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Culture

La Chine et le Pentagone
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2287 Le 31/05/2006 | Partager

Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de trois livres de référence sur le sujet: La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexes 2004; La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, 2005 (Ph. Cherkaoui)Le Pentagone vient de diffuser son rapport annuel sur la Chine(1). Ce n’est pas un instantané des capacités militaires chinoises, plutôt un aperçu de la manière dont l’establishment militaire américain perçoit la Chine au plan stratégique. Chaque année, le Pentagone doit démontrer au Congrès la réalité d’un adversaire potentiel assez redoutable pour justifier le maintien d’une armée permanente supérieurement équipée. Aux Etats-Unis, les élus, dont tout dépend, doivent être régulièrement convaincus de l’existence d’une menace. Comme l’Union soviétique a disparu, que l’islamisme radical n’est pas à la mesure d’une force conventionnelle ultramoderne, seule aujourd’hui la Chine, pourvu qu’elle s’arme et se montre agressive, pourrait faire l’affaire.. Blocus navalCe rapport n’est pas anodin. Si l’administration Bush le prend à son compte, il va lui falloir modifier la posture stratégique des Etats-Unis. Le Pentagone juge en effet la Chine capable d’entraver la liberté d’action navale des USA et s’inquiète de ses progrès en matière d’armement nucléaire. Si l’on en croit ce document, les Chinois demeurent attentifs à la question taïwanaise. Près de 800 missiles à courte portée (+10% par rapport à 2004) sont actuellement disposés face à l’île rebelle, distante du continent de 150 km. Pour la Chine, le principal obstacle à une réunification par la force est la marine américaine, la 7e flotte en particulier. Mais le pire est ailleurs. Les bâtiments de l’US Navy pouvant contrôler les eaux voisines de la Chine, celle-ci doit prendre en considération un éventuel blocus naval. Au temps de Mao, le risque paraissait secondaire tant l’ouverture sur le monde de l’empire du Milieu était marginale; en ce début de siècle, l’hypothèse devient une préoccupation stratégique majeure car le commerce extérieur de la Chine, facteur premier de son développement, s’effectue pour l’essentiel par voie de mer. Pour répondre à ce défi, les Chinois auraient renoncé à se doter d’une flotte à même d’équilibrer la puissance navale US: trop long, trop cher, trop difficile! Au lieu de quoi, la Chine préparerait le déploiement d’un système de missiles à longue portée destiné à s’en prendre aux navires de guerre américains, submersibles compris. Pékin, lit-on dans le rapport, «s’est engagé dans un effort soutenu pour être en mesure d’interdire le déploiement de toute flotte de combat hostile dans le Pacifique occidental». Pour y parvenir, la Chine développe ses propres armements dont 4 SNLE et des missiles balistiques de 12 000 km de portée, et acquiert en Russie ce qui lui manque. Pour la Defense Intelligence Agency, le renseignement militaire américain, une chose est claire: les Chinois s’équipent pour d’autres missions que la reconquête de Taïwan. Du coup, selon le Pentagone, la Chine risque d’entraver à terme la liberté d’action navale des Etats-Unis en même temps que le développement de son arsenal nucléaire la rend plus redoutable. Si le risque nucléaire ne semble pas excessif, compte tenu de la doctrine de dissuasion très orthodoxe en vigueur à Pékin, la menace que pourrait présenter la Chine pour les grandes voies maritimes internationales est, elle, d’une importance géopolitique primordiale.. BipolarisationLa prééminence américaine sur tous les océans du globe fonde la sécurité des Etats-Unis depuis la fin du second conflit mondial. L’URSS n’a pas pu s’y opposer. Si l’Amérique a les moyens de dépêcher des troupes partout sur la terre, aucun autre Etat, en revanche, ne peut forcer le territoire US, sauf par le biais du terrorisme ou d’une frappe nucléaire. Mais si la Chine est capable un jour prochain de neutraliser une flotte US à des milliers de km de ses côtes, l’équilibre des forces dans le Pacifique sera évidemment transformé. Si, de plus, Pékin affiche in fine une certaine parité nucléaire avec Washington, alors, du coup, le tableau stratégique de la planète serait bouleversé, une nouvelle bipolarisation du monde interviendrait. Pour le Pentagone, la première menace à la sécurité des Etats-Unis n’est finalement pas un terrorisme occasionnel mis en œuvre par des militants islamistes mais l’émergence d’une grande puissance navale, globale et nucléaire. Certes, les combattants du djihad menacent des vies américaines mais la Chine constitue un risque fondamental pour les Etats-Unis, leur hégémonie militaire et leurs intérêts.Que cette analyse soit le reflet ou non de la réalité n’est pas l’essentiel. Le rapport veut implicitement appeler l’attention des membres du Congrès sur la destination des financements futurs. Ceux-ci devraient aller, non à des opérations d’un autre âge en Irak ou en Afghanistan, mais aux moyens indispensables pour contrer une menace infiniment plus redoutable car globale et même existentielle. Les militaires américains ne changent pas. Il leur faut de l’argent pour appliquer le dogme, c’est-à-dire pour affirmer la toute puissance de leurs armes et appliquer la force si nécessaire, partout sur la planète, dans un délai très court et avec une extrême précision. Il restera aux alliés à bien vouloir prendre en compte le maintien de la paix là où elle sera troublée, y compris, pourquoi pas, à Bagdad et à Kaboul, dont il faut, comme le rapport le sous-entend, que les Etats-Unis se dépêtrent au plus vite!


L’arsenal nucléaire chinois

La Chine est la seule des membres permanents du Conseil de sécurité à accroître son potentiel nucléaire; elle détiendrait aujourd’hui 300 têtes stratégiques et 150 têtes tactiques non déployées mais devrait compter 500 têtes stratégiques en 2015; son arsenal comporte trois composantes, aérienne, terrestre et sous-marine. - La flotte de bombardiers stratégiques est en cours de modernisation. - Deux nouveaux missiles sol-sol, à propulsion solide, sont en cours de livraison, le Dongfong 31, mobile, d’une portée de 8 000 km, testé avec succès à l’été 1999, et le Dongfong 41, de 12 000 km de portée, à charges multiples.- Un nouveau SNLE est aux essais. Il va remplacer l’antique SNLE chinois d’origine soviétique. Les Chinois ont prévu d’en construire quatre d’ici 2015. -------------------------------------------------------------------------------(1) Voir Stratfor Intelligence Brief, The Pentagon’s view of China, 24 mai 2006 et Thom Shanker, Pentagon issues yearly warning on China, The New York Times, 24 mai 2006.

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