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Politique

France: Chirac tranche dans le voile

Par L'Economiste | Edition N°:1666 Le 19/12/2003 | Partager

. L’affaire était suivie de près au Maroc. Le voile au centre d’un enjeu politiqueL’affaire était suivie de près au Maroc: Jacques Chirac a tranché. «La laïcité n’est pas négociable». Le voile et les signes ostensibles de religion seront interdits dans les écoles et les administrations publiques comme le prône l’identité républicaine, malgré l’hostilité des organisations musulmanes et d’une majorité d’enseignants. L’Aïd et Kippour ne seront pas des jours fériés. Toutefois, les élèves et employés qui voudront s’absenter pendant ces jours ne seront pas sanctionnés. Le projet de loi sera soumis au Parlement en mars 2004.Le président de la République française s’est prononcé mercredi dernier après des mois de débats très enflammés sur la question, au point que cette «querelle française» a fait l’objet de nombreux reportages. La laïcité, socle des valeurs républicaines françaises, est préservée. Le service public doit rester neutre. C’est aussi un non au communautarisme et «au repli sur soi». Les susceptibilités de la communauté musulmane française sont quand même heurtées. Le leader du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, a appelé à la sagesse et la sérénité. Ce n’est pas contre l’islam que se dirige cette décision. Au Maroc, même si l’enjeu est différent, la question intéresse. Qu’on le veuille ou non, le voile est souvent pris à partie par les anti-extrémistes, dits modernistes. Il rejoint donc directement le débat sur la lutte contre l’islamisme. Pour Abdelmounaïm Dilami, professeur de droit, l’enjeu en France est politique. Cette décision met un terme à une prise en otage de la communauté musulmane forte de cinq millions d’individus. “Le voile est brandi par un groupe de personnes minoritaires pour véhiculer des messages extrémistes”. Or, la plupart des musulmans résidants en France ne le sont que sociologiquement. En fait, le choix de Chirac pour une loi contre le voile permettra de mettre un terme à l’exagération du débat.La préservation de cette laïcité représente pour les Français l’assurance de donner les mêmes chances à tout le monde. «Faire vivre l’égalité des chances, c’est aussi redonner toute sa force à notre tradition d’intégration en nous appuyant sur les réussites déjà acquises, mais aussi en refusant l’inacceptable», dit le président.Les équilibres du pouvoir ont été bâtis sur ce concept. Les Français pensent que la laïcité fait partie des bases de la vie commune. Le système de représentation français se méfie d’ailleurs du communautarisme, perçu comme dangereux. «Regardons ce qui se passe ailleurs. Les sociétés structurées autour de communautés sont bien souvent la proie d’inégalités inacceptables», souligne Jacques Chirac. Pourtant, au Canada, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, là où la laïcité ne veut pas dire grand-chose, les communautés ont la liberté de vivre selon leur mode de vie et d’exprimer «ostentatoirement» leurs signes religieux. Les médias français ont surtout focalisé sur la question du voile dans le discours du président. Pourtant, il a également insisté sur l’élimination de toute forme de discrimination, par la création d’un observatoire de la laïcité. Lequel sera chargé de lutter contre les discriminations envers les jeunes issus de l’immigration. La défense des droits de la femme est toujours d’actualité aussi. «Le degré de civilisation d’une société se mesure d’abord à la place qu’y occupent les femmes».La vision française a une longue histoire. Dans l’inconscient collectif français, la laïcité est un des fondements de l’existence de la république. L’idée de remettre en cause ce principe provoque ni plus ni moins la panique au sein de l’opinion publique.


Etape décisive

Légiférer sur le port du voile pour protéger la laïcité est une étape décisive dans la vie des Français.C’est la commission Stasi, après six mois de travail et 140 auditions, qui a rendu son rapport et ses propositions au président de la République.Entre-temps, les différentes communautés religieuses se sont prononcées sur ce projet de loi.La communauté musulmane était contre. Elle disait que le port du voile était une prescription de l’islam. Pour les églises catholiques, protestants et orthodoxes cette loi qui favoriserait la discrimination. La communauté juive par la voix du rabbin de France Joseph Sitruk, était contre, bien que les propos de ce dernier aient soulevé un tollé chez une partie de la communauté. Toutes religions confondues, c’est la menace de la discrimination à travers cette loi qui effraye le plus.


Laïcité n’est pas athéisme

L’amalgame entre laïcité et athéisme est fréquent au Maroc. La laïcité n’est pas vue d’un bon oeil et souvent mise en opposition à la religion. Voici quelques définitions d’un dictionnaire pour recadrer le débat:- Laïcité: Système qui exclut la religion de l’exercice du pouvoir politique ou administratif, et notamment de l’enseignement. Au Maroc, dorénavant, le discours religieux est exclu du champ de la compétition politique: les partis politiques ne peuvent pas s’approprier la religion. Cette décision royale a été déterminante pour limiter la montée de l’islamisme. Après les attentats du 16 mai, le Souverain a exclu l’appropriation du discours religieux par un parti ou un autre. Une manière de lutter contre l’appropriation d’un culte à des fins de domination. Le PJD a recadré son discours pour l’orienter vers la cause du Sahara marocain.- Laïque, du latin laicus, qui appartient au peuple, dans ce cas en opposition à «clérical», qui appartient au clergé, lequel n’existe pas en tant que tel au Maroc. Dans la France du XIXe siècle, cette opposition avait un sens fort puisqu’elle donnait lieu à de fortes compétitions pour le pouvoir. Cette compétition a disparu aujourd’hui, il en reste la profonde référence à la laïcité. L’essentiel des affaires courantes au Maroc sont régies par des lois et règles qui ne sont pas religieuses (code du commerce, droit bancaire, légalisation d’un papier, droit à une carte de séjour, le droit à la retraite, droit de l’eau...) sauf en ce qui concerne le statut personnel (Moudawana).- Ecole laïque: école distribuant un enseignement qui ne contient pas d’éducation religieuse. Le Maroc étant un Etat musulman, il est impossible d’exclure l’enseignement religieux des écoles, lequel existe aussi dans les écoles juives. - Athéisme: Attitude ou doctrine de quelqu’un qui nie l’existence de toute divinité. Jamais personne au Maroc ne pourra savoir combien il y a d’athées. Les enfants d’un musulman sont réputés musulmans, les enfants d’une juive sont réputés juifs, les enfants des chrétiens sont réputés chrétiens, ce qui évite de poser le problème de la religion d’un individu. Les étrangers qui s’installent au Maroc déclarent leur religion pour constituer leur dossier. L’expérience d’un Etat musulman laïc, entreprise en Tunisie (Bourguiba) et en Turquie (Atatürc), n’a pas empêché la montée des islamistes. L’idée d’un «islam laïc» au Maroc a provoqué un tollé parmi les observateurs. «C’est antinomique», «ça ne veut rien dire», «la laïcité est interdite par la loi musulmane»… Le débat, s’il éclate, promet d’être houleux. Si ce concept a vu le jour, c’est peut-être pour se positionner par rapport à l’islamisme radical et dire qu’il existe un islam plus modéré…(oui, mais pas laïc). Mouna KADIRI

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