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Dossier Enseignement
En attendant la réforme de l'enseignement, quatre personnalités livrent leur analyse

Gratuité, arabisation et unicité, l'avis de: Ismaïl Alaoui, Driss Benhima, Soumaya Naâmane-Guessous Hassan Esmili
Par L'Economiste | Edition N°:524 Le 08/06/1999 | Partager

La formule de la gratuité de l'enseignement est-elle encore viable dans le contexte actuel?

- M. Driss Benhima:
La gratuité s'impose pour l'éducation en faveur des couches populaires à tous les niveaux de l'enseignement. Toutefois, elle ne doit pas servir d'alibi à la mauvaise qualité et à la non-sélection.

- M. Driss Benhima:
La gratuité s'impose pour l'éducation en faveur des couches populaires à tous les niveaux de l'enseignement. Toutefois, elle ne doit pas servir d'alibi à la mauvaise qualité et à la non-sélection.

- Mme Soumaya Naâmane -Guessous:
C'est un débat prématuré car la moitié de la population marocaine est rurale et ne dispose pas de liquidités pour assurer la scolarité de ses enfants. C'est un débat prématuré dans la mesure où la majorité des salariés touchent le Smig, sans compter que la scolarité au Maroc revient très cher. Le cartable est très coûteux et l'échec de la pédagogie de l'enseignement oblige les parents à recourir aux cours supplémentaires. Aujourd'hui, le choix n'est pas permis. Le privé est choisi lorsque l'on dispose de moyens et au prix de grands sacrifices. Le public reçoit, quant à lui, les plus démunis et les plus désespérés.
- M. Ismaïl Alaoui:
Il ne fait pas de doute que les objectifs de généralisation de l'enseignement fondamental et l'amélioration de la qualité de ses prestations ont un coût. Ces objectifs qui constituent, avec la rationalisation de la gestion du système éducatif, la pierre angulaire de notre politique, répondent à une forte attente de notre pays, exprimée solennellement par Sa Majesté le Roi, et constituent un engagement du gouvernement pris à travers sa Déclaration gouvernementale. C'est dire qu'il y a là une volonté nationale de préparer les conditions du développement de notre pays en mettant à niveau le système éducatif. La rationalisation de la gestion peut certes dégager quelques moyens, mais il ne faut pas se leurrer: les capacités d'utilisation des structures de l'enseignement fondamental ne sont pas loin de la saturation. L'enseignement fondamental doit donc disposer de moyens supplémentaires, préservant le principe de l'égalité des chances et de l'obligation scolaire. Les sources de financement sont à notre sens de deux natures. Tout d'abord, un effort accru des pouvoirs publics est nécessaire: à titre indicatif, rappelons que l'augmentation du budget de l'Education Nationale, dans l'actuel projet de Loi de Finances 1999-2000, est de 1,15% quand celui de l'Etat est en hausse de 3,3%. D'autre part, nous travaillons sur de nouvelles possibilités de financement à travers le fonds d'équipement communal, ainsi que sur la mise en place d'un fonds spécial de soutien à la scolarisation, mécanismes novateurs que nous comptons soumettre à la Commission Spéciale Education-Formation (Cosef). Il faut bien comprendre que l'obligation scolaire pour l'enseignement fondamental, qui constitue une nécessité et répond à une volonté profonde, a pour corollaire la préservation de la gratuité pour ce niveau d'enseignement.

