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Il aurait fallu laisser échouer le cycle de Doha!
Par Dani RODRIK

Par L'Economiste | Edition N°:2201 Le 26/01/2006 | Partager

Dani Rodrik enseigne l’économie politique et l’économie internationale à la John F. Kennedy School of Government de l’Université deHarvard. Ses centres d’intérêt concernent les bonnes pratiques en matière de politique économique. Son dernier livre est «In search of prosperity» (A la recherche de la prospérité), qui couronne ses recherches comparatives en matière de politique économique. Un autre de ses livres a alimenté une vaste polémique universitaire et politique: Has Globalization Gone too Far?» (La globalisation est-elle allée trop loin? ouvrage publié en 1997). L’analyse montrait déjà comment les gouvernements allaient être de plus en plus écartelés entre les «gagnants apparents» et les «perdants apparents» de la globalisationPOUR réussir parfois, rien ne vaut un bon échec!Imaginons que les ministres du Commerce de tous les pays soient sortis de la réunion de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui s’est déroulée à Hong Kong à la mi-décembre, avec une déclaration toute simple: «Nous n’avons pas réussi à trouver un accord, nous ferons mieux la prochaine fois». Cela aurait poussé le cycle de Doha, et son principe de «développement», vers une conclusion sans succès mais cela n’aurait été en aucun cas une catastrophe. Au contraire. . Des déclarations sans fondementVoyez ce que disent les responsables de la Banque mondiale et de l’OMC et vous obtiendrez une bonne dose de déclarations exagérées sur les avantages qu’offre le cycle de Doha en cas de réussite. Ces responsables semblent souvent nous dire que, dans les pays en développement, la survie de centaines de millions de pauvres est dans la balance. Examinez ces déclarations de près et vous découvrirez qu’elles sont sans fondement. L’estimation la plus récente de la Banque mondiale indique que la libéralisation totale du commerce (y compris dans la fabrication et le développement des nations elles-mêmes) produirait un gain net d’un demi-point de revenu pour les pays en développement. Mais cela n’empêche pas la banque de faire de son mieux pour cacher ce faible impact derrière des déclarations qui semblent très impressionnantes. Le fait est que l’économie mondiale est plus ouverte aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été et qu’elle le restera, même si les négociations du cycle de Doha se concluent sur un échec, l’année prochaine. Les pays en développement se sont, pour la plupart, ouverts de manière significative au commerce international et n’utilisent plus les politiques d’autrefois qui leur faisaient grand tort, notamment les quotas limitant les importations. . L’équilibre des PVD a basculéL’équilibre politique dans ces pays a basculé de manière décisive en faveur des groupes de défense du commerce international, orientés vers l’extérieur. Dans ces pays avancés, les barrières douanières portant sur les biens manufacturés et de nombreux services ont atteint leur niveau historique le plus bas. Il serait difficile d’identifier les pays pauvres dont les perspectives de développement sont sérieusement entravées par les restrictions d’accès aux marchés étrangers. Tout pays dont la stratégie de développement est raisonnable, connaît une certaine croissance économique, que les échanges commerciaux viennent soutenir. Qu’en est-il de l’agriculture? Les subventions agricoles et autres formes de financement dont bénéficient les agriculteurs américains et européens menacent-elles la survie de millions de fermiers pauvres? Si l’on s’en débarrassait progressivement, réduirait-on la pauvreté dans le monde de manière significative?La réalité est que l’impact global de la libéralisation de l’agriculture dans les pays riches serait relativement faible et assez inégal. Ces politiques pourraient faire du tort aux producteurs d’autres pays, mais elles profitent également aux consommateurs pauvres des villes. L’équilibre dépend du profil de pauvreté de chaque pays et de l’importance des importations et des exportations de produits agricoles.Bien sûr, certains auraient beaucoup à gagner en cas de réforme des politiques agricoles, mais ce sont principalement les consommateurs et les contribuables des pays riches. Certains grands exportateurs de produits agricoles, aux revenus moyens, notamment le Brésil et l’Argentine, en tireraient profit également. De tels effets ne sont pas insignifiants, mais ils ne représentent qu’une petite partie de la réalité que nous dépeignent les extrémistes du libre- échange. Le seul risque sérieux, en fait, en cas  d’chec des négociations du cycle de Doha, serait que les pays riches prennent leur propre rhétorique au sérieux et réagissent de manière improductive pour prouver qu’ils avaient raison. Les Etats-Unis, tout particulièrement, pourraient intensifier leur recherche d’accords bilatéraux, qui leur permettent d’imposer toujours plus les priorités inappropriées de leurs politiques sur de plus petits pays. Il reste une possibilité pour que les négociateurs trouvent un accord de dernière minute à Hong Kong qui leur permette de crier victoire. Nous aurions alors un accord qui aura été largement saturé et mènera assurément à une désillusion future, particulièrement dans les pays en développement. Nous aurons également abandonné l’espoir d’un véritable cycle de développement pour la prochaine fois.Parfois, rien ne vaut un échec pour réussir. Le cycle de Doha en est l’illustration parfaite.


Les joies de la rupture

LE bon côté des choses dans une rupture amicale des négociations commerciales est que cela aurait donné aux négociateurs la possibilité de se concentrer sur d’autres questions, bien plus importantes pour les nations en développement. La prochaine fois, les négociations commerciales devraient examiner les deux oublis les plus évidents à ce jour:- Faire un effort réel pour améliorer la mobilité des travailleurs temporaires des pays pauvres vers les pays riches. C’est là que les bénéfices de la libéralisation seraient les plus importants, parce que c’est là que les barrières sont les plus insurmontables. - Créer un «espace politique» pour les pays en développement, dans les accords de l’OMC. Les pays en développement, poursuivant des politiques industrielles et commerciales favorisant la croissance, s’attirent toujours plus les foudres des règlements restrictifs de l’OMC. Or, les superstars de la croissance, notamment la Corée du Sud, Tïawan, la Chine et bien d’autres n’auraient pas été à même d’adopter les stratégies de croissance qu’elles mirent en place à l’époque si les contraintes actuelles de l’OMC avaient été en vigueur alors. Les responsables de l’OMC doivent tirer les leçons de l’expérience faite dans ces pays et subséquemment réformer leurs règlements.

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