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    Guemassa veut renverser l'image de la mine

    Par L'Economiste | Edition N°:58 Le 17/12/1992 | Partager

    C'est avec fierté et une pointe d'émotion que les cadres de la Compagnie des Guemassa montrent leur mine. Plusieurs éléments justifient cette attitude, bien que par tradition, les professions minières soient plutôt portées à l'extrême discrétion. Il en découle un renversement de l'image des mines.

    C'est un paradoxe, présent depuis une quarantaine d'années: le Maroc est un pays minier mais son image minière est estompée. ce fait a une autre déclinaison: les mines marocaines sont plutôt modernes du point de vue social et technique, mais l'idée qu'en a l'opinion publique est à l'opposé.

    Faisant l'année dernière ce constat, l'Association des Industries Minières du Maroc avait donc invité ses membres à s'ouvrir sur l'extérieur, tandis que, de son côté, le Ministère de tutelle formulait la même recommandation. Les méthodes proposées par les uns et par les autres demeurent encore largement différentes, mais les résultats vont dans le même sens. Il était en effet significatif de constater que parmi les centaines d'invités de l'ONA et du BRPM, bien peu avaient déjà vu une mine dans leur vie professionnelle.

    Cette opération de relations publiques n'est donc pas indifférente.

    En effet, la méconnaissance de la réalité avait entraîné des attitudes bien marquées, en défaveur de l'économie minière.

    Du côté des financiers, le doute s'était progressivement installé tout au long des dix dernières années sur l'opportunité économique d'exploiter des ressources minières : valeur ajoutée faible, volatilité des cours en face d'investissement fortement capitalistiques et de délais de mise en oeuvre très longs.

    Les chiffres de Guemassa viennent démentir l'image : l'entreprise est peu endettée, avec des fonds propres de 420 millions de DH, un investissement de 850 millions largement autofinancé (en partie grâce au pilote). La Compagnie Minière des Guemassa est donc capable de supporter la déprime des cours sans être en danger.

    Prix de revient en-dessous du prix de tendance

    Si les cadres de la mine sont relativement discrets sur les prix exact de revient du concentré principal, le zinc, ils précisent que le coût est en-dessous du "prix de tendance", prix de vente théorique calculé à partir des grands trends enregistrés sur les marchés durant une longue période.

    A l'issue des visites, il est un fait que les financiers présents se montraient rassurés et développaient d'eux-mêmes les arguments avancés tant par le BRPM que par l'état major de la mine et de l'ONA. Revenaient particulièrement dans les conversations l'argument de proximité par rapport aux principaux consommateurs, en Europe, celui de la rapidité d'installation de l'exploitation et l'argument de non-substituabilité du zinc dans la galvanisation.

    Les réponses simples et directes de M. Mourad Chérif, Directeur Général du Pôle Mines de l'ONA et de M. Abdelaziz Abarro, Directeur Général de la CMG ont sans doute fortement contribué à la diffusion des règles d'analyse dans le secteur minier.

    Le mélange des invités avec des professionnels du secteur appartenant à d'autres sociétés minières a aussi joué dans la diffusion des connaissances de base : les invités se sont ainsi divertis de la différence qu'il y a entre un mine "patate" ("amas" en terme technique pur) et une mine "filon". Plus simple à exploiter et moins coûteux, le gisement en patate est ramassé sur un petit espace, 300m carrés dans le cas de Guemassa, tandis que le filon, ou la veine, s'étire sur de longues distances et ce, selon des épaisseurs variables avec des failles et changements de niveaux.

    De leur côté les techniciens de la mine ne se sont pas montrés impatientés d'entendre toujours la même question ("et ça, ça sert à quoi?") et de devoir s'y reprendre à plusieurs fois pour répondre de manière à être raisonnablement sûrs d'avoir été compris par les néophytes.

    Apparemment, le plaisir de montrer son travail s'est doublé de celui de conquérir la sympathie, en diffusant quelques éléments de connaissances techniques.

    Modifier l'image des relations sociales

    L'attitude des cadres comme du personnel de la mine aura fortement contribué à modifier les idées du public sur les relations sociales dans le secteur minier.

