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Tribune

La déclaration finale du GERM : La Méditerranée, une fracture à ressouder

Par L'Economiste | Edition N°:203 Le 09/11/1995 | Partager

La journée du GERM (Groupement d'Etudes et de Recherches sur la Méditerranée) du 3 novembre a connu la participation de ministres et d'économistes. Elle portait sur le thème: "Le Maroc et la conférence euroméditerranéenne de Barcelone". La déclaration finale souligne l'urgence d'un accord et attire l'attention su les limites.


A l'aube du XXIème siècle, la Méditerranée, cette interface maritime entre des civilisations millénaires, demeure, à plus d'un titre, une fracture. Les écarts de développement et de niveau de vie entre la rive nord et les rives sud et est de la Méditerranée restent en effet très profonds et tendent à se creuser davantage. De telles disparités constituent pour les peuples de la région une source permanente d'incertitudes, de tensions et d'instabilité.
La Conférence inter-ministérielle euro-méditerranéenne de Barcelone, des 27 et 28 novembre 1995, intervient dans un contexte d'accélération de la dynamique de la régionalisation/mondialisation autour et entre les pôles de la "triade" (Alena, Apec, Union Européenne). Elle intervient également à un moment où l'Union Européenne s'élargit à des pays du Nord et du coeur de l'Europe (Finlande, Suède, Autriche), densifie ses relations avec les pays d'Europe centrale et orientale (Pecos), et redéfinit ses relations avec l'ensemble de ses zones de voisinage.

Dans un tel contexte, la Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone ne doit pas être uniquement un moment fort dans les relations euro-méditerranéennes. Elle devrait être un nouveau départ, permettant d'inscrire les relations euro-méditerranéennes dans un cadre véritablement renforcé, traduisant un saut qualitatif net par rapport au précédent cadre de la coopération, à savoir la politique méditerranéenne rénovée.
La Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone ne saurait être exclusive de toutes autres actions et initiatives en faveur de la paix, de la stabilité et du développement de la région. Bien au contraire, le processus euro-méditerranéen devrait être complémentaire des autres efforts et converger vers un objectif cohérent et unique de paix, de stabilité et de prospérité en Méditerranée.

La libéralisation des échanges agricoles


Le Maroc, pays de vieille civilisation, se doit naturellement d'occuper dans les nouvelles relations euro-méditerranéennes la place que lui confèrent son histoire, son privilège géographique, ainsi que l'ancienneté et la densité de ses relations avec l'Europe.
Le "partenariat" euro-marocain, et euro-méditerranéen en général, resterait un concept vain, dénué de toute portée, si les négociations en cours entre le Maroc et l'Union Européenne, à la fois sur le renouvellement de l'accord de pêche et sur le nouvel accord d'association, n'aboutissaient à ouvrir de nouvelles perspectives à notre économie, notamment par le biais d'un accès amélioré pour nos exportations agricoles et industrielles sur les marchés européens.
Le libre-échange proposé ne saurait se réduire à sa seule dimension industrielle, sans englober plus substantiellement la nécessaire libéralisation des échanges agricoles. La mise en place de la zone de libre-échange suppose à la fois la progressivité, l'asymétrie et les délais de grâce nécessaires afin d'en atténuer les effets déstabilisants sur les tissus productifs et les finances publiques des pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée. Dans cette perspective, les canaux et structures permettant d'améliorer et de renforcer la compétitivité globale, et par conséquent les capacités exportatrices des économies du Sud de la Méditerranée, notamment par un appui conséquent à la structuration des tissus productifs industriels et à la mise à niveau des infrastructures et des ressources, doivent impérativement être mis en place.

La dette des pays du Sud


La zone de libre-échange euro-méditerranéenne ne saurait, par ailleurs, avoir d'effets globalement positifs que si sont mis en place et renforcés les mécanismes et instruments financiers permettant de drainer, d'accompagner et de garantir les investissements directs européens, et extra-européens, générateurs d'emplois productifs, en direction des économies du Sud et de l'Est de la Méditerranée.
La mise en place d'un espace euro-méditerranéen, de stabilité et de coprospérité ne peut occulter des dimensions aussi importantes que celles de:
- l'intégration régionale au Sud et à l'Est de la Méditerranée, dont le renforcement est vital, en particulier au sein de l'Union du Maghreb Arabe;

- la dette, dont le service continue de peser sur les finances publiques et d'annihiler les potentialités de croissance des économies du Sud et de l'Est de la Méditerranée;

- l'institution financière euro-méditerranéenne, susceptible de contribuer à la mobilisation de nouveaux financements, notamment en faveur du secteur privé et des infrastructures économiques de base, et à l'accompagnement des investissements directs;

- la dimension sectorielle, autrement dit la mise en place des synergies sectorielles entre les systèmes productifs des deux rives;

- la dimension monétaire, en l'occurrence la nécessaire mise en place des mécanismes de stabilisation des monnaies, à même d'atténuer les fluctuations erratiques des monnaies, de prévenir les dévaluations compétitives et de faire converger les politiques macro-économiques;

- la question de la pêche, c'est-à-dire la nécessaire préservation et gestion rationnelle des ressources halieutiques des pays riverains du Sud de la Méditerranée, et la coopération inter-rives dans le domaine de la pêche maritime.

La Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone devrait par ailleurs oeuvrer à:
- la mise en place d'un cadre multilatéral euro-méditerranéen de gestion collective des préoccupations méditerranéennes, permettant d'institutionnaliser et de pérenniser le dialogue politique et culturel entre les deux rives;

- mettre en place les canaux et instruments permettant de faciliter les échanges humains et de garantir la protection de l'ensemble des droits des migrants légalement installés sur les territoires respectifs;

- débattre des moyens de mettre un terme à la situation anachronique que constitue, à la veille d'un nouveau siècle, la présence sur le sol national marocain d'enclaves étrangères (Sebta, Mellila et les îlots), legs d'un passé colonial révolu qu'aucune considération ne saurait aujourd'hui justifier;

- mettre sur pied les instruments et structures permettant de sauvegarder en Méditerranée les écosystèmes et la bio-diversité et réfléchir en particulier à la solution des problèmes environnementaux des pays du Sud de la Méditerranée, tels que la question de la désertification et la question de la gestion rationnelle des ressources en eau.
C'est autour de l'ensemble de ces impératifs que pourrait être érigé, à terme, en Méditerranée, le socle des solidarités, des interdépendances et de la croissance partagée, indispensables à la paix et à la stabilité régionales.

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