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Culture

Françoise Giroud, une femme libre, disparaît

Par L'Economiste | Edition N°:1441 Le 21/01/2003 | Partager

. Journaliste, écrivain, secrétaire d'Etat, cette patronne de la presse est morte hier à 86 ansC'était il y a deux ans à peine. On célébrait le centième anniversaire de la naissance de Jacques Lacan. Françoise Giroud, déjà, luttait contre cette enrageante vieillesse, venue sur le tard de ses 70 ans, mais qui désormais lui ralentissait le pas, lui torturait les mains, quand son esprit et sa plume ne demandaient encore qu'à vibrionner. Ce jour de mars, dans son appartement proche des Invalides, dans son canapé cerné de bibliothèques, elle tenait, “oui, bien sûr”, à redire toute son amitié pour le psychanalyste, qu'elle fut la première en 1957 à interviewer dans l'Express. Encore amusée par l'affolement de son assistante de l'époque, chargée de fixer le rendez-vous. «Je l'entends encore me dire: “Ah là, là! il aurait bien besoin de se faire psychanalyser ce monsieur”», riait-elle, avant de confier une fois encore à quel point, quelques années plus tard, Lacan avait su la délivrer de ses douleurs, quand, à 40 ans, elle n'était plus “apte à vivre”, croulant sous “le poids des mots refoulés, des cris avalés, des conduites obligées”(1). Celle qui a un jour écrit: “La jeunesse est courte. C'est la vie qui est longue”, s'est éteinte hier, à l'âge de 86 ans, à Neuilly-sur-Seine, a annoncé sa fille, la psychanalyste Caroline Eliacheff. Une mauvaise chute jeudi soir à l'Opéra-Comique lui a été fatale.. Patronne de presseLes nombreux hommages, depuis, rendent grâce à la dame de presse, la seule à avoir dirigé un grand journal durant vingt ans, l'Express, fondé avec Jean-Louis Servan-Schreiber. A la féministe. A l'auteur d'une vingtaine de livres à succès. A la chroniqueuse qui, dans le dernier numéro du Nouvel Observateur, ne mâchait toujours pas ses mots sur la télévision. A la résistante, arrêtée par la Gestapo en 1943. A la femme, velours et griffes, tout simplement. Françoise Giroud l'élégante, de son vrai nom France Gourdji, née dans une famille aux origines russe et turque, marquée par la première leçon qu'elle reçut de son père, le jour de sa naissance: “Il voulait un fils. En me voyant, il a dit: «Quel malheur!»” Françoise Giroud, dévastée par la mort de sa soeur, Douce. Accablée par la naissance d'un fils non désiré, pendant la guerre: “Du jour où il est né, j'ai marché avec une pierre autour du cou.” Trahie par Jean-Jacques Servan-Schreiber lorsqu'il en épousa une autre. Et surtout lorsqu'il vendit l'Express. Ce journal, elle l'avait fondé en 1953 avec “JJSS”. Elle en est restée la patronne respectée pendant vingt ans. Mais la cantonner à cette fonction de “patronne de presse”, ce serait oublier qu'elle n'a pas commencé dans le journalisme par le haut de l'échelle. Script-girl de Marc Allégret sur Fanny puis de Jean Renoir sur la Grande Illusion, scénariste, assistante metteur en scène, c'est la nécessité qui la conduit, un jour de 1940, à pousser la porte de Paris Soir, grand quotidien de l'époque replié à Lyon. Sans travail, les plateaux de tournage ayant tous fermé, elle écrit des contes qu'elle propose à Hervé Mille, directeur du journal. Elle est embauchée sur-le-champ pour rédiger des potins sur les acteurs et des critiques de spectacles. Puis, très vite, des articles “plus consistants”(2).A la Libération, le couple Lazareff, exilé aux Etats-Unis, revient en France. Hélène Gordon-Lazareff lance Elle. Et, sur les conseils d'Hervé Mille, embauche une Françoise Giroud encore caparaçonnée par sa douloureuse histoire personnelle mais déjà réputée pour son indépendance d'esprit. Elle a un don pour l'écriture journalistique. “Ce n'est pas de la sous-littérature, c'est un genre en soi”, disait-elle. Règle numéro 1: “Inutile d'avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur vous a lâché à la quatrième.” Un don, mais aussi une discipline: “L'écriture ne s'apprend pas, elle se travaille.” Elle l'aura beaucoup