×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Société

La maltraitance infantile
«Les chiffres sont insignifiants»
Entretien avec Pr. Abdelmounaïm Aboussad, pédiatre

Par L'Economiste | Edition N°:2301 Le 20/06/2006 | Partager

Professeur en pédiatrie à la faculté de médecine et responsable de la cellule d’accueil et d’orientation des enfants victimes de maltraitance au CHU de Marrakech, le professeur Abdelmounaïm Aboussad explique les conséquences de violences sur un enfant, les dysfonctionnements comportementaux qui varient selon sa prise en charge et celle de ses proches… Le drame, c’est que, souvent, les enfants intègrent ou assimilent ces abus à des pratiques ordinaires... - L’Economiste: Que pensez-vous du cas du petit Amine, séquestré pendant 3 ans, mal nourri et mal soigné. Ce genre de situation est-il isolé? - Pr Abdelmounaïm Aboussad: Malheureusement, non. Comme tout le monde, j’ai été choqué par le traitement que l’on a fait subir à cet enfant, en pleine croissance physique et en phase de maturation psychologique et intellectuelle. Et ce dernier, au lieu de développer ses compétences, a été condamné à la faim et à la souffrance. Un scénario cruel mais fréquent.  . Justement, quelles sont les répercussions sur le plan psychologique et quel avenir pour ces enfants? - Les conséquences des violences chroniques sur les enfants sont multiples et produisent des troubles psychiques à court et à long termes chez les  victimes, associés, dans certains cas,  à des séquelles physiques très graves qui mettent en jeu le pronostic fonctionnel. En fait, cela dépend de l’âge de l’enfant, de sa maturité psychologique, du contexte familial, de la réaction des parents et de la qualité de l’aide qui lui  est apportée. La prise en charge est parfois lourde avec des programmes psychologiques et psychiatriques assez stricts et une assistance sociale pour la réinsertion de l’enfant dans son environnement normal. La famille est généralement en détresse. Et lorsqu’on parle de prise en charge, c’est toute la famille qui en a besoin. . Au centre d’accueil mis en place au CHU, combien d’enfants victimes d’agressions physiques recevez vous?  - Le nombre d’enfants victimes de maltraitance est très variable en fonction des jours. En l’espace de 4 ans, nous avons traité plus de 200 cas de violence physique et plus de 120 cas d’abus sexuels. Inutile de vous dire que ces statistiques sont insignifiantes, car nous recevons uniquement les cas déclarés. Ce qui est sûr, c’est que la courbe de ces statistiques est en progression d’année en année. Est-ce que ce sont les cas qui sont de plus en plus fréquents ou c’est la déclaration qui se fait de plus en plus facilement? Il est difficile de répondre à cette question. A la cellule d’accueil et d’orientation des enfants victimes de maltraitance, ce sont plutôt les cas de sévices sexuels qui sont déclarés avec une croissance très significative.  . Comment ces enfants perçoivent-ils leurs agresseurs, notamment lorsqu’ils sont également leurs tuteurs?- C’est très complexe, particulièrement pour des enfants en bas âge. Leur capacité de jugement  ne leur permet pas de comprendre ce qui leur arrive et souvent intègrent ou assimilent ces abus à des pratiques ordinaires. C’est le cas des enfants exploités sexuellement,  surtout si ces actes sont exercés par des proches. Pour d’autres plus âgés, la souffrance est telle que des idées suicidaires surviennent très tôt en parallèle à des comportements anormaux et des perturbations psychologiques graves. Au centre, nous en avons reçu des cas pareils. Je me souviens de certaines images et expressions avancées par une fillette  de 10 ans, violée par un proche, qui a éclaté en sanglots en répétant à tout bout de champ qu’elle était fatiguée de ce qui lui arrive et qu’elle n’en pouvait plus. Pourtant, elle n’a jamais montré du doigt son agresseur. Une autre écolière de 9 ans se disait soulagée de raconter les sept mois qu’elle a vécus sous l’influence de la terreur. Son violeur l’avait menacée de la défigurer et de la tuer si elle divulguait son secret. . Qu’est-ce qui empêche l’entourage de dénoncer des actes d’agression? Les tabous, la honte ou la peur d’y être impliqué? - Les trois certainement. Personnellement, je pense qu’il faut y ajouter le manque d’informations. Malgré les spots télévisés, la campagne de communication menée pour inciter les gens à dénoncer les agressions, l’entourage, la famille, la société n’ont pas encore bien assimilé cette notion de dénonciation. Par ailleurs, les gens, les parents, le voisinage  ne sont pas informés de leurs droits, des droits de l’enfant et ne sont pas au courant des procédures à suivre. Ils ont peur d’emprunter des voies juridiques et médicales,  qu’ils ne pourront pas supporter financièrement et moralement. Il faut arriver à faire comprendre à la population que dénoncer est obligatoire.Propos recueillis par B.B.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc