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Irak: Comment les Américains ont raté la guerre d’après la guerre
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2267 Le 03/05/2006 | Partager

Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de trois livres de référence sur le sujet: La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexes 2004; La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, 2005Le 1er mai 2003, à bord du porte-avions Abraham Lincoln, le président Bush proclamait la fin des «opérations de combat majeures» contre l’Irak. Il n’imaginait pas alors l’ampleur de l’échec ni l’énormité des erreurs commises. Quelle victoire? Annoncer avoir gagné la guerre ne prête généralement pas à contestation. En Irak, oui! L’Irak ne reconnaît pas la victoire de l’autre, il ne s’avoue pas battu. Personne ne lui a d’ailleurs demandé son avis. L’Américain dit la guerre terminée. Mais la guerre ne cesse pas. Quelle guerre? En Irak, trois guerres se sont succédé. - La première, en mars 2003, oppose deux armées semblables à défaut d’être égales. - La deuxième, de mai 2003 à février 2006, est asymétrique. Des guérilleros peu nombreux(1), sans structures, dotés d’armes légères, affrontent l’armée américaine, aux effectifs calculés au plus juste, inadaptée à la tâche qui l’attend, mal ou suréquipée, profondément ignorante du pays, de ses usages et de sa langue. - La dernière guerre, enfin, est civile, entre chiites et sunnites. Elle semble avoir commencé le 22 février, avec l’attentat contre la mosquée de Samarra. La guerre comment? Le 1er mai 2003, les coalisés ont dû changer de posture, passer de la coercition à la pacification, une mutation qui n’était pas planifiée. C’est l’échec. Harcelés par de petits groupes de combattants, les Américains déplorent 250 tués ou blessés chaque mois. Alors ils s’enferment dans des bases inexpugnables, comme des forts en territoire indien(2). Une protection plus légère eut mieux valu. Le blindage donne de l’audace, pas l’enfermement. Tout de même, un quadrillage dynamique du «triangle sunnite» est organisé avec patrouilles, check-points fixes ou mobiles, bouclages et unités d’intervention. Mais l’immersion dans la population est ratée en raison des attitudes rigides de ces patrouilles, mise en joue systématique des passants, lunettes noires lors des entretiens, emploi de chiens. Les ripostes aux attentats sont meurtrières… pour les habitants. Lors des combats, la supériorité technique américaine a sa contrepartie. La précision des munitions conduit les insurgés à se disperser en milieu urbain où ils sont très difficiles à repérer et à détruire. Le renseignement de source technique (écoutes, imagerie spatiale) est peu productif. Les agents irakiens sont loin d’être sûrs; l’infiltration des mouvements est à peine amorcée. La question des effectifs est grave, en quantité comme en qualité. Les armées américaines manquent de fantassins, de linguistes, de familiers du monde arabe. Les conséquences sont lourdes: - L’impossibilité de multiplier les contacts, d’assurer une présence permanente là où elle serait souhaitable, de contrôler les frontières avec la Syrie et l’Iran. - Les agents de renseignement font défaut. De grandes opérations sont lancées contre les PC adverses supposés. Fouilles brutales, humiliation des hommes devant leurs familles, mépris des traditions d’hospitalité, entrée dans les mosquées les pieds chaussés, les résultats sont désastreux! Les arrestations faites souvent au hasard transforment des individus a priori non hostiles en partisans de l’insurrection. - Le recours aux réservistes et à la Garde nationale, pour plus de 50%, compromet à terme le recrutement de l’Armée de terre des Etats-Unis. - Des séjours trop longs -plus d’un an- joints au stress et à la cohabitation avec les employés des sociétés privées de sécurité, aux statuts et revenus différents, minent le moral. Une solution serait l’emploi d’unités irakiennes. Celles-ci demeurent mal formées, insuffisamment nombreuses, sous-équipées et encadrées, mal payées. De plus, leur emploi fréquent en fonction de leur religion attise les clivages ethnico-religieux, ceux-là même qu’il convient d’éviter. En Irak, trois ans après la chute de Bagdad, le terrorisme s’exaspère, les pertes humaines se pérennisent, le pays n’est pas gouverné. L’insécurité a empêché toute reconstruction sérieuse. Le pragmatisme américain paraît avoir échoué à trouver des solutions. La seule issue semble être le départ progressif des coalisés tenus en échec par une guérilla originale laquelle survit sans soutien de l’étranger et agit sans chef, sans organisation ni programme. Du jamais-vu!


Que pèse la coalition?

48 pays membres en mars 2003 (Corée 19, Golfe 22), dont la Mongolie, la Micronésie, les îles Salomon, le Honduras, l’Albanie, la Moldavie, Tonga… aucun pays arabe, aucun pays africain. 28 membres en avril 2006. Parmi ceux qui ont quitté : Espagne, Portugal, Pays-Bas, Norvège, Nouvelle-Zélande, Ukraine, Thaïlande, Philippines, Honduras, Hongrie, Singapour, Islande… 6 pays fournissent moins de 100 personnels, 13 de 100 à 1.000.Effectifs au 20 avril 2006: 151.700 hommes dont 132.000 Américains et 8.300 Britanniques pour 93% du total. Les autres gros contributeurs sont la Corée 3.300, Italie 2.600 (mais qui pourraient rentrer bientôt) et la Pologne 1.500 personnes.Les personnels des sociétés privées de sécurité seraient environ 20.000. ------------------------------------------------------------------(1) Entre 1.500 et 15.000, 40 groupes identifiés, selon les estimations variables du Pentagone trois années durant.(2) Selon l’expression de Doctrine, La guerre après la guerre, Paris, mars 2005, revue éditée par l’Armée de terre.

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