- M. Hassan Esmili:
L'enseignement de base est d'abord un service public. Cela veut dire que l'Etat a la charge de l'organiser, de le généraliser, d'en faire une obligation pour les parents et de trouver ses sources de financement.
Il l'assume pleinement dans les pays développés, en s'appuyant sur les rouages démocratiques, qui permettent d'associer les différents partenaires sociaux à l'élaboration de la philosophie de cet enseignement.
Pour des raisons politiques et/ou économiques, la plupart des Etats des autres pays n'y sont pas arrivés. Le taux de scolarisation y atteint rarement 50% des enfants à scolariser. Les déperditions sont fortes. Le système éducatif est peu performant. L'analphabétisme sévit dans les deux tiers de la population.
Le Maroc est aussi concerné par ce tableau noir. La gratuité ou la non-gratuité de l'enseignement doit être examinée dans ce contexte. Le principe de départ est que l'Etat a l'obligation de servir un enseignement fondamental de qualité.
Si les moyens de l'Etat ne lui permettent que partiellement d'atteindre cet objectif, il doit imaginer et créer des sources de financement qui peuvent être de diverses origines: l'investissement privé doit être encouragé et aidé pour que le coût soit raisonnable; les collectivités locales (régions et communes) ont un rôle important à jouer dans ce sens; les entreprises (certaines d'entre elles affichent des bilans très positifs) peuvent contribuer à développer une caisse spéciale pour l'enseignement; les citoyens aussi, selon leurs moyens et indépendamment des enfants qu'ils ont à l'école, peuvent alimenter cette caisse. La Zakate, qui va être organisée bientôt, peut être une source significative. L'enseignement nécessite, à notre avis plus que tout autre secteur, une mobilisation générale et un élan de solidarité nationale. Le faible pouvoir d'achat de la majorité des Marocains ne permet pas d'abandonner la gratuité, sans avoir réfléchi à une alternative sérieuse, qui permettra d'améliorer sensiblement notre système éducatif et le généraliser. En dehors d'une solution de cette nature, notre enseignement deviendra de plus en plus un enseignement de classe, qui opérera une sélection par l'argent et dans lequel le véritable mérite comptera peu.

- M. Driss Benhima:
La problématique de la langue n'a rien à voir avec la qualité de l'enseignement. La sélection méritocratique est la solution aux problèmes de qualité de l'enseignement. L'arabisation doit être poursuivie et maintenue.

- Mme Soumaya Naâmane-Guessous:
C'est une très grande hypocrisie. Certes, l'arabisation a émané d'un élan nationaliste, mais ceux qui l'ont prôné n'ont jamais envoyé leurs enfants dans ce système. L'arabisation a été faite sur un coup de coeur sans projection à long terme. Elle aurait dû être adaptée au lien de cet arabe en relation avec l'environnement international. Arabiser, oui, mais pas se couper des autres langues dans un monde qui se veut de plus en plus universel.

- M. Ismaïl Alaoui:
L'arabe, langue officielle de notre pays, est comme toutes les langues capables de répondre aux nécessités de la vie moderne et aux évolutions scientifiques et technologiques. Ce serait lui faire un mauvais procès que d'assurer le contraire. Le problème est que nous ne sommes pas suffisamment intéressés à la langue arabe, à son évolution, à son adaptation et aux moyens les plus adéquats pour son enseignement. Nous avons dans ce sens avancé l'idée d'un Observatoire des langues, dont la langue arabe, chargé en particulier de réfléchir sur les méthodes d'enseignement des langues les plus adaptées à notre pays. Ceci dit, notre pays a également des spécificités culturelles qui lui dictent de prendre en charge la culture et la langue amazighies.
D'autre part, le renforcement de l'enseignement des langues étrangères, en tant que support d'ouverture culturelle, revêt un caractère hautement utilitaire dans la mesure où il nous permet de mieux suivre l'évolution des connaissances, tout en accompagnant nos choix civilisationnels basés sur l'ouverture, la tolérance et le respect conscient de l'autre.

- M. Hassan Esmili:
L'arabisation, elle aussi, doit être posée dans un contexte plus général. Il faut dire d'abord que, de l'avis d'une grande partie du corps enseignant et des experts, l'arabisation n'a rien à voir avec l'état actuel du système éducatif marocain. D'un autre côté, la question linguistique dépasse le cadre de l'école. Nous avons tergiversé pendant presque cinquante ans sur cette question. La mondialisation et les contraintes d'une ouverture réelle vont nous obliger à trancher un jour ou l'autre. Nous avons intérêt à le faire à froid et à planifier une solution sérieuse et courageuse. A mon sens, celle-ci doit venir de la réalité "réelle" du Maroc et non pas de celle qu'on affiche. Dans cette réalité, il existe deux langues communautaires: la langue arabe (dans ses deux formes orale et écrite) et la langue amazigh dans ses trois composantes de base. Chacune de ces deux langues doit être reconnue et considérée à sa juste place.


L'unicité des programmes est-elle judicieuse?

