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La Banque Mondiale chez L'Economiste : Au coeur du sujet: Appliquer les réformes

Par L'Economiste | Edition N°:203 Le 09/11/1995 | Partager

Quelle n'a pas été notre surprise de voir notre travail publié dans la presse!", constate M. Luc de Wulf, économiste principal à la Banque Mondiale. "C'est un grand changement au Maroc que cette discussion directe avec la presse" commente de son côté Mme Véronique Kessler, expert également à la Banque Mondiale.


Lors d'un petit déjeuner dans les locaux de L'Economiste, le mercredi 8 novembre 1995, trois experts de la Banque mondiale ont répondu aux questions des journalistes. Cette rencontre est une première: jusqu'ici les contacts entre la presse et les experts de la Banque Mondiale travaillant sur le Maroc étaient strictement "off the record".
Petite révolution: le dialogue peut passer "on the record". Mais les débats au petit déjeuner de L'Economiste se sont tout de suite orientés, non pas sur les questions techniques soulevées par les notes et rapports de synthèse fournis à SM le Roi par la Banque, mais sur les questions politiques. Le Souverain a été entendu: les textes de la Banque Mondiale servent de remue-méninges. L'urgence des réformes ne fait pas le moindre doute quelle que soit la sensibilité politique: en gros, chacun est prêt à sacrifier quelque chose devant cette urgence, "à condition que la communication soit claire, transparente et crédible", font remarquer les journalistes présents.

Aucun d'entre eux, même Kate Dourian de Reuter ou Jean-Pierre Tuqoi du Monde, ne profite de l'occasion pour entraîner les trois experts de la Banque Mondiale vers des commentaires de textes sur leurs rapports. L'information recherchée par tous n'est pas sur un détail de chiffre, y compris quand il est question de taux de change du Dirham(1). Ce n'est pas non plus le détail de la "recette" pour la croissance, sauf quand celle-ci parle de "gouvernement agile".
La vraie question devient alors de savoir pourquoi, quand il existe un consensus aussi fort, la mise en pratique traîne. Poids du passé politique (Jamal Berraoui-La Vie économique), mentalités trop maghzéniènes dans la classe politique et même dans la société civile (Khalid Jamaï-L'Opinion), les pouvoirs publics ne peuvent peut-être pas se passer de la tutelle Banque Mondiale (Fahd Yata-Al Bayane). Par quelque bout que le dossier soit pris, chaque commentaire revient vers le "political governance", l'art de prendre et d'appliquer des décisions politiques.

"Le rural, c'est moi"


"Ne soyez pas trop pessimistes", tempère M. De Wulf, le Maroc a réussi bien des réformes, ce qui compte c'est de ne pas en perdre le bénéfice. Il énumère alors la réforme financière, celle des protections... "C'est crédible quand c'est vous qui le dites, mais le drame c'est que le gouvernement n'arrive plus à faire passer ses messages positifs" (Fahd Yata). Revient alors sur le tapis le poids et l'aura du Premier ministre dans les formations gouvernementales marocaines. "Il faudrait un cadre d'arbitrage et de concertation," indique M. De Wulf, "tout en sachant que le Ministère des Finances doit être le gardien de l'orthodoxie financière", mais pas plus ni moins et tout en sachant que le Ministère de l'Intérieur a aussi pris trop de poids. Ce cadre d'arbitrage devrait pouvoir classer réellement les actions et "ne pas permettre que tous les ministères se réclament de la priorité du moment pour accaparer le Budget". Il donne l'exemple de la priorité au rural. La situation de ce dernier handicape la croissance et accentue les inégalités, mais l'important est de savoir bien traduire cette priorité en décisions budgétaires, alors que maintenant tous les ministères disent: le rural, c'est moi. "C'est cela qui est parfois exaspérant, les constats sont bien faits, mais l'on n'arrive pas à passer à l'action", note Mme Kessler.

Nadia SALAH


La recette de la croissance


Sur les quatre ingrédients qui constituent, aux yeux de la Banque Mondiale, les enjeux majeurs de la croissance durable, un seul est un peu nouveau et encore pas dans l'esprit de tous les journalistes présents au petit déjeuner de L'Economiste.
Il s'agit d'avoir "un gouvernement agile", sachant qu'il faut entendre par gouvernement non pas seulement l'équipe ministérielle, mais y ajouter les administrations. Rangée comme n°2 des ingrédients de la recette, l'agilité gouvernementale a pour objet de faciliter les initiatives et des actions du privé. L'agilité gouvernementale, c'est aussi ne pas employer 1.500 personnes dans une administration qui n'en a besoin que de 150, expliquent les experts. C'est aussi avoir un système judiciaire fiable, un système de prise de décision qui puisse clairement identifier les choix budgétaires après la fixation d'une priorité.
Le premier des ingrédients de la croissance reste les équilibres macro-économiques: la réduction du déficit public, la préparation de la zone de libre-échange (moins 20% de recettes budgétaires), la suppression des protections qui biaisent l'allocation des investissements... A noter: les experts soulignent que l'effort fiscal en faveur de l'investissement est maintenant largement suffisant. Les enjeux sont donc ailleurs.

Le point 3 concerne la "répartition équitable des fruits de la croissance". Les exclusions engendrent de gros risques politiques, soulignent les experts qui trouvent les statistiques sociales du Maroc "tristes". Ils citent l'exemple de la révolte des Indiens du Mexique, qui avaient été exclus des fruits de la croissance de leur pays.
Enfin, le point 4 concerne ce que l'on pourrait appeler le patrimoine naturel. Il comprend la préservation de l'environnement, avec en premier lieu la gestion de l'eau.
Pour les experts de la Banque Mondiale, l'accord de l'OMC signé à Marrakech l'année dernière, puis dans le même sens l'accord avec l'Union Européenne, vont être des impératifs catégoriques pour l'évolution du Maroc. Ces deux arrangements internationaux s'imposent au Maroc, qui les contracte librement, seront peut-être des relais aux programmes d'ajustement qu'il fallait négocier avec le FMI et la Banque Mondiale dans les années 80.
Néanmoins, au GATT comme pour le libre-échange, il s'agit "d'actes de foi", dont on ne connaît pas exactement le prix, mais que l'on n'a pas les moyens de refuser (Cf en pages 8 et 9).

Nadia SALAH.
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