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Gulliver empêtré
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2385 Le 18/10/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004 L’explosion de la bombe nord coréenne, le 9 octobre, pourrait agir comme un révélateur. Les Etats-Unis sont vulnérables. Un certain nombre d’Etats ou d’organisations doivent aujourd’hui juger le moment rêvé pour s’en prendre à l’Amérique. Ses forces terrestres, hypothéquées en Irak et en Afghanistan, sont à la limite de leurs capacités. Washington n’a pas les hommes pour intervenir ailleurs si cela s’avérait nécessaire. De plus, une défaite des Républicains aux élections de novembre risque de restreindre la liberté d’action du président des Etats-Unis. Pour les adversaires de la grande démocratie, il y a là une opportunité à saisir. Pyongyang en a profité et la réaction US à son essai nucléaire a été à la fois modérée et multilatérale. L’explosion a beau n’avoir pas réussi à dégager une puissance convenable, l’agression politique demeure, et le moment choisi par la Corée du Nord était le bon. Celle-ci est géographiquement trop proche de l’allié japonais pour que les Etats-Unis puissent frapper les sites atomiques coréens avec des armes nucléaires. Un bombardement conventionnel semble également exclu, Pyongyang pouvant déclencher brusquement le feu de son artillerie contre Séoul. Même une action terrestre serait problématique avec des unités américaines stationnées en Corée aux effectifs réduits et qui viennent de se repositionner dans le sud de la péninsule. L’administration Bush, trop préoccupée par ses actuels soucis extérieurs et électoraux, semble ne pas avoir planifié sa réplique au défi nord-coréen. Cette «absence»(1) de l’Amérique a sans doute rendu plus facile la décision de M. Poutine d’ordonner, pour cause d’espionnage, un blocus terrestre, aérien et naval de la Géorgie, alliée des Etats-Unis. D’ailleurs, Washington a plus besoin de Moscou que l’inverse, à la fois pour garantir le sérieux des sanctions contre la Corée du Nord et pour aider à contraindre Téhéran. Moralité: le Kremlin, tout comme la Chine et à l’inverse de la Maison-Blanche, dispose d’une rare liberté d’action. . Un problème militaireLà réside le souci stratégique du président des Etats-Unis. Et cette situation déplaisante risque de durer. Il suffit d’imaginer une prochaine victoire des Démocrates; s’ils parviennent à s’assurer une majorité au Sénat et au Congrès, leurs pouvoirs budgétaires leur permettront de contrôler la politique étrangère; avec le gain d’une seule assemblée, il leur serait encore possible de bloquer toute nouvelle initiative de l’administration républicaine. Toutefois, le cœur du problème reste militaire. L’impasse irakienne pèse sur la diplomatie des Etats-Unis. Impossible de parler haut et fort sans un «gros bâton» susceptible d’être brandi. La Corée du Nord est un exemple parfait de ce à quoi peut ressembler une politique multilatérale si elle ne peut être appuyée par une option possible d’action militaire unilatérale.Des sanctions contre Pyongyang ont certes été votées mais leur application est douteuse. Ni la Russie, ni la Chine ne devraient participer aux contrôles navals indispensables. Cela leur sera d’autant plus facile que la résolution 1718 ne leur crée pas d’obligation en la matière mais se contente d’en appeler à la bonne volonté des Etats. Ni Moscou, ni Pékin ne souhaitent voir des navires de guerre occidentaux, japonais ou coréens du sud, patrouiller dans des eaux que ces deux capitales préfèrent contrôler elles-mêmes. Ni Pékin, ni Séoul n’entendent rompre les liens économiques avec leur voisin et la Corée du sud entend poursuivre la réalisation de ses projets au Nord, comme la création d’une zone industrielle et l’aménagement de sites touristiques. Déjà, la Chine, par la voix de son ambassadeur à l’ONU a refusé d’inspecter les navires quittant ou parvenant en Corée du nord. Elle craint, dit-elle, des incidents graves qui mettraient en péril la paix et la stabilité de la région. Faute de pouvoir mettre en œuvre une action concertée entre puissances aux intérêts divergents, faute également d’être capable d’engager d’une action militaire coercitive, les Etats-Unis sont dans une impasse stratégique manifeste.. Sortir du guêpierPour s’en sortir, l’Amérique peut décider d’évacuer l’Irak, limiter ses engagements outre-mer, adapter sa politique étrangère à une armée aux effectifs réduits. Elle peut aussi réformer son appareil militaire. Une synthèse des deux options est plus probable. On parle à Washington d’un changement de stratégie en Irak. Il s’agirait de renoncer à combattre les multiples milices et à ne plus tenter d’assurer la sécurité intérieure du pays. L’Amérique se contenterait de défendre l’intégrité territoriale de l’Irak face aux convoitises extérieures, celles de l’Iran notamment. Quelques bases hors des villes suffiraient tandis que les tâches de maintien de l’ordre seraient confiées aux Irakiens. Il y faudrait beaucoup moins de GIs. L’autre face de la réforme serait de renforcer l’armée de terre tout en la rendant plus légère et plus souple. L’«Army» a été conçue dans les années 1990 pour des opérations lourdes mais de courte durée. Non seulement ses effectifs ont été réduits de 50% mais des fonctions essentielles au sein des divisions ont été confiées à la Réserve ou à la Garde nationale. En Irak, le Pentagone avait prévu une guerre courte et l’emploi des réserves pendant un temps limité. Le contraire s’est produit. Aujourd’hui l’Army est exsangue. Pour la première fois de leur histoire, les Etats-Unis mènent une guerre longue sans disposer de la ressource humaine nécessaire. Impossible de continuer de la sorte ! Donald Rumsfeld le pense. Il vient d’autoriser les chefs militaires à plaider leur cause auprès des commissions ad hoc du Congrès. Accroître les effectifs risque en effet de coûter cher, et le temps est compté. Il reste deux ans au président Bush pour sortir l’Amérique du guêpier.--------------------------------------------------------------------------------(1) George Friedman, STRATFOR, US Vulnerability and Windows of Opportunity, 10 octobre 2006


Les Etats sanctionnés par des embargos(1)

- 2006: Corée du nord, embargo sur les armes, les technologies nucléaires et balistiques, les produits de luxe ;- 1993: Somalie, embargo sur les armes; - 2005: République Démocratique du Congo, embargo renforcé sur les armes, gels des avoirs des individus violant cet embargo;- 2004: Côte d’Ivoire, embargo sur les armes;- 2000: Liberia, embargo sur les armes, interdiction d’y acheter des diamants- 2006: Soudan, interdiction de voyager et gel des avoirs concernant plusieurs autorité militaires.- 2005: le Conseil de sécurité «exhorte» les Etats membres à empêcher l’entrée sur leur territoire d’individus soupçonnés d’implication dans l’assassinat, en février 2005, de l’ancien premier ministre libanais, Rafic Hariri.-----------------------------------------------------------------------------(1) Embargo, de l’espagnol embargar, qui signifie empêcher; un embargo est une suspension des exportations, un boycott, une suspension des importations.

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