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    Politique Internationale

    La Méditerranée Occidentale: Un exemple d'intégration Nord/Sud

    Par L'Economiste | Edition N°:11 Le 09/01/1992 | Partager

    Science sociale, l'économie n'est que le fruit de son environnement. Ses théories naissent, se développent et meurent... bien plus vite aujourd'hui. Et si les théories traditionnelles du développement sont déjà remises en cause, notamment par l'émergence des dragons du Sud-Est asiatique, celles de l'intégration économique ne manqueront pas de l'être avec l'apparition de groupements entre pays du Nord et pays du Sud. La différence des niveaux de vie et de développement n'est plus un frein à l'intégration. Bien au contraire, cette différence peut être un facteur positif dans un monde où l'internationalisation de la production ne cesse de se développer. La Méditerranée Occidentale est un exemple de ce type d'intégration, à l'avenir prometteur.


    LA Méditerranée est une région chargée d'histoires, d'attraits, de flux et de reflux. Son unité n'a d'ailleurs jamais existé, sauf peut-être à l'époque de la Pax Romana, et pendant près d'un siècle et demi seulement. Même aujourd'hui, la Méditerranée semble être davantage un conglomérat de pays hétérogènes aux intérêts plutôt conflictuels, qu'une "mare nostrum", comme on se plaît à l'appeler parfois. Tous les antagonismes s'y retrouvent; antagonismes religieux, éthniques, politiques. Longtemps aussi zone de confrontation Est/Ouest, la Méditerranée est aujourd'hui une vraie frontière Nord/Sud et un nouveau "mur de Berlin", que bien peu de personnes du Sud peuvent traverser. La Méditerranée pourtant existe. Les relations bilatérales entre ses différents pays forment un tissu très dense. La Méditerranée est le premier client de la CEE, au même niveau que les Etats Unis. Plus de la moitié des échanges commerciaux du Maghreb se font également avec les Etats membres de la CEE. Ces relations sont tout aussi fortes dans les domaines de la culture, de la société, de l'économie et des hommes. La Méditerranée existe également à travers l'identité propre de ses habitants. Ce qui lui manque peut-être aujourd'hui c'est la conscience que ses différences, aussi accentuées qu'elles puissent être, n'entament en rien sa spécificité et qu'elles peuvent même renforcer son identité et sa cohésion.

    L'axe Paris-Madrid-Rabat


    La première idée contemporaine d'un rapprochement dans la région est celle du projet d'axe Paris-Madrid-Rabat. Le Maroc, la France et l'Espagne, en raison de leur double façade maritime, sont les seuls pays à avoir vécu pleinement la "prospérité méditerranéenne", en raison justement de leur façade sur la Méditerranée, et à avoir manqué l'"essor atlantique", et ce, malgré leur façade sur l'océan de ce nom. Si cet axe n'a pas abouti, c'est probablement en raison de la connotation stratégico-militaire qu'il inspirait.
    L'idée d'associer les voisins allait donner à ce rapprochement les chances de succès. C'est M. François Miterrand qui, au cours d'un voyage au Maroc en 1983, avait alors invité à un regroupement des pays riverains de la Méditerranée Occidentale. Les premières rencontres étaient informelles, en raison de réticences politiques et diplomatiques. C'est ainsi qu'un premier forum s'est tenu à Marseille du 25 au 27 Février 1988. Quatre pays européens: La France, l'Espagne, l'Italie et le Portugal et trois maghrébins: l'Algérie, le Maroc et la Tunisie y ont pris part. Soutenue par les autorités et les forces politiques des pays participants, la rencontre de Marseille a ébauché les premiers traits d'un projet de coopération méditerranéenne.
    Un deuxième Forum s'est tenu à Tanger du 24 au 27 Mai 1989, avec deux nouveaux membres: la Libye et la Mauritanie. Tout aussi informel que le premier, ce deuxième Forum, en plus du traditionnel communiqué de presse, avait émis des recommandations et publié un "message". Celui-ci saluait la création de l'UMA, appelait à une coopération multi-dimensionnelle et émettait le vu pour des "suites concrètes" aux travaux du forum.

    Le 10 Octobre 1990, une première rencontre des ministres des Affaires Etrangères des 4+5 était tenue à Rome. Celle-ci établissait le cadre général du dialogue et de coopération en Méditerranée Occidentale. Une déclaration commune était rendue publique. Elle proposait la formation de groupes de travail et en fixait les compétences. Elle conviait par ailleurs Malte à s'associer au processus, ce qu'elle fit à Rabat, lors de la réunion d'experts, les 18 et 19 Septembre 1991. Le G10 était alors né.
    Une deuxième rencontre des ministres des Affaires Etrangères s'est tenue à Alger les 25 et 26 Octobre 1991. Les principaux points à l'ordre du jour ont été ceux pour lesquels une certaine sensibilité partagée existe.
    Deux axes semblent se dégager de ces différentes rencontres:
    - la consolidation des relations politiques traditionnelles par une plus grande concertation sur les questions de sécurité et des mouvements humains. Et bien qu'il y ait encore divergence des points de vue sur le traitement du dossier de la communauté mahgrébine établie en Europe, la nécessité d'aider les pays du Maghreb à résoudre les problèmes de l'emploi et du chômage, principale cause d'émigration, semble faire son chemin.
    - le développement d'une coopération multilatérale dans les domaines d'intérêt commun tels que la culture, l'environnement, les transports ou les télécommunications.
    Pour réussir cependant, cette coopération devrait prendre en considération les intérêts des deux régions, que sont le chômage, l'endettement, le co-développement, la recherche et l'environnement. Tels sont les défis que doivent donc affronter ensemble, tous les pays de la région, à des niveaux différents.

