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    Enquête

    La fin d'un maître-carreleur

    Par L'Economiste | Edition N°:556 Le 22/07/1999 | Partager

    · A côté de la céramique industrielle, des fabricants de carreaux traditionnels voient leur métier menacé
    · Utilisés autrefois pour des terrasses, le seul usage de ces carreaux reste la cuisson de crêpes



    "C'est terminé, cette profession est bel et bien morte", ne cesse de répéter ce petit bonhomme d'une soixantaine d'années. "Je vous jure que cela fait trois mois que je n'ai pas vendu une pièce! Tiens, demande lui, il vous le confirmera". "Lui" c'est son seul et unique employé.
    "J'ai commencé dans ce métier il y a plus de vingt ans, mais ces dernières années, nous ne vendons plus rien... Maintenant, je pense à baisser rideaux, mais j'ai dix enfants à nourrir...", enchaîna-t-il.
    Cet homme entend éventuellement profiter du "bas" loyer pour se reconvertir dans ce quartier casablancais de Bournazel. Mais il ne sait toujours pas que choisir. "Ce qui marche le plus c'est plutôt la nourriture, mais il y a déjà tout ce qu'il faut dans le quartier...", dit-il indécis.
    Plusieurs rangées de carreaux rouges de 20x20 centimètres, utilisés autrefois sur les terrasses sont entreposées non loin de la porte de ce local, dont l'exiguïté n'a d'égale que la lenteur du procédé de fabrication.
    La peinture est appliquée en premier lieu sur le fond d'un moule. L'ouvrier pose ensuite une certaine quantité d'un mélange de ciment, de roc broyé et de sable. Le moule est compressé à l'aide d'une "machine" à tournis manuel. Une fois le carreau prêt, il est placé dans une petite "baignoire" remplie d'eau. Il doit y rester une à deux journées avant d'être mis dans un caisson pour le séchage à l'air libre. Chaque petite caisse contient une vingtaine de carreaux. Plus de 35 caissons sont entreposés à l'entrée de l'atelier.
    A ce rythme, la production ne dépasse guère les 250 unités par jour. Celle-ci est vendue à 50 centimes/pièce. Une dizaine de modèles sont disponibles sous forme de motifs géométriques en noir et blanc. A cela s'ajoutent les carreaux unis: rouges ou blancs. "Ces derniers sont parfois utilisés pour faire cuire des crêpes tulles. Pendant les fêtes et le mois de Ramadan, on en vend un peu plus", explique le vieil homme. "Ces carreaux sont placés sur feu très doux, la pâte fluide y est coulée ensuite, les crêpes sont d'autant meilleures qu'elles sont cuites sur charbon de bois", ajoute-t-il.
    Au fond de l'atelier, une échelle faite-main permet d'accéder au grenier où sont entreposées des caisses vides et des plinthes "dont personne ne veut". "C'est dommage, mais c'est fini... A une centaine de mètres de là, un autre atelier a déjà fermé boutique, il y a près d'un mois et plus haut par là près de la ferraille, vous trouverez une quarantaine de machines déposées à la vente", conclut-il amèrement.

    Wissal SEGRAOUI

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