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La Chine invitée d'Evian: Deviendra-t-elle bientôt le «neuvième homme» du G8?
Par Pierre HASKI(*)

Par L'Economiste | Edition N°:1532 Le 04/06/2003 | Partager

L'événement n'aura pas eu l'attention qu'il méritait, ni en Occident, ni au Maroc.Au milieu des glaciales retrouvailles euro-américaines post-guerre d'Irak, et dans le fracas des manifestations des «altermondialistes«, la présence du président chinois Hu Jintao à Evian, au sommet Nord-Sud organisé en marge du G8, n'a pas été au centre de l'attention du public. Et pourtant, cette présence est hautement significative et pourrait fort bien représenter un tournant historique.Il y a d'ailleurs un double enjeu dans cette participation. D'abord personnellement pour Hu Jintao, dont Evian, après une étape en Russie, constitue la première sortie internationale depuis son accession à la présidence chinoise en mars dernier. Mais aussi pour la Chine, qui avait refusé jusqu'ici les invitations du G8 et qui se verrait bien, désormais, le neuvième membre de ce club d'élite aux allures de directoire mondial. A Pékin, nul ne fait de mystère sur le sens à octroyer à l'accord donné par la Chine à l'invitation française.La capitale chinoise ne manque pas «d'experts« de politique étrangère, membres de «brain trusts« liés au parti communiste, pour distiller quelques confidences qui donnent le ton. L'un d'eux nous explique l'hésitation qui a eu lieu à Pékin après l'invitation de Jacques Chirac remise à Hu Jintao par Jean-Pierre Raffarin, le Premier ministre français. Pékin a attendu de savoir ce qu'en pensait Washington avant de donner son accord: la dernière chose que souhaitait la Chine était d'être prise en otage dans la scène de ménage franco-américaine. Washington s'étant dit enchanté de l'initiative française, Hu Jintao s'est empressé de donner son accord, d'autant que l'épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) donnait de premiers signes d'apaisement qui permettraient au numéro deux chinois de se rendre à l'étranger en meilleure posture que deux mois plus tôt.Les «experts« ont été également unanimes à souligner, malgré la position officielle chinoise montrant que les rapports entre Pékin et le G8 restent inchangés, que l'avenir de la Chine est «évidemment« aux côtés des «grands«. Il n'y a pas si longtemps, Li Peng, l'ancien Premier ministre et personnage dont le nom colle au massacre de Tiananmen de juin 1989, considérait toujours le G8 comme une instance illégitime. Mais Li Peng est désormais à la retraite, quasiment aux oubliettes de l'histoire de Chine, et une nouvelle génération est aux commandes, qui commence à afficher ses ambitions.La Chine au G8? L'hypothèse n'a rien de farfelu.D'abord, économiquement, la Chine a assurément plus de raisons que la Russie de prendre part aux délibérations du sommet des «pays les plus industrialisés«. N'est-elle pas la quatrième puissance commerciale mondiale, après les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon, et n'attire-t-elle pas plus d'investissements étrangers qu'aucun autre pays au monde? Les émois que suscite actuellement en Europe et ailleurs la dépréciation du yuan, la devise chinoise, dont le sort est étroitement associé au dollar américain, montrent à quel point le poids de la Chine est devenu incontournable dans l'économie mondiale.Mais il y a autre chose dans la jubilation chinoise: la Chine se voit comme la puissance émergente du XXIe siècle, et entend bien prendre sa part dans toutes les instances de décision de la planète. Si le Conseil de sécurité de l'ONU, dont elle est membre permanent doté du droit de veto, perd de son influence, la Chine n'en fera pas un drame, si elle ne s'en trouve pas pour autant marginalisée. . José Bové, ATTAC… des martiens aux yeux des Chinois!Elle rejoint progressivement toutes les organisations possibles et imaginables, y compris celles du désarmement qui ne l'intéressaient guère jusqu'ici, et espère bien occuper une place au G8 (G9?) si c'est là que se prennent certaines décisions, ce qui reste d'ailleurs à démontrer.Il faudra toutefois une bonne dose d'équilibrisme diplomatique à la Chine pour assumer ce virage historique. Pékin a réussi jusqu'ici à se ménager les amitiés fort utiles du tiers-monde, surtout lorsqu'il s'agit de bloquer des votes sur les droits de l'homme à l'ONU, ou des