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Economie

«L’important est de ne pas laisser les procédures prendre le pas sur les objectifs»
Entretien avec Salah Eddine Mezouar, ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau

Par L'Economiste | Edition N°:1861 Le 24/09/2004 | Partager

Près de trois mois après sa nomination, Salah Eddine Mezouar, qui n’a pas perdu ses réflexes d’industriel, brandit déjà sa nouvelle politique de repositionnement de l’industrie marocaine. Baptisé Vision 2010, ce projet qu’il qualifie de commun aux opérateurs privés et au gouvernement, doit permettre au Maroc de jouer dans la cour des grands, en développant les secteurs les plus porteurs à l’international. Agressivité, conquête de marchés, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau s’inscrit résolument dans une logique de gagnant, invitant les industriels et les systèmes financiers à se départir de leur frilosité, car pour lui, le «risque zéro» n’existe pas. «Ce n’est qu’ainsi que l’on peut résoudre l’équation du développement du Maroc». Au cours de son entretien avec L’Economiste, Mezouar a fait montre de détermination et d’optimisme, même s’il est conscient que «les changements ne se feront pas en un jour».- L’Economiste: Comment s’annonce votre première rentrée?- Salah Eddine Mezouar: Depuis ma nomination, un travail intense de préparation, d’adaptation et d’identification des problèmes a été effectué. Ce qui a permis de définir des priorités d’action, et d’annoncer les grands chantiers sur la base des orientations qui m’ont été fixées par le Premier ministre. Il s’agit de la mise en place d’une politique industrielle sur les dix années à venir, s’appuyant sur les grands métiers du Maroc pour un repositionnement stratégique sur l’échiquier mondial. Et à partir de là, initier des actions sectorielles. Cette politique industrielle, baptisée Vision 2010, devra bien évidemment tenir compte des changements du contexte mondial ainsi que les accords de libre-échange que le Maroc a signés et dont les atouts doivent être exploités. Un véritable chantier de fond avec comme perspective le repositionnement stratégique des secteurs qui portent le Maroc aujourd’hui et qui le porteront encore plus demain. Bien évidemment, ce redéploiement passe aussi par la réorganisation du commerce intérieur: développement des franchises, modernisation du petit commerce, développement de nouvelles sources de financement… Notre ambition est porter la contribution de l’industrie au PIB de plus de 25% contre 17% aujourd’hui.- A l’image de ce qui a été réalisé dans le secteur textile?- Effectivement. Comme cela a également été le cas pour le tourisme avec les résultats que tout le monde connaît. Aujourd’hui, les enjeux sont tels que l’on ne peut plus faire l’économie de cette démarche. Il y a des choix à faire, des moyens à allouer, une optimisation des ressources et les priorités connues de tous les acteurs publics et privés afin d’aboutir à une plus grande efficacité. Cela permettra d’avoir une plus grande visibilité et donc d’effectuer les bons choix. L’objectif de cette politique industrielle est que la position du Maroc soit claire et que les moyens mis en place soient planifiés dans le temps et affectés selon les priorités. Cela devrait également aider à développer un véritable marketing agressif sur le plan international pour drainer des investissements stratégiques pour le pays.- Quelles sont les grandes lignes de votre programme d’action?- Je tiens à rappeler qu’en amont de cette politique industrielle tout un travail de fond doit être réalisé, à commencer par un benchmarking dans un croissant qui comprend les pays allant du Maroc à la Pologne. Sachant que le Royaume tient une place prépondérante dans l’espace euroméditerranéen. Et sachant aussi que le Maroc est en compétition dans cet espace et également par rapport à d’autres regroupements régionaux. L’idée est de positionner le Maroc dans l’espace où il opère pour que plus tard il puisse devenir un acteur qui a du poids au niveau mondial. Nous avons l’avantage au niveau de l’espace euromed d’avoir des accords de libre-échange qui nous donnent accès aux deux plus grands marchés du monde. C’est déjà un atout qu’il faudra optimiser au plus vite. Après le benchmarking, il faudra identifier le potentiel interne de chaque secteur, surtout les plus porteurs au niveau mondial. Ce travail démarre dès la semaine prochaine et sera mené par le cabinet d’expertise Mac Kinsey, qui vient d’être retenu après un appel d’offres. Ce projet est effectué en concertation avec les autres ministères, le gouvernement, le secteur privé, afin qu’il devienne un projet commun, celui du Maroc. Celui-ci devrait s’étaler sur 20 semaines afin d’être opérationnel très rapidement.- Surtout qu’à partir de 2005, de nombreux changements au niveau mondial se profilent…- Des changements très importants, il est vrai. C’est pour cela que ce projet requiert une extrême cohésion et qu’il faut qu’il soit porté par tous les acteurs, qu’ils se l’approprient. Tous les pays qui ont réussi de grandes mutations ne l’ont fait qu’à ce prix-là. Ceci va nous aider également à affiner notre approche en matière de mise à niveau, particulièrement dans son volet stratégique et à nous inscrire dans des niches plus porteuses.- Dans la foulée, comptez-vous également adapter les instruments de mise à niveau au contexte actuel?