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    John Casablancas, patron de l'agence de mannequins Elite : "Je contrôle les plus belles femmes du monde"

    Par L'Economiste | Edition N°:113 Le 20/01/1994 | Partager

    Le pouvoir de la beauté reste le plus fascinant. Les mannequins font rêver et vendre. Tirant les ficelles, des patrons d'agence règnent sur des écuries de filles qui deviennent des stars riches, puis tout aussi puissantes. Derrière les divines Cindy Crawford, Linda Evangelista et jusqu'à une époque récente Naomi Campbell, se cache Elite, l'agence de mannequins la plus célèbre du monde basée à New York et présente dans plus de dix pays, fondée au début des années 70 par John Casablancas.

    Quand vous avez fondé Elite en 1971, aviez-vous un projet précis pour votre agence?
    John Casablancas : J'ai construit Elite sur les cendres de ma première agence et je me suis rendu compte qu'il vaut mieux bien s'occuper d'une star que moins bien de dix filles moyennes. C'est ainsi qu'est né le concept "Elitiste", mais, franchement, je ne savais absolument pas où j'allais.

    Un mannequin d'un style nouveau peut faire elle-même évoluer la mode ?
    C'est certain. Nous sommes créateurs et aussi suiveurs d'images. Mais notre business comprend plusieurs acteurs: en tête de liste, la rédactrice de mode, au rôle extraordinairement important. Elle impose le look. Et se trouve à l'origine de toutes les dérives. Ce que l'on voyait autrefois derrière la caméra se retrouve aujourd'hui devant : il y a quelques années, quand je regardais une séance photo, je voyais cette merveilleuse jeune femme, parfaite, maquillée divinement, avec une lumière qui l'éclairait comme une madone. Des vêtements incroyables, stylés à la perfection. Puis je regardais ce qui était caché : le photographe hirsute, barbu et sale. La rédactrice de mode bijoutée et ses cheveux rouges et jaunes, les coiffeurs aux tenues démentes, les maquilleurs boutonneux... Et peu à peu il y a eu une sorte de révolution : les gens qui étaient derrière la caméra se sont mis devant !

    Une "dérive" qui vous échappe ?
    Je crois cette catastrophe temporaire, parce que nous sommes des marchands de rêves et que tout le monde rêve à la grande beauté classique. Pourquoi démocratiser le métier? Une fois cette mode passée, les modèles redeviennent des filles d'1,68 mètre pas très jolies, qui ne feront pas de carrière.

    Tant que je serai à la tête d'Elite, la beauté sera la loi . La mode est la partie la plus superficielle du phénomène social et l'on ne doit pas se prendre au sérieux et continuer à fournir du rêve. Sinon, pourquoi pas les grosses, demain ? Il y a beaucoup de gens gros, on pourrait leur montrer leur image, avec des mannequins qui ressemblent à des Botéro. Je ne suis pas d'accord.

    - Précisément, on vous accuse souvent d'avoir dissocié la beauté de la séduction...
    Vraiment ? Je pensais que l'on m'accusait plutôt de l'inverse. J'ai toujours été accusé d'avoir injecté éhontément la sensualité dans ce métier... Eileen Ford avait l'habitude démontrer certaines de nos photos publiées dans le Vogue américains aux parents des filles en leur disant : "vous n'allez pas laisser votre fille représentée par des gens qui publient de telles choses..." Ford et Elite, c'est le jour et la nuit. Elle, c'est le "Bible Belt", l'Amérique profonde... Moi je suis un Européen qui déteste l'hypocrisie avec une passion fanatique. Ce que les top models vendent, c'est de la jeunesse, de la sensualité, de la joie de vivre... Nous sommes une entreprise commerciale.

    Chiffre d'affaires : 100 millions de Dollars US

    Une industrie comme une autre ?
    Non. Notre petite société de 250 personnes facture près de cent millions de Dollars par an, travaille avec des gens qui ont des budgets énormes. C'est un business sérieux, mais qui dépend d'éléments extrêmement subtils, intangibles. Nous sommes à la fois psychiatres, psychologues, conseillers matrimoniaux, médecins, conseillers fiscaux... Nous répondons aux problèmes de coeur, de placement d'argent, de peau, de famille, de choix d'avocat... Une telle nous soumet le plan de son appartement. Telle autre téléphone et nous réveille en pleine nuit parce qu'elle doit repasser des vêtements avant de partir en voyage le lendemain et ne sait pas brancher le fer...

    Et quand leur carrière est finie ?
    Les filles commencent vers 16 ans et finissent autour de 30. A 30 ans, ce sont de très belles femmes qui parlent deux ou trois langues, savent s'habiller, connaissent le monde, ont de l'argent.... C' est d'ailleurs tout mon problème : au début, elles ont énormément besoin de leur agence. A la fin elles nous envoient balader.