initiatives malvenues sur le Tibet ou le Xinjiang rebelles. Mais la Chine n'est plus, depuis longtemps, un pays du tiers-monde comme les autres: le discours de Zhu Enlai, le Premier ministre de Mao, à Bandoeng, à la naissance du mouvement des non-alignés dans les années 50, est un texte impressionnant, mais le vestige d'une époque bel et bien révolue. Symbole de ce virage, l'entrée de la Chine au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont elle est devenue un membre-clef, et en a vite compris les règles du jeu les plus tordues pour protéger les secteurs les plus vulnérables de son économie, à commencer par l'agriculture. De ce point de vue, les Chinois observent les manifestants «altermondialistes« et les gesticulations des groupes comme Attac ou de personnages comme José Bové avec la même curiosité que s'ils rencontraient des martiens. Ils ne les comprennent pas et les considèrent comme les enfants gâtés d'un Occident décidément bien exotique.Non, la Chine n'est pas allée à Evian ou à l'OMC pour défendre le point de vue d'un tiers-monde mythique: elle y va pour défendre ses intérêts, qui, bien souvent, ne coïncident pas avec ceux du monde en développement. Lorsque Pékin a négocié son entrée au sein de l'OMC, le dernier accord bilatéral, qui a menacé de tout retarder, n'était pas le fait d'un pays industrialisé protégeant ses marchés, mais du Mexique, qui avait tout à perdre à voir les barrières douanières américaines disparaître devant la déferlante de produits chinois.... Les devoirs de la globalisationPékin vit la mondialisation de manière heureuse. Au point d'en avoir oublié qu'à côté des avantages qu'elle en retire sur le terrain économique, il y avait une rubrique des «devoirs«, au premier rang desquels participer à la sécurité sanitaire globale.L'épisode du SRAS a été un réveil douloureux: la Chine a caché un problème sanitaire qui, alors que ses frontières sont grandes ouvertes et qu'elle accueille désormais des millions de touristes et d'hommes d'affaires, avait toutes les chances de gagner le reste du monde.Certains diplomates, à Pékin, soulignent que la Chine n'a pas encore compris la leçon sur le terrain économique, et ne voit toujours pas qu'à côté de la colonne «droits«, il y a la colonne «devoirs« pour un acteur devenu majeur de la mondialisation. L'OMC risque fort, dès lors, de devenir un terrain d'explication «franche« entre la Chine et ses partenaires dans les prochains mois...Une association plus étroite de la Chine et du G8 aurait assurément pour premier bénéfice de permettre à un pays qui aspire à jouer un rôle plus important sur la scène mondiale, certaines règles du jeu collectif.Même si ce n'est pas nécessairement au contact des plus grandes puissances du monde que ces règles sont nécessairement les plus faciles à observer.Reste la question qui fâche... La Chine peut-elle rejoindre le club des principales puissances du monde tout en gardant son régime autoritaire? Les «sept« pays fondateurs étaient tous des démocraties libérales en plus d'être les puissances économiques du monde. Le huitième, la Russie, est loin d'être une démocratie exemplaire, ne serait-ce qu'en Tchétchénie, mais en a au moins les institutions et les apparences. La Chine n'a ni les unes, ni les autres, pas même l'ambition.Une Chine qui continue à bafouer les droits de l'homme peut-elle prétendre à devenir l'une des puissances qui façonne le monde? La réponse morale est aisée, celle des politiques le sera moins.Une partie de cette équation repose sur les épaules, encore fragiles, de Hu Jintao, le nouveau numéro un chinois, que le monde découvre à l'occasion du G8 d'Evian. Il vient habilement de profiter de l'épidémie du SRAS pour renforcer son pouvoir face à ses rivaux au sein du parti communiste chinois. Mais l'habileté tacticienne ne suffit pas à en faire un homme qui compte sur la scène internationale.A lui de prouver qu'il peut devenir le «neuvième homme«...-------------------------------------------------------(*)Après avoir été chef du service étranger du journal Libération en France, Pierre Haski a donné une orientation différente à sa carrière: il est retourné au terrain en devenant correspondant de son journal à Pékin. Par ailleurs, il a été le représentant de Libération au sein des instances du réseau mondial de journaux, World Médias

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