-Mme Soumaya Naamane-Guessous:
L'un des éléments qui a contribué à l'échec de l'enseignement est la mainmise sur les programmes. Ces derniers sont décidés et élaborés à huis clos dans un bureau sans évaluation. Cependant, aujourd'hui il y a une prise de conscience pour revoir les fondements du système éducatif. Nous attendons donc les réformes que mettra en place la Commission Spéciale Education-Formation.

-M. Driss Benhima:
Plus de liberté est possible, à travers des examens nationaux crédibles, impartiaux et sélectifs.

-M. Ismaïl Alaoui:
L'objectif premier et fondamental du service public d'éducation est d'assurer une culture générale et une qualification à tous les jeunes, de permettre leur insertion dans la vie sociale et professionnelle et l'exercice de leur citoyenneté, dans le cadre de l'égalité des chances et quelle que soit leur origine sociale, culturelle ou géographique. D'où la nécessité de veiller fermement à ne pas glisser vers une école à plusieurs vitesses.
Ceci dit, au-delà de ce moule qui doit assurer une certaine cohérence nationale et dont nous voulons améliorer les prestations pour être à la hauteur des attentes de notre pays, nous oeuvrons parallèlement à une plus grande ouverture de l'école sur son environnement, et à l'implication de la communauté et de la commune locale.
C'est le sens que nous donnons au projet d'établissement, qui permet de définir, en fonction des conditions locales, les moyens spécifiques pour atteindre les objectifs et programmes nationaux. Cela concerne l'organisation interne de l'établissement, les rythmes scolaires, l'action culturelle, les activités complémentaires

-M Hassan Esmili:
Vis-à-vis de l'unicité, l'Etat marocain a une attitude paradoxale. Il a créé lui-même plusieurs types d'enseignement: l'enseignement moderne bilingue, l'enseignement moderne arabisé, l'enseignement originel, etc. Il impose à l'école privée un programme unique, tout en lui permettant des "ajouts" qui le distinguent de l'enseignement public. La mission française développe tout un réseau d'écoles privées de type français, etc. En fait, le contrôle échappe de plus en plus au Ministère de tutelle, sans que l'on abandonne vraiment l'unicité et sans que l'on organise la diversité. Il est vrai que l'ère de l'école nationale unique est révolue. L'école doit être plurielle. Elle doit pouvoir s'adapter à son environnement. Il faut bien former les enseignants et leur faire confiance pour faire développer chez eux l'esprit d'initiative, de recherche et de créativité. Les supports pédagogiques et les programmes doivent être variés.

Propos recueillis par Malika El JOUHARI & Hassan BOUCHACHIA


M. Ismaïl Alaoui, ministre de l'Education Nationale dans le gouvernement d'alternance. Enseignant de géographie à l'Université, il milite au sein du PPS, où il a participé à la rénovation idéologique.
Homme cultivé, il est attaché à l'arabisation, mais à condition que l'ouverture aux autres langues se fasse bien.

Mme Soumaya Naâmane-Guessous, sociologue et professeur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Ben M'Sik à Casablanca. Elle conduit en ce moment une investigation de longue haleine sur les comportements au sein des familles et dans le système scolaire. L'école primaire Lalla Aïcha est son champ-pilote de travail. C'est Mme Naâmane-Guessous qui a révélé l'ampleur de la violence scolaire et familiale, à Marrakech, lors du séminaire patronné par Wafabank, en mars dernier.


M. Driss Benhima, directeur de l'ONE, responsable pour la candidature du Maroc pour la Coupe du Monde, membre du G14, s'exprime, comme à son habitude, de manière rapide, sans fioritures. Pourtant le lecteur aurait aimé en avoir davantage. Cerise sur le gâteau, comme on dit, le nom de famille de M. Benhima, est rattaché à un ministre de l'enseignement, qui avait pris autrefois des positions radicales sur le bilinguisme et sur l'ouverture. A cette époque, cela avait donné de furieux débats politiques. C'est peut-être à ce moment que le Maroc s'est forgé ses tabous sur l'éducation qui l'ont tant handicapé depuis?

M. Hassan Esmili, enseignant-chercheur, est ancien doyen de la Faculté des Lettres de des Sciences Humaines de Ben M'Sik. Nos lecteurs le connaissent pour avoir participé avec vigueur, au débat né de la grande enquête auprès d'un millier de familles, sur l'éducation. Cette enquête de L'Economiste avait entre autres fait ressortir que les parents souhaitaient l'élargissement du bilinguisme.

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