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La charge d'un gourou québécois contre le «rouleau compresseur» de la globalisation

Par L'Economiste | Edition N°:1531 Le 03/06/2003 | Partager

. Consultant et professeur à HEC Montréal, Omar Aktouf met en doute l'efficacité du modèle américain qui repose sur «la fabrication du chômage»Il n'a pas été à Evian où se tenait jusqu'à hier lundi 2 juin le Sommet du G8 mais le Pr Omar Aktouf, enseignant de management à HEC Montréal (voir encadré), qui se définit lui-même comme un «altermondialiste», continue son combat. A l'invitation de Polycompétence, Omar Aktouf vient d'achever un cycle de formations et de conférences auprès des entreprises marocaines. Sa croisade actuelle se focalise sur l'application d'idées «altermondialistes», c'est-à-dire «des pistes alternatives à la globalisation telle qu'elle est présentée par le FMI et l'OMC», insiste-t-il, et que vilipendent les militants altermondialistes. Consultant, il «essaie de passer des messages auprès des entreprises et des gouvernements qu'il existe une autre voie» que celle de la globalisation version FMI, selon ses propres mots. Obliger un pays comme le Bénin (où il vient d'achever une mission) à renforcer la monoculture du coton pour assurer le service de la dette, «ce n'est pas ce qu'il y a de plus intelligent» alors que les Béninois cherchent d'abord à manger. Bref, il s'agit de «réparer les dégâts de mesures d'ajustement en essayant de faire autrement».Lui-même consultant en management, Omar Aktouf reconnaît qu'il a contribué à la globalisation des concepts américains que la profession a souvent tendance à vendre dans le monde entier et qu'il fustige aujourd'hui. Exercice de grand écart? Pas du tout, rétorque le professeur montréalais. J'essaie, dit-il, «de combattre cette mondialisation telle qu'elle est présentée actuellement et en même temps, proposer des outils de management qui permettraient de faire en sorte qu'on en minimise les dégâts». Tout le problème est de faire le lien entre les contraintes, les conceptions et même les erreurs économiques et la pratique managériale. Dans son travail de consultant, Omar Aktouf s'efforce de montrer en quoi on peut ajuster et aménager les pratiques quotidiennes dans l'entreprise. Essayer de penser un management alternatif à une économie alternative. C'est cette idée qu'il développe d'ailleurs dans son dernier ouvrage, «La stratégie de l'autruche, postmondialisation, management et rationalité économique» qui a reçu le prix du meilleur livre de gestion cette année au Québec. Omar Aktouf rappelle qu'il n'est pas contre la libéralisation du commerce et la libre circulation des produits et des capitaux. «Mais étant donné le déséquilibre en termes technologiques, de disparités de richesse et de développement, cette libre circulation des facteurs se fait entre des Goliath et des David», nuance-t-il. La vraie théorie du libre-échange telle qu'elle a été vulgarisée par les économistes classiques prône l'établissement du libre-échange entre deux pays qui sont en état d'homogénéité optimale des facteurs. Entre des pays comme le Maroc, la Tunisie et l'Algérie à la limite, qui sont au même niveau sur bien des facteurs, le libre-échange ne peut être qu'avantageux. L'un des canaux de transmission des effets du libre-échange est le niveau des salaires. C'est ce que le consultant appelle «la vérité des salaires» prenant l'exemple de la circulation de la main-d'oeuvre. A niveau de qualifications égales, le coût du travail (salaire) se rapprochera du pays à faible niveau des salaires (pour les qualifications égales). Le management n'est rien d'autre que le bras armé de l'économie, martèle-t-il. C'est l'application sur le terrain de la façon dont «l'économie pense l'économie». La globalisation est marquée du néolibéralisme américain et la façon d'appliquer cette économie est forcément influencée par les traditions de management américaines.. Al Capone, le plus grand businessman du XXe siècle!A côté, il y a une autre forme qu'Omar Aktouf qualifie de management du capitalisme industriel que l'on trouve en Allemagne, en Scandinavie, au Japon et en Corée du Sud. Les Etats-Unis, l'Angleterre, la Suisse, le Canada pratiquent, eux, du capitalisme financier. Les deux ne sont pas assises sur la même logique: le Japon par exemple, a vingt fois moins d'avocats que les Etats-Unis, mais cinq fois plus d'ingénieurs et huit fois moins de comptables. Ce type de ratio est aussi valable par rapport à l'Allemagne, la Suède ou la Norvège. D'un côté, vous avez une société américaine hyperfinanciarisée et de l'autre, un environnement qui met en valeur l'ingénieur. Dans le premier cas, ce qui compte c'est la maximisation du rendement de l'argent investi et dans le second, les critères d'efficacité sont différents.Si le seul objectif du business était de faire le maximum d'argent, le plus grand businessman du XXe siècle serait alors Al Capone! soutient Omar Aktouf. Au-delà, le business se doit aussi de «rendre service». C'est là où réside le point de démarcation entre le capitalisme américain qui produit un management «qui ne marche plus» et le capitalisme industriel version scandinave ou allemande et japonaise, qui a tout l'avenir devant lui, estime le Pr montréalais. Pour ce dernier, le premier souci est de donner le meilleur produit par rapport à la concurrence. Ce n'est pas un hasard si les voitures les plus vendues dans le monde (y compris aux Etats-Unis) sont d'origine allemande, japonaise et suédoise. Comment expliquer alors tant de fascination pour les concepts de management américains et à l'efficacité reconnue de leurs entreprises? Tout cela est conjoncturel, tranche Omar Aktouf. Dans le contexte du rétrécissement de la demande solvable, le management à l'américaine montre ses limites, observe-t-il. En 2001, l'économie américaine a fabriqué 2 millions de chômeurs et probablement autant cette année. Pour gagner de l'argent à court terme, le management à l'américaine n'a aucun concurrent. Mais dans un monde où les aspirations de qualité de vie et de durabilité prennent de l'importance, il devient inopérant. La chute d'Enron et d'autres majors de l'industrie américaine traduit quelque part l'agonie du système américain, selon Omar Aktouf. Pour continuer à déclarer des profits, les entreprises américaines en sont arrivées à produire du chômage en masse. Leurs profits se font sur le chômage et la pollution! Si elles étaient soumises à des externalités ou à des lois sociales du type de celles qui dissuadent Wolkswagen de mettre 30.000 personnes au chômage en Allemagne, très peu d'entre elles réaliseraient des bénéfices. Qu'en pense General Motors?


