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Irak: La pire des solutions
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2431 Le 27/12/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004Le président Bush devrait décider début janvier quelle nouvelle politique il entend appliquer en Irak. Partir ou rester? Abandonner l’Irak à ses démons ou tenter encore d’y rétablir une certaine sécurité ? Solution militaire ou solution politique? La décision n’est pas facile à prendre car il n’en est aucune susceptible de garantir, dans un délai raisonnable, le retour de l’ordre en Irak, l’avènement d’un Etat démocratique, l’existence de populations désireuses de vivre ensemble. Un départ de la coalition ne sonnera pas l’arrêt des combats, la renforcer conduira à de nouveaux affrontements et à des pertes humaines accrues. Selon plusieurs échos en provenance de Washington, à commencer par l’interview du président Bush dans le Washington Post, mercredi dernier, prônant un accroissement des effectifs globaux de l’armée de terre et des Marines, la décision serait pratiquement prise d’envoyer en Irak une dizaine de brigades supplémentaires pour tenter d’enrayer la dégradation continue de la situation. Cette solution serait la pire de toutes, pour au moins deux raisons: 1.- 30.000 hommes de plus, six mois durant, ne rendront pas les troupes américaines plus performantes; 2.- Toute présence militaire US au Moyen-Orient, Irak inclus, va à l’encontre du but recherché; elle nourrit ce mal que l’Amérique entend combattre, le terrorisme islamique!L’inefficacité militaire manifeste de la coalition s’explique surtout par un renseignement défaillant. En Irak, l’Amérique dispose d’hommes en nombre suffisant pour encercler maints endroits où se terrent des insurgés; elle a la mobilité et les armes nécessaires pour frapper précisément, vite et fort. A condition de savoir où l’adversaire se trouve! La commission Baker (Irak Study Group) s’est dite frappée par cet échec du renseignement. Près de quatre ans après le début de l’invasion, les Etats-Unis n’ont toujours pas pris la mesure de leur ennemi. Insurgés sunnites et milices chiites demeurent pour l’état-major yankee un mystère quasi absolu. Le contraire serait étonnant. En temps d’insurrection, il n’est pas de renseignement sans contacts, ni agents, pas d’informations utiles et dûment recueillies sans une présence suivie sur le terrain, une connaissance approfondie du pays où l’on se bat, une culture bien assimilée de l’adversaire. L’officier de renseignement américain en Irak s’y trouve pour un an, deux au plus, une durée trop courte pour appréhender le problème dans son ensemble. Ne parlant pratiquement jamais l’arabe, il dépend d’interprètes incertains. L’absence de sécurité lui interdit de circuler partout, librement et discrètement. Il ne peut se constituer des réseaux d’informateurs ni aller lui-même interroger ses sources. En Irak, la DIA (Defense Intelligence Agency) fonctionne par le biais d’intermédiaires irakiens stipendiés à la loyauté forcément douteuse, tandis que ses innombrables capteurs techniques (écoutes radio électriques, observations satellites) sont d’une piètre utilité. . L’erreur stratégiqueLa coalition, mal informée ou désinformée, ne sait pas où frapper; quand elle le fait, elle se trompe souvent d’objectif. L’échec tactique est inéluctable. La stratégie n’est pas mieux lotie. Depuis 1991 et la guerre du Golfe, l’action des Etats-Unis dans la région prend appui sur une présence militaire imposante, encore accrue depuis la guerre d’Irak. Or cette politique est fondamentalement néfaste. Le rapport de la commission Baker propose un départ d’Irak progressif des troupes américaines; elle omet -peut-être volontairement- de suggérer l’abandon de la quasi-totalité des bases terrestres au Moyen-Orient pour proposer à la place le maintien dans les eaux internationales de tout le dispositif naval jugé souhaitable. Pour Al Qaida, cette présence des «croisés» en terre d’Islam est une opportunité à saisir. Toute base militaire américaine installée dans un pays arabe, nourrit la propagande islamiste et facilite le recrutement des militants; elle fournit des objectifs aux terroristes et peut déstabiliser l’Etat hôte. En Irak, comme dans tout le Moyen-Orient, les militaires US nuisent aux intérêts de l’Amérique au lieu de les défendre. Si la Maison-Blanche devait évacuer l’Irak en conservant des bases dans les Etats voisins, elle inciterait Ben Laden et ses affidés à reprendre leurs attentats, du type de ceux survenus à Dhahran en Arabie saoudite, 19 Américains tués le 25 juin 1996, ou à Beyrouth, 253 Marines tués le 23 octobre 1983.A vrai dire, un dispositif terrestre de l’ampleur actuelle paraît bien superflu. Pendant trente ans, le Pentagone a jugé nécessaire de se prémunir contre deux types d’adversaires, l’URSS ou un Etat de la région, désireux de s’emparer du pactole pétrolier. La première de ces menaces a disparu, la seconde pourrait être aisément neutralisée par les appareils de l’aéronavale US. Si les armées américaines ne savent pas comment faire régner l’ordre à Bagdad, en revanche, leurs munitions intelligentes stopperaient dans l’œuf toute velléité d’invasion iranienne, voire irakienne, à l’encontre d’un pays du Golfe. Bien entendu, si le retrait des troupes américaines devait intervenir un jour, il serait partiel et progressif. Le commandement américain conserverait un temps sur place les instructeurs idoines pour entraîner l’armée irakienne ainsi que des éléments de forces spéciales suffisamment dissuasifs pour empêcher un coup d’Etat, assez puissants pour détruire un repaire d’Al Qaida opportunément découvert. Cependant, le meilleur moyen de ramener la sécurité dans cette région si instable de la planète, outre le règlement de la question palestinienne, semble être, paradoxalement, d’y réduire dans de très fortes proportions la présence militaire américaine.


Pour ou contre le retrait?

Le premier sondage commandé par la nouvelle chaîne de télévision internationale France 24 a été publié dans Le Monde du 23 décembre. Il concerne cinq pays européens (Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie), et les Etats-Unis. Une des questions porte sur le retrait d’Irak des forces de la coalition. 66% ou 7 Américains sur 10 se disent favorables au retrait des troupes d’Irak. En pointe depuis le début contre cette guerre, 90% des Français veulent ce retrait, mais aussi 84% des Espagnols, 83% des Anglais, 82% des Allemands, 73% des Italiens.

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