- Nous y travaillons. Le Comité national de mise à niveau, piloté par El Mossadeq, a effectué un travail considérable de déblayage et de recadrage. Aujourd’hui, il y a une expérience pratique qui a montré quelques failles qu’il va falloir ajuster, telles que justement les critères d’éligibilité aux fonds. Aussi, le fonds de restructuration financière, initié par mon prédécesseur, est un outil auquel nous apportons les dernières retouches avec l’aide du ministère des Finances, les banques etc., afin de compléter le dispositif existant. Nous savons que les entreprises ont des problèmes d’endettement à court terme et que la difficulté pour une grande partie d’entre elles est de sortir de ce cercle vicieux. Le fonds de restructuration financière devrait répondre aux besoins de ces entreprises. Le Foman est aussi en train d’être réexaminé pour voir dans quelles mesures les critères d’éligibilité peuvent être modifiés et les montants relevés, afin qu’un maximum d’entreprises puissent en bénéficier. La finalité est de ne pas perdre de vue les objectifs de la mise à niveau que nous nous sommes assignés et de tout mettre en oeuvre pour qu’ils soient atteints. Les critères et les procédures ne doivent pas prendre le pas et se substituer à l’objectif. Ils ne doivent pas devenir un handicap. Et l’objectif en l’occurrence est de rendre l’entreprise plus compétitive, plus agressive et pour cela, elle doit avoir accès au financement. De plus, les systèmes se complexifient, exigeant garanties, contre-garanties, rendant impossible justement leur propre fonctionnement. Aujourd’hui, il faut laisser un peu de liberté, de confiance, accepter une marge de risque parce que le risque zéro n’existe pas.- Les systèmes financier et bancaire suivront-ils?- Chaque acteur économique a sa propre partition à jouer. Le rôle de l’entreprise est d’être transparente, de veiller à ce que ses ratios d’endettement soient corrects et qu’elle développe un management capable de la porter vers le haut. Le système financier, qui est, il est vrai, assez rigide doit également franchir le pas et se rapprocher de l’entreprise qui évolue perpétuellement. Il est vrai aussi que le banquier est en front line et ne peut parfois s’engager dans des spirales qui le mettraient aussi en mauvaise posture. L’idée est de donner leur chance à ceux qui ont encore une possibilité de se redéployer, de le faire. Mais il est impossible de le faire avec zéro risque. Nous avons également demandé aux banques de nous alimenter en statistiques pour faire le point sur le nombre d’entreprises sous-capitalisées, endettées ou celles qui ont un besoin de développement. Avec ces données, nous pourrons encore mieux adapter le dispositif de mise à niveau. - Que pensez-vous de la cabale menée en France contre les délocalisations qui profitaient quelque part au Maroc? - Je pense qu’ils vivent l’angoisse de la globalisation, un phénomène qui touche les pays industrialisés et les pays en développement. Personne n’y échappe. D’où l’importance des choix. Il faudrait, à mon avis, éviter la délocalisation accélérée. L’intelligence consiste à utiliser cette plate-forme de proximité que représentent les pays euroméditerranéens d’abord pour créer des partenariats. Mais aussi envisager de délocaliser le segment sur lequel le pays en question n’est plus compétitif. Cela évite les fermetures et les traumatismes liés aux fermetures.Et c’est plus dans cette optique de gagnant-gagnant que ces «délocalisations» seront bénéfiques au Maroc. Car le Royaume sera considéré alors comme un pays de relocalisation, pas de délocalisation classique, générant de la richesse et de la valeur ajoutée pour les deux parties. D’où l’urgence de la création de l’espace euromed. L’UE doit comprendre que son intérêt réside aussi dans le développement des pays du Sud.- De nombreux opérateurs craignent que l’accord de libre-échange conclu avec la Turquie ne leur soit préjudiciable…- Il faut cesser de camper sur une position défensive. Et si les Turcs sont capables d’exporter chez nous, pourquoi ne serions-nous pas capables d’en faire autant? La Turquie a peut-être des atouts mais aussi des faiblesses dans son système, tout comme le Maroc, à la seule différence, c’est que les Turcs sont plus agressifs à l’international. Ils sont toujours sur le qui-vive, ils se battent continuellement. Ils ne sont pas dans une logique défensive, mais plutôt à la conquête de nouveaux marchés. Et c’est justement cet état d’esprit qui doit animer les opérateurs marocains.Dans cet accord que nous avons conclu avec ce pays, la Turquie nous ouvre ses portes dès la première année, sans droits de douane alors que les nôtres ne seront totalement démantelés qu’au bout de dix ans. Je ne dis pas que certains secteurs ne seront pas menacés, mais il serait préférable de retrousser ses manches et de travailler ensemble plutôt que de remettre en cause l’accord. Il faut entrer dans la logique d’intégration euroméditerranéenne. Je pense aussi que les opérateurs ne sont pas assez informés sur le contenu de cet accord.- «Avec la mise en place de Vision 2010, l’ambition est de porter la contribution de l’industrie au PIB de plus de 25% contre 17% aujourd’hui, et ce sur les dix années à venir», indique Salah Eddine Mezouar, ministre de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau Propos recueillis par Radia LAHLOU

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