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Google, Microsoft… et le droit de la concurrence
Par Harold James

Par L'Economiste | Edition N°:2912 Le 01/12/2008 | Partager

Harold James enseigne l’histoire et les relations internationales à l’université de Princeton et est l’auteur de The Roman Predicament. Il a particulièrement étudié la grande dépression en Allemagne, et y a observé la fin de la première globalisation, celle qui s’tait dessinée dans les années 1920-30. Dans ses recherches de référence figurent aussi, le système bancaire des Nazis et les grandes familles industrielles d’Europe DIX ans après sa naissance, Google menace de relancer la “guerre des navigateurs” des années 1990, époque où l’Internet Explorer de Microsoft a éliminé son rival, le Navigator de Netscape. Cette fois c’est Google Chrome qui promet de transformer l’économie de toute l’industrie des logiciels, et pas seulement grâce à son innovation technique de connexion de différents types de logiciels à un navigateur Internet. En réussissant cela, il supprime la nécessité de programmes comme Windows, qui contrôlent l’accès à toutes les sortes de logiciels.La nouvelle technologie de Google est impressionnante, et s’avérera sans doute pratique pour de nombreux consommateurs une fois les problèmes de sécurité initiaux résolus. Mais l’innovation fondamentale est ailleurs. Si Google Chrome est une véritable avancée, c’est parce qu’il permet d’aborder de façon totalement nouvelle le dilemme induit par les lois sur la concurrence des deux principales juridictions mondiales, les Etats-Unis et l’Union européenne. Entre 1995 et 1997 Explorer a presque complètement éradiqué Navigator, alors que ce dernier avait initialement ouvert la Toile à la majorité des utilisateurs et que sa position dominante semblait inébranlable. Le principal avantage d’Explorer n’était pas tellement technique, il résidait dans le fait que le Windows de Microsoft fournissait le système d’exploitation à l’écrasante majorité des ordinateurs. Par conséquent, un navigateur Internet – et, d’ailleurs, d’autres logiciels média – pouvait être intégré à la structure de Windows dans le cadre d’un package de logiciels. La possibilité d’avoir des systèmes d’exploitation et des logiciels liés entre eux simplifiait considérablement la vie du consommateur moyen. En achetant un ordinateur, vous obteniez simplement tout ce dont vous aviez besoin (et sans doute bien davantage). Cependant, cela réduisait la possibilité de choisir, de sélectionner et de combiner différents logiciels. Les critiques de Microsoft ne cessent de s’en plaindre, et clament que l’intégration du navigateur dans le système d’exploitation exclut par définition d’autres solutions logicielles supérieures. De nombreux utilisateurs préféraient par exemple le programme de traitement de texte WordPerfect au Word de Microsoft, mais la facilité d’une solution tout compris impliquait que Word était plus largement utilisé, ce qui a causé la perte de son rival. Microsoft a eu droit à ses propres problèmes juridiques en reprenant la position dominante d’IBM, sous forme d’interminables procès des deux côtés de l’Atlantique. L’UE, qui s’inspire de plus en plus du modèle américain pour la loi sur la concurrence, a entamé une procédure contre Microsoft en 1993. Les Etats-Unis ne s’y sont mis qu’après la victoire de Microsoft dans la guerre des navigateurs, avec un procès qui a débuté en 1998. Au départ, les deux affaires tournaient résolument aux dépens de Microsoft, avec un jugement américain en 2000 requérant la dissolution de la société, ce qui fut finalement cassé en appel. A notre époque, les transports aériens sont devenus bien plus abordables, mais les compagnies aériennes perdent de l’argent ; la téléphonie n’est plus un luxe, mais les entreprises de télécommunications perdent des fortunes en surenchérissant pour obtenir les droits de téléphonie mobile. Google a hissé la logique de la technologie qui perd de l’argent à son point culminant en ne demandant pas le moindre centime pour son produit.


L’économie postmoderne

SI la position de Google est à ce point intéressante et puissante, c’est parce que la philosophie juridique qui refuse toute position dominante, même pour un secteur qui semble produire des monopoles de façon naturelle, reste en place. Louer des logiciels et du matériel, comme IBM l’a fait à ses débuts, est problématique. Mais vendre des services informatiques pour une seule utilisation, à la manière de Microsoft, l’est également. En revanche, à première vue, il semble n’y avoir rien à redire à fournir des services ou des produits gratuitement, et à se contenter d’utiliser les possibilités publicitaires qui en découlent. Le modèle de Google est un exemple clair de ce que l’on peut appeler “l’économie postmoderne.” L’incroyable histoire de l’innovation technique prouve qu’il était et qu’il demeure difficile pour les novateurs de bénéficier de percées technologiques radicales. Les producteurs de coton de la Révolution industrielle en Angleterre n’ont pas gagné beaucoup d’argent, alors même que leurs produits ont radicalement transformé la vie et l’hygiène des hommes, allant jusqu’à allonger l’espérance de vie.


Le précédent IBM
Le président Franklin Roosevelt, élus 4 fois et père du New Deal, voulait au départ contrôler les prix des entreprises dominantes, option qui fut rejeté par la Cour suprême. Il a donc modifié son approche et est passé par la loi sur la concurrenceIBM s’est acquis une position massivement dominante en louant une formule individualisée et soigneusement ciblée. Il ne vendait rien, ni ordinateur, ni logiciel. Le modèle de location d’IBM semblait défier toute la philosophie juridique de la politique de concurrence américaine établie à l’époque du New Deal. Le président Franklin Roosevelt avait voulu au départ exercer un contrôle sur le commerce américain en fixant le niveau des prix. Lorsque la Cour suprême des Etats-Unis rejeta cette méthode, son administration eut recours à des lois sur la concurrence pour ébranler la position des entreprises dominant le marché. La loi sur la concurrence, cependant, rencontre de grandes difficultés quand il s’agit de secteurs où une avancée technique peut apparemment créer des monopoles instantanés. Dans la logique de sa philosophie de contradiction des positions dominantes, le département américain de la Justice déclencha en 1969 une grande enquête sur IBM, qui venait de révolutionner l’informatique commerciale avec sa ligne 360. L’affaire traîna en longueur avant d’être classée en 1982, considérée comme “sans valeur.” Mais tant que l’affaire antitrust constitua une menace, IBM ne fut pas à l’aise et s’éloigna de son business model. La position actuelle de Microsoft est une conséquence directe de l’ancienne affaire antitrust lancée contre IBM. Quand IBM lança son ordinateur personnel, il aurait facilement pu l’associer à son propre logiciel d’exploitation et ainsi maintenir sa domination. Mais, inquiet à l’idée que les autorités américaines ne l’accusent de tenter de contrôler un nouveau marché, IBM laissa le Disk Operating System (DOS) des nouveaux PC à une nouvelle société minuscule, qui ne représentait apparemment une menace pour personne: Microsoft.Copyright: Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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