Son parcours

L'origine maroco-algérienne, le Pr Omar Aktouf a un brillant parcours. Diplômé de plusieurs universités et de grandes écoles, il est membre du Centre d'études en administration internationale, du groupe d'études et de recherche sur le management de l'écologie (Germe) et du groupe humanisme et gestion. Auteur prolifique, il a publié de nombreux ouvrages. Sa dernière publication, «La stratégie de l'autruche: postmondialisation, management et rationalité économique» chez Ecosociété, a reçu le prix du meilleur livre d'affaires en 2003 au Québec. Cet ouvrage a été traduit en espagnol et portugais. Un autre de ses best-sellers est «le management, entre tradition et renouvellement», publié chez Gaëtan Morin. Il est à sa quatrième édition.Omar Aktouf dirige actuellement une équipe multinationale de recherche et d'application en développement durable à partir de l'université de Montréal. L'équipe est composée de personnes provenant de divers horizons: chercheurs de l'université métropolitaine de Mexico, de Cagliari (Canada), Montréal, de Kansas et de Paris Dauphine, des ingénieurs, des économistes et des professionnels de l'énergie, etc. C'est à la fois une remise en question technique, une relecture de l'économie politique à l'échelle mondiale et tentative d'élaboration d'une théorie du développement durable. Le sponsor principal des travaux de recherche est la compagnie publique mexicaine de pétrole.Abashi SHAMAMBA

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