Economie

La déflation menace

Par L'Economiste | Edition N°:310 Le 25/12/1997 | Partager

Les signaux verts alternent avec les rouges. La bonne tenue de quelques fondamentaux cache mal la langueur de l'économie. Les derniers chiffres.


En cette période de fin d'année qui coïncide avec la préparation du mois de Ramadan, les souks et grandes surfaces ne désemplissent pas. Les ménages font le plein sans trop regarder dans les dépenses. Cette frénésie traduit en principe une relance, même passagère, de la consommation qui devra s'accélérer en janvier. Toutefois, il est difficile, à partir des chiffres officiels, de lire exactement l'état de l'économie qui affiche des signaux extrêmement contradictoires. Ce qui avait d'ailleurs motivé l'élaboration par le CMC (Centre Marocain de Conjoncture) d'un indice composite destiné à «mieux apprécier la conjoncture».

Si l'on se réfère aux indicateurs publiés par le Ministère des Finances dans son «Tableau de Bord Mensuel», la situation à fin octobre semble être au beau fixe. La lecture froide des chiffres n'autorise aucune tergiversation. Entre autres éléments à retenir, le triplement des investissements extérieurs, la hausse de 7% des importations et de 10,5% des exportations, la progression de 12,2% des ventes de ciment à fin septembre, la réduction du déficit budgétaire de 15,1% à fin octobre et l'accroissement de 5,8% des recettes fiscales pour la même période.
Cette embellie est en partie confirmée par les données parues dans le bulletin de décembre («Repères Statistiques») de la Direction de la Statistique. Sur les trois premiers trimestres, les indices de production se sont bien tenus. Les mines ont ainsi grimpé de 7,8%, l'énergie de 9% et l'industrie de transformation de 3,4%. En dehors de l'agro-alimentaire (-0,3%), les autres branches industrielles affichent des scores honorables: 3,4% pour le textile-cuir, 2% pour les IMME et 6,8% pour le reste dont bois, chimie-parachimie et caoutchouc.

Rigueur

Pourtant, l'économie est pratiquement en situation de déflation. A fin novembre, l'indice du coût de la vie a reculé de 0,9% par rapport à octobre, marquant une hausse de 1% sur les 11 premiers mois. Probablement, la pression sur la demande devrait à nouveau tirer les prix à la hausse au courant du mois de décembre sans que la tendance ne soit brutalement infléchie.
En somme, le comportement de l'ICV observé tout au long de l'année traduit une certaine langueur de l'activité économique. Ce qui n'est pas reflété par les indices de la production industrielle, sauf si l'on rapproche de manière pointue l'évolution de la production de l'agro-alimentaire et celle des prix des produits alimentaires (-1,2% sur 11 mois). Auquel cas, l'on est tenté de considérer que les branches industrielles évoluent en vase clos. Ce qui n'est évidement pas vrai.

Dans les faits, «les politiques monétaire et budgétaire restrictives ne permettent pas d'entretenir une croissance forte», avance un conjoncturiste. Une demande molle se répercute négativement sur les entreprises qui sont tentées de jouer sur les prix pour rester compétitives et pire se gardent d'investir. A l'évidence, la déflation empêche les acteurs économiques de revenir à des comportements expansion-nistes, alors qu'une «inflation modérée est nécessaire pour entretenir la croissance», est-il souligné. Il s'agit là d'une position souvent défendue par les experts du CMC et qui s'oppose à la rigueur suivie depuis quelques années. Pour ce qui concerne l'objectif de maîtrise de l'inflation stricto sensu, cette option a bien porté ses fruits. A n'en pas douter, le gouvernement actuel va continuer à jouer la même carte.

L'attitude de son prédécesseur, qui en principe devait refléter les résultats sortis des urnes, sera la grande inconnue de l'année qui s'annonce. Dans le fond, l'option libérale sera maintenue. Mais il faudra attendre la prochaine Loi de Finances pour être édifié sur la différence d'approche dans les choix budgétaires et la conduite de la politique économique. De l'avis d'un banquier, «la majorité de la population a tout simplement besoin de solution économique, quelle que soit la couleur politique des décideurs; le niveau de participation aux élections le prouve». Et de poursuivre, «l'urgence consiste à fixer définitivement des objectifs socio-économiques clairs et de proposer des alternatives aux problématiques démographiques et de la campagne, notamment l'exode rurale et le morcellement des terres».


Le PIB en volume: -2,2% en 1997

La Direction de la Statistique confirme: «La croissance économique avoisinera -2,2%», en raison de la baisse de la valeur ajoutée agricole. La croissance hors agricole devrait atteindre 3,1%, tandis que le PIB courant marquerait une baisse de 1,2%. Parallèlement au mauvais comportement de l'offre et la détérioration des revenus, la demande intérieure enregistrerait en termes nominaux un recul de 1,2%, ajoute la Direction de la Statistique.
De l'avis d'un responsable d'études d'une grande banque de la place, «les chiffres doivent être appréciés avec prudence». Et d'expliquer: «La structure du PIB date des années 80». Il souligne que la part des céréales dans la valeur ajoutée agricole peut avoir évolué en baisse. Mieux, «des secteurs comme l'informatique ont émergé», fait remarquer la même source.

Alié Dior NDOUR

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