    L'arrière pays de l'Europe


    Pour toutes ces questions, l'Europe a besoin du Maghreb, tout comme celui-ci a besoin d'elle. Sans le Maghreb, et malgré la chute du rideau de fer et l'ouverture sur l'Est, l'Europe risque de manquer d'arrière pays pendant que le Maghreb, lui, manque de technologie. Les récents évenements de l'Europe de l'Est renforcent d'ailleurs cette interdé-pendance. Le Maghreb apparaît aujourd'hui, avec son niveau de vie pourtant relativement limité, un bien meilleur partenaire d'une Europe développée que ses voisins de l'Est, dont le pouvoir d'achat, exprimé en Dollar, fond purement et simplement sous l'effet conjugué de la baisse du niveau de vie réel, mais aussi et surtout de la dévaluation du Rouble.
    Paul Balta(1) rapportait que le Général de Gaulle lui confiait un jour que la civilisation maghrébine, sa culture, son humanisme et son sens des rapports humains ont tendance à se perdre chez eux, en Europe, et qu'un jour ils seront probablement contents de retrouver chez nous. Et le Général d'ajouter que, pour que leur civilisation industrielle survive, nos deux cultures doivent s'ouvrir largement l'une sur l'autre et nos économies s'enchevêtrer et se densifier.
    N'est-ce pas là ce que font les Etats Unis et le Japon? N'est-ce pas là aussi les raisons de la réunification allemande et de la prochaine réunification coréenne, malgré le coût de ces opérations?
    L'avenir est bel et bien au groupement Nord/Sud, où les partenaires se complètent dans un monde où l'internationalisation de la production est de plus en plus poussée. A cet égard, il est indéniable que le Maghreb constitue aujourd'hui, plus qu'en tout autre temps, un complément incontournable de l'Europe Méridionale. Et si le Maghreb appelle de tous ses voeux à une accélération et à un renforcement du processus, les pays européens font encore preuve de quelques atermoiements. "Les choses doivent encore mûrir", devait notamment déclarer F. Miterrand dans son message au deuxième Forum méditerranéen.

    Lever les facteurs de blocage


    Ont-elles mûri avec les vents d'Est ou doivent-elles attendre les chaleurs nucléaires pour enfin mûrir? Le premier Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement, devant en principe se tenir à Tunis avant la fin de ce mois, nous le dira. Il sera l'occasion, sans aucun doute, de lever les facteurs de blocage qui pèsent encore sur la poursuite du processus.
    C'est ainsi qu'il faudra veiller, côté maghrébin, à ce que nos problèmes de développement ne nous détournent des responsabilités régionales ou n'en constituent pour nous un argument pour un moindre engagement. Il faudra également veiller à ce que nos problèmes religieux ne fassent peur ou ne compliquent les relations. Mais, le remède contre l'intégrisme n'est-il pas justement le développement économique, qui sera d'autant plus facilité que l'intégration est avancée? Il faudra enfin s'assurer que la modération libyenne soit mieux perçue(2) par nos partenaires.
    Côté européen, les appels à une Communauté élargie, la participation des partenaires européens à divers processus d'intégration et les grandes incertitudes qui pèsent désormais sur les relations avec l'Est sont autant de facteurs qui risquent de détourner les potentialités européennes de leurs responsabilités méditerranéennes. Il faudrait également s'assurer que la montée de l'extrême droite ne se fasse au détriment de la communauté maghrébine d'Europe. Il faudra également veiller à ne pas succomber à la "chasse aux sorcières", tel que l'appel du Président G. Bush qui cherche à discréditer la Libye, par peur de voir le "loup dans la bergerie".
    "A l'avenir, les vraies questions, déclarait Jacques Attali, Président de la Berd, seront: choisit-on le nationalisme ou l'universalisme?"(3). En Europe, comme au Maghreb, nous avons fait le deuxième choix et les évenements récents dans tous les Etats qui ont opté pour le premier réconfortent nos options.

    Mohamed MELIANI


    (1) Propos rapportés par Paul Balta dans son intervention au deuxième Forum sur la Méditerranée Occidentale.
    (2) Si les pays de l'UMA sont décidés à poser le problème de la levée de l'embargo commercial, plutôt symbolique, la solidarité communautaire reste effective. La France cependant, et malgré les mises en accusation par sa justice de hauts responsables libyens, préconise le dialogue, consciente que la quarantaine à l'égard de la Libye ne peut que renforcer son extrémisme. La Libye fait preuve d'ailleurs de beaucoup de modération et a même annoncé sa volonté de contribuer à faire éclater la vérité.
    (3) Voir l'interview accordée par Jacques Attali au Figaro du 21 Novembre 1991.


    ABSTRACT


    La Méditerranée semble être davantage un conglomérat de pays hétérogènes aux intérêts plutôt conflictuels. Tous les antagonismes s'y retrouvent. La Méditerranée pourtant existe. Elle existe par la densité des relations bilatérales entre ses différents Etats. Elle existe aussi par l'identité propre de ses habitants. Elle n'a plus besoin qu'à se donner un corps. Un regroupement des pays riverains de la Méditerranée Occidentale se veut être le début d'une coopération multilatérale méditerranéenne. Déjà opérationnelle sur les questions de sécurité, des mouvements humains et de la multiplication des actions de coopération multilatérale dans les domaines d'intérêt commun, le processus d'intégration, pour s'approfondir, a besoin de dépasser les contingences "nationalistes".

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