    Modifier l'image des relations sociales dans les mines est le deuxième objectif de l'Association comme des pouvoirs publics. Sans forcer beaucoup la caricature, l'image que s'en faisaient les invités oscillait entre Germinal, la pollution et une organisation militariste.

    Ils ont trouvé des bâtiments sobres et très propres, des mineurs à l'aise avec leur encadrement, des espaces boisés de mains d'hommes et des infrastructures (route et électricité) capables d'apporter le développement dans le monde rural avoisinant. Un facteur mérite cependant d'être pris en compte : la mine se trouve à 35km d'une ville importante et ouverte, Marrakech, ce qui lui évite d'avoir à entretenir une ville minière repliée sur elle-même où se développe certes l'esprit pionnier mais aussi toutes sortes de “miasmes”.

    Imiter comme les Charbonnages du Maroc ou l'OCP ont eu à souffrir des phénomènes de repli tandis que Guemassa est peu exposée. En tout état de cause, selon le Pr Frade de l'Ecole des Mines de Paris, comme selon des cadres de l'OCP, il est toujours possible de lutter contre les effets du repli, “en responsabilisant les gens et en évitant de prendre en charge une partie trop importante de leur problèmes”. Selon ce qu'il a été possible de constater durant deux jours de visite, Guemassa a tiré les leçons d'Imiter en privilégiant les récompenses d'efforts par rapport aux systèmes d'assistances.

    Enfin, au niveau technique, la mine dément l'image d'exploitation primaire de ressources naturelles. Elle le fait de trois façons.

    D'abord, la concentration du minerai tout venant (les trois flottations en fonction du concentré à obtenir) est contrôlée par ordinateurs. Pour être simpliste, l'association d'images entre l'ordinateur et la mine, n'en détruit pas moins les idées sur l'archaïsme de l'Industrie minière. Les visiteurs ont d'ailleurs stationné longtemps dans la salle d'informatique pour s'accoutumer aux nouvelles associations à réaliser lorsqu'ils repenseront aux mines.

    Ensuite, l'extraction au fond est fortement mécanisée, avec de gros engins d'excavation et de manutention. Aussi la pénible image du mineur avec son piolet ou poussant un wagonnet est-elle à mettre aux oubliettes.

    Et puis, toujours dans le chapitre des nouveautés, le Pôle Mines quelques 5% de son CA dans la recherche. Elle le fait aux deux bouts, du côté de l'identification de nouvelles “patates” et du côté de la chimie, pour améliorer les procédés de concentration. La Compagnie a dans ce domaine le soutien de Reminex, la société spécialisée du groupe ONA, qu'anime M. Rachid Benyakhlef. M. Benyakhlef a été chef du projet de Guemassa, avant la prise de relais par M. Abarro.

    Les travaux des géologues, une dizaine de cadres et techniciens, ont permis d'identifier la présence d'autres gisements. Ceci fait espérer à M. Filali, Président délégué du groupe, que la durée de vie de Guemassa dépassera les 16 arts d'exploitation aujourd'hui programmés. Une tradition minière veut en effet que les recherches géologiques autour d'un site permettent de doubler les réserves.

    A l'aval, dans la valorisation, travaille une équipe pluridisciplinaire (chimistes et ingénieurs) assistée d'ouvriers (Bac plus 2). Il s'agit pour eux d'élever l'efficacité des traitements. Pour le zinc, le rendement atteint est de 92%, celui du plomb de 75 à 80% et celui du cuivre de 60%. M. Cherif souligne volontiers que l'effort de recherche se double d'une capitalisation de l'expérience et il y voit la formation au Maroc d'un pôle de compétences jusqu'ici réservées aux très grandes compagnies internationales. En se louant de sa “liberté d'initiative et des moyens de recherches” mis à sa disposition. M. lsmail Akalay, chef de division à Reminex, ajoute son expérience directe : “il y a souvent plusieurs procédés pour une même opération, c'est à nous de comprendre celui qui ira le mieux avec nos habitudes notre mentalité et c'est beaucoup plus efficace que de copier”.

    N.S.

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