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Inflation: La face cachée

Par L'Economiste | Edition N°:2734 Le 13/03/2008 | Partager

. Forte flambée des produits alimentaires locaux . Stagnation, voire baisse des produits finis d’importation. La Caisse de compensation sauve la mise C’est surprenant, en 18 ans, l’indice général du coût de la vie n’a évolué en moyenne que de 78%. Cette moyenne traduit une évolution contrastée de l’indice global de l’alimentaire qui a crû de 82% sur la même période, alors qu’il s’est situé à 74,3% pour le non-alimentaire. En glissement annuel, le taux moyen de l’indice général est de loin en dessous de 3%. Seuil qui n’a été franchi qu’une seule fois durant la dernière décennie. Précisément en 2006 avec le retour à l’indexation du prix du pétrole à la pompe. Alors que les autres années de la décennie passée se distinguent par un taux moyen de l’ordre de 2%. Et pour cause, «les augmentations des prix demeurent relativement maîtrisées au Maroc», constate un cadre du Haut commissariat au plan (HCP). Sans oublier bien sûr le concours de la Caisse de compensation. Ce dernier a été déterminant durant les deux dernières années qui ont enregistré des hausses jamais connues par le passé. Et la spirale a particulièrement enflammé les denrées de première nécessité comme les céréales, les graines oléagineuses, les produits laitiers et dérivés ou encore les produits pétroliers. Il n’empêche que la répercussion de la flambée à l’international a été limitée à quelques produits, tels le beurre, les huiles, les laits et les farines issues du blé dur. Sans produire pour autant une quelconque aggravation du taux d’inflation qui a cumulé à 2% à fin 2007.C’est dire l’importance de l’apport de la Caisse de compensation. Certes, le panier de l’indice du coût de la vie regroupe 385 articles et 768 variétés de produits, mais il n’en demeure pas moins que des coefficients de pondération y sont associés. Et les produits alimentaires en accaparent le coefficient le plus important: 45,15%. Seulement, la «formule demeure neutre», soutient-on auprès du HCP. Elle n’a pour objectif que de mesurer l’évolution relative des prix de détail dans le temps et dans l’espace.Sur ces bases, comment ont évolué les principaux groupes de produits qui constituent la moyenne de la consommation des Marocains? Curieusement, ce sont bien les produits de chez nous qui ont le plus augmenté au cours des 18 dernières années en se référant à l’année de base, 1989.Qu’on juge par les chiffres. Entre 1990 et 2007, les prix du poisson frais ont augmenté de 114,5%, les fruits frais de 143%, les viandes de 85%, les légumes frais de 130% et les conserves de légumes et condiments de plus de 100%. A l’opposé, les conserves de fruits où prédominent les jus, confitures et marmelades n’ont vu leurs prix augmenter que de moins de 2% sur la même période. Mieux encore, ces prix ont accusé une baisse de 6,2% depuis 1997. Année qui marque la libéralisation des prix, intervenue en 1996, et l’amorce d’une réduction progressive des droits et taxes à l’importation. Car, faut-il le rappeler, ces produits proviennent pour la majeure partie de l’extérieur. Le thé et le café, qui sont à ranger dans le même cas, n’ont aussi augmenté que de 16,7% sur 17 ans et d’à peine 3,2% sur toute la dernière décennie. Il faut dire que ces produits, lorsqu’ils ne sont pas importés en emballage directement consommateur, ils ne subissent qu’une transformation primaire liée surtout au conditionnement. Paradoxalement, les corps gras, qui font l’objet d’une ouvraison locale, en particulier les huiles de table, ont subi de plein fouet l’effet de la conjoncture internationale.La flambée, toute récente, s’explique surtout par l’augmentation à l’international des graines oléagineuses. Entre 1990 et 2007, l’indice des corps gras a bondi de 85%. Mais la plus forte augmentation a été enregistrée au cours des deux dernières années du fait aussi de la flambée du beurre sur le marché international. Rien qu’en 2007, le prix de cette matière grasse a augmenté de 70%. En revanche, les prix des céréales et dérivés n’ont évolué que de moins de 50% au cours de la période considérée. Et depuis 2001 à fin 2007, ils se sont appréciés de quelque 20%. Ceci s’explique surtout par l’augmentation du blé dur qui ne bénéficie pas du soutien de l’Etat. Le sucre et produits sucrés, autre groupe bénéficiant du concours de la Caisse de compensation, ont vu leur indice de prix revalorisé de 35% entre 1990 et 2007, sous l’effet conjugué des hausses sporadiques enregistrées sur le marché international et de l’amélioration des prix réglés aux producteurs agricoles. Seulement, les prix de ces produits ont connu des hauts et des bas avec une tendance à la stagnation durant la dernière décennie, excepté en 2006 et 2007 durant lesquelles l’indice a augmenté successivement de 6 points.S’agissant de l’indice des produits non alimentaires, la plus forte augmentation sur les 17 dernières années revient au service des communications dont les prix ont enregistré une hausse moyenne de 144,5%. Il est suivi par le transport en commun, 81,2%, et le transport privé, 67,7%. Mais la hausse du loyer demeure de loin la plus remarquable de par sa tendance soutenue. L’indice du loyer s’est situé à lui seul au même niveau de l’indice général.