travaillée. Au côté d'Hélène Gordon-Lazareff, personnalité étonnante, extravertie, “capable de toutes les folies”, elle apprend aussi à faire un journal, avec le titre de rédactrice en chef.C'est encore une guerre (d'Indochine) qui va imprimer à sa carrière un nouveau tournant. Ce conflit colonial l'indigne autant que Jean-Jacques Servan-Schreiber. Tous deux se sont rencontrés en 1951, au cours d'un dîner. Un vrai coup de foudre, réciproque. Pimenté par une course en voiture dans Paris, JJSS poursuivant Françoise Giroud, et celle-ci, dotée d'une auto plus puissante, lui faisant une queue de poisson pour lui asséner: “On ne joue pas à ça avec moi!” Ensemble, donc, ils vont fonder l'Express, en grande partie pour soutenir Pierre Mendès France, qui a promis un règlement pacifique au bourbier indochinois. Imprimé sur le mauvais papier-journal de l'époque, l'Express est très austère dans la forme. Mais virulent sur le fond. Il accueille bientôt comme chroniqueur François Mauriac, en disgrâce au Figaro. Et dénonce en leur temps les “événements” d'Algérie et leur cortège de tortures et d'exactions. Le journal est plusieurs fois saisi.Elle a déjà un culot monstre, Françoise Giroud, à une époque où les femmes se comptent sur les doigts de la main dans la presse française. A un Jean-François Kahn, elle demande de refaire trois fois un papier sur Victor Hugo. Elle écrit les articles de Jacques Derogy, pionnier du “journalisme d'investigation” (comme on dira plus tard), “un merveilleux journaliste (...), toujours noyé dans ses informations”. Dix ans après sa création, l'Express se transforme en newsmagazine sur le modèle du Time américain ou du Spiegel allemand. Une révolution. L'époque du journal de combat s'achève. Françoise Giroud, au début des années 70, commence à s'ennuyer. En 1974, elle saute le pas et devient secrétaire d'Etat à la Condition féminine à la demande de Giscard d'Estaing.. Personnalité politique“Jamais, je ne vous pardonnerai, jamais!” lui envoie vertement Gaston Defferre, lorsqu'en 1974, Françoise Giroud accepte l'offre de Giscard. Qu'importe. Après un long entretien avec le nouveau président vraiment résolu à faire légaliser l'avortement par le Parlement, elle a envie de participer à l'aventure. Ce qu'elle fait jusqu'en 1976: “Je le devais aux femmes. La responsabilité des premières femmes accédant au gouvernement était si grande...”, a-t-elle expliqué. Une féministe pure et dure, cette patronne de presse qui, à l'Express, s'est plu à former des escadrons de jeunes femmes journalistes politiques? “Pas au sens où on l'entend habituellement”, disait-elle. Mais toujours prompte à affirmer que “jamais” elle n'a été “soumise à l'autorité d'un homme quel qu'il soit”, avant de préciser: “J'aime beaucoup les hommes. Je considérais que c'était des gens très gentils avec des grands pieds et quelques lâchetés.” Concrètement, lors de son passage chez Giscard, elle fait adopter cent mesures pour les femmes. “Mesures qui ont pratiquement toutes été retenues par les différents ministères concernés, et appliquées... sauf pour l'égalité des salaires. Ce qui est gravissime.”Style alerte, pensée vive, plume acérée. Alors, bien sûr, Françoise Giroud a multiplié les livres. Une bonne vingtaine, dans lesquels elle se révèle un vrai écrivain. Plus portée sur l'autobiographie (comme dans Leçons particulières, livre de confession, la Comédie du pouvoir sur ses années en politique...) ou les biographies (tel Jenny Marx ou la Femme du diable) que sur la pure fiction. Elle prétendra pourtant avoir fait oeuvre d'imagination en racontant l'histoire de ce président de la République soucieux de cacher l'existence d'un enfant illégitime. Le livre, le Bon Plaisir, a été publié en 1983 aux éditions... Mazarine. Un succès, un de plus, adapté au cinéma.Olivier COSTEMALLE et Catherine MALLAVAL Syndication L'Economiste-Libération (France)(1) Leçons particulières, Fayard.(2) Profession journaliste. Conversations avec Martine de Rabaudy, Hachette.

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