    Elles ont donc véritablement un pouvoir sur vous ?
    Je suis arrivé à un point où quand un mannequin me casse les pieds, je l'envoie promener.... Je gagne en général plus d'argent qu'elles - sauf peut-être Cindy Crawford ou Linda Evangelista - je n'ai pas besoin d'être lèche-bottes. Seules les plus grandes ont du pouvoir sur nous : quand un mannequin important nous dit "je m'en vais", on fait tout pour qu'elle renonce, parce que c'est une questions d'image. Plus que d'argent.

    Vos mannequins sont les héroïnes des défilés que l'on regarde plus que les vêtements...
    Heureusement, car souvent les vêtements ne sont pas terribles. Les créateurs savent que les grands mannequins les aident énormément. Les grands succès commerciaux des couturiers comme Lagerfeld ou Calvin Klein sont presque toujours liés à un grand mannequin.

    Les grandes maisons qui ont l'arrogance de penser qu'elles n'ont pas besoin de mannequins le payent très cher et reviennent en courant vers les top models.

    En quoi votre métier a-t-il évolué en vingt ans ?
    Quand je suis arrivé dans le métier, les agents étaient les patrons et contrôlaient ce que faisaient les mannequins. Une fille tremblait quand une agence la mettait à la porte. Maintenant c'est l'inverse avec les superstars et j'en suis en grande partie responsable... Extrêmement puissant jusqu'à un certain stade, je me main tiens avec des filles comme Cindy ou Linda en me donnant un mal fou pour les servir le mieux possible. Mais elles peuvent me renvoyer en deux secondes, après des années de travail de l'agence. Elles sont hyperprofessionnelles, mais extrêmement exigeantes. Il y a donc un moment où j'ai le pouvoir : c'est quand une Top travaille bien et que, selon ma volonté, je peux en faire une superstar. Tant qu'elle est Top, c'est un être humain parfaitement normal, et l'on peut résoudre tout problème qui se présente. Si elle peut devenir une superstar dotée d'un mauvais caractère - comme Naomi - il faut le savoir à l'avance. Alors depuis peu, si je vois qu'une top a ce potentiel... je lui fais signer un contrat spécial "superstar" !

    Qui exige quoi?
    Une clause indique que si la signataire accepte mes services, elle ne peut pas utiliser le fait que j'en ai fait une star pour me nuire. Je suis suffisamment vieux et riche pour prendre le risque et dire : "tu veux être une star, tu signes le contrat. Après, tu pars quand tu veux, mais je continue à toucher une commission sur tout ce que tu gagnes pendant dix ans, même si tu ne travailles plus pour moi".

    Le comble du pouvoir...
    Les mannequins sont aujourd'hui entourées d'une bande de piranhas, qui sont, surtout aux Etats-Unis, les avocats, les business managers, les tax consultants, une véritable mafia de middle men qui ne produisent rien et m'empêchent de travailler. Alors j'ai réglé le problème à ma façon...

    Je fais d'ailleurs en sorte que mon chiffre d'affaires dépende de moins en moins de ma division "superstar". Je veux contrôler mieux le destin de mon agence...

    Aujourd'hui, je "contrôle" les plus belles femmes du monde. Je ne suis ni un grand chef d'Etat, ni un écrivain, ni un philosophe, alors je peux m'amuser avec cela et être provocateur.

    Propos recueillis par Catherine Segal, World Media Coordination

    Elite et Ford : Duel au sommet de la beauté

    Ford Models Agency
    Date de création : 1947
    Créateur et directeur : Eileen Ford
    Chiffre d'affaires : environ 50 millions de Dollars par an
    Stars : Christy Turlington, Naomi Campbell, Isabella Rossellini, Jerry Hall, Ellie MacPherson
    Implantation : dans 5 pays

    Divisions: Hommes, Enfants, Femmes d'aujourd'hui, Télévision.
    Concours: Super Model Of The Year (depuis 1980)
    Elite Model Agency
    Date de création : 1971
    Créateur et directeur: John Casablancas
    Chiffre d'affaires : entre 80 et 100 millions de Dollars par an
    Stars : Cindy Crawford, Linda Evangelista, Tatjana Patitz, Yasmin Lebon, Karen Mulder
    Implantation : dans 11 pays
    Divisions: Casablancas Modeling and Career centers, Elite Hommes, New faces
    Concours: The Look Of The Year (depuis 1983)
    Adresses : Elite Model, 111 East 22nd Street, New York, NY, 10010, Etats-Unis
    Ford Models, Inc. 344 East 59th Street New York, NY 10022, Etats-Unis.


    John Casablancas

    Américain d'origine espagnole âgé de 52 ans, successivement agent de change, agent imrnobilier et directeur marketing pour Coca-Cola Brésil, il a découvert et monté la carrière de 90% des top models qui font aujourd'hui les "covers" de Vogue, Elle ou du Harper's Bazaar.

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