Le frigo et la bougie

Les indices, surtout ceux des prix, donnent toujours lieu à des batailles: les enjeux politiques sont évidents entre ceux qui trouvent que l’indice sur-évalue la hausse des prix et ceux qui ont intérêt à soutenir exactement le contraire.L’indice des prix comme le panier de la ménagère sur lequel il s’appuie ne disent que ce qu’ils sont: deux moyennes.Ceci posé, est-ce pertinent de regarder l’indice des prix sur une très longue période? Des produits ont disparu, d’autres sont apparus. C’est vrai, et c’est pour cette raison que la direction de la statistique ajuste régulièrement le panier en fonction des consommations qu’elle observe. En fait, sur une longue période, ce qui est pertinent c’est de comparer des produits dont l’usage est le même. De ce point de vue, les professeurs de statistiques citent à leurs élèves l’exemple de l’électricité remplaçant la bougie. L’exemple est intéressant, mais il n’épuise pas le débat. Oui l’électricité éclaire comme le faisaient les bougies, mais allez faire fonctionner un réfrigérateur avec une bougie!On peut discuter à perte de vue de la valeur de l’indice des prix et de la constitution du panier de référence… Il n’en reste pas moins que c’est la meilleure approche qui existe parce qu’il n’y en a pas d’autres.


Grandeur et misère des importations

Durant les quinze dernières années, on lit parfaitement sur le comportement de l’indice des prix les dates d’ouverture des frontières, produit par produit. Le premier effet est la disparition de la part de la douane sur la formation du prix, part qui pouvait autrefois aller jusqu’à doubler le prix.Le deuxième effet est celui de la concurrence sur les produits locaux équivalents.Mais d’un point de vue macroéconomique, l’ouverture des frontières marocaines a coïncidé avec l’arrivée massive sur les marchés mondiaux des producteurs à faible coût: la Chine et l’Inde. Pour tous les pays consommateurs, dont le Maroc, cette arrivée a été synonyme de très forte pression sur les prix. Cette pression explique largement le ralentissement de l’inflation mondiale durant les dix dernières années, et la faiblesse de l’inflation au Maroc aussi.Ce phénomène se termine. L’augmentation du niveau de vie en Chine et en Inde (comme chez les autres géants démographiques et industriels d’Asie) change la donne. Et ce, à deux niveaux.D’une part, la concurrence va se faire moins féroce sur les prix de produits concurrents, ce qui est plutôt une chance pour les unités marocaines comme l’offshoring, l’électronique ou le textile…D’autre part, la hausse des niveaux de vie dans ces pays d’Asie détermine des changements de comportement, dont les conséquences provoquent l’explosion des prix des denrées (céréales, lait…) tandis que l’emballement de la croissance asiatique engendre des tensions très fortes sur les matières premières et l’énergie.Sur vingt ans donc, nous aurons connu deux effets macroéconomiques totalement opposés de l’ouverture des frontières. D’abord la pression à la baisse des prix et aujourd’hui la pression à la hausse des prix.


Les usines et la ménagère

Sur une longue période, dix-sept ans, l’indice des prix décrit bien les difficultés et les opportunités du système productif marocain.Dans la branche des conserves et jus de fruits, la très faible progression des prix montre à quelle pression ont été soumises les usines marocaines. Il est évident, a posteriori, qu’elles ont eu beaucoup de mal à survivre: une grande partie d’entre elles a d’ailleurs disparu. Ne citons que les unités qui étaient les plus en vue comme Frumat ou le groupe Covem. Pour ce dernier, les capacités d’innovation dont il faisait preuve n’ont pas été suffisantes devant les féroces pressions sur les prix. Pendant ce temps, les épiceries et les rayons des supermarchés se sont remplis de jus et conserves importés… qui ont fait le bonheur des consommateurs.Tout à l’opposé de l’échantillon, figurent les poissons frais dont les prix ont explosé. Le phénomène recouvre plusieurs éléments: la raréfaction de la ressource qui concerne aujourd’hui le Maroc comme n’importe quel autre pays côtier. Mais aussi l’amélioration de la filière pêche en amont, laquelle était ruinée il y a vingt ans et s’est reconstituée depuis. Enfin, il y a l’internationalisation du poisson du Maroc, internationalisation qui fait que les prix intérieurs ont tendance à s’aligner sur les prix extérieurs. Au grand dam de la ménagère.Troisième cas d’école, les producteurs qui résistent victorieusement à l’ouverture des frontières commerciales. La branche du thé et du café est un exemple à méditer. Certes des torréfacteurs et des négociants marocains ont disparu, mais d’autres se sont au contraire renforcés au point qu’ils ont fait barrière à l’entrée de concurrents internationaux. Ce sont encore les opérateurs marocains, puissamment reconvertis au marketing, qui tiennent le haut du pavé dans cette branche, et ce, sans augmentation significative des prix. A.G

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