Halle et la Villette. McQueen a créé un "village français" où chaque modèle représentait une profession.

    On voyait, dans sa collection, le "fabricant de rubans", vêtu d'un ruban de soie multicolore mesurant 1.000 mètres. La "bonne" était habillée de tulle noire avec des plumes d'autruche et le "clown" portait un habit de chat à paillettes. Mais les meilleurs vêtements étaient les plus simples, surtout le contraste des robes grises avec des corsets en cuir, des trois-quarts à col Mao, couverts de 800.000 paillettes et des robes de bal victoriennes qui laissent entrevoir des pantalons de motocyclistes en cuir. C'était l'idée des robes à corsets poussée à l'extrême. Elle va probablement s'introduire, d'ici le mois de mars, sur les marchés du prêt-à- porter.
    Les défilés qui ont opté pour les grands effets avait l'air démodé. Ungaro a présenté comme d'habitude des robes de gitanes, avec des étoffes de mousseline légère et florale, incrustées de diamants et de magnifiques corsages en dentelle qui semblent flotter sur les épaules. C'était somptueux comme d'habitude, mais tellement familier.
    Le spectacle de Christian Lacroix était haut en couleurs, mais dénué d'importance. Même Yves Saint-Laurent avait l'air de rendre hommage à son passé au lieu de se tourner vers le futur, avec des tailleurs-pantalons impeccables et des robes élégantes en crêpe. Il a donné le meilleur de lui-même, mais c'était du déjà-vu.

    Plumes à gogo


    Quant aux modèles Versace, ils étaient présentés au Ritz, comme d'habitude, en présence des plus grandes stars et avec les mêmes effets sonores. Sa collection était composée de vêtements rock agressifs, des robes ultracourtes et des ensembles en cuir, qui épousent les formes. Il y avait bien quelques innovations, notamment pour l'utilisation des étoffes comme la fibre de la banane et des ornements: des plumes d'oie hérissées comme les épines d'un porc-épic.
    On ne pouvait pas s'attendre à ce changement de la part de Donatella Versace, connue par son penchant pour le faste. Elle semble aujourd'hui opter pour le prêt-à-porter, avec des robes ouvertes sur les côtés et des plumes à gogo.
    La soirée de Versace a curieusement coïncidé avec l'ouverture de l'exposition de Tom Sachs, intitulée "La créativité est notre ennemi". On y comparait la valeur des sacs de shopping Hermès avec des sandwichs McDonald's, avec un commentaire caustique et farfelu sur le déclin des grandes marques.

    Traduction: Aziza EL AFFAS
    